Contribution de Rodolphe au congrès de l’Ufict Mines Énergie

Contribution de Rodolphe au congrès de l’Ufict Mines Énergie

L’holacratie, cheval de Troie de l’autoentreprenariat intégré ?

Avec l’arrivée de l’IA et des blockchain, de nouveaux modes de management sont apparus dans les entreprises.

Le blockchain est une approche nouvelle qui consiste à décentraliser l’authentification pour toute transaction nécessitant une sécurisation et une validation : acte notarié, transaction bancaire,… Par exemple, classiquement pour une transaction bancaire entre deux particuliers M. A et M. B, ce sont les banques respectives de M.A et M.B qui permettent de valider la transaction, la rendre officielle et fonctionnelle. Pour un achat immobilier, c’est un notaire qi valide la transaction et permet de la rendre officielle et fonctionnelle : par exemple un changement de propriétaire pour un bien. Avec l’approche blockchain, la validation des transactions nécessitant une authentification repose sur une communauté. La communauté est informée d’une transaction à venir, un membre de la communauté peut décider à la vue de tous d’authentifier une transaction réputée valide, dans la mesure où la transaction est affichée de façon transparenteet si aucun membre de la communauté ne s’oppose à l’authentification de cette transaction. La transaction devient alors validée et le valideur est forfaitairement rémunéré pour cela.

C’est un peu comme le principe de l’application mesdepanneurs où un client fait appel à l’application pour une demande particulière : par exemple une porte claquée avec la clé restée à l’intérieur. En fonction de la nature de la panne, un coût forfaitaire est annoncé au client. S’il souhaite faire appel à la plate-forme mesdepanneurs pour résoudre son problème alors il paiera le forfait indiqué. L’application mettra en concurrence plusieurs artisans dans la zone géographique de la panne, sélectionnés selon un strict cahier des charges en leur proposant la même prestation et au même prix. Celui qui répondra le plus rapidement remportera le « micro marché » et sera donc chargé d’intervenir chez le client dont la porte est bloquée.; il sera rémunéré par la plate-forme en tant qu’intermédiaire de mise en relation puis noté par le client.

Le blockchain reposant plus ou moins sur ce principe mais plutôt pour sécuriser et authentifier des transactions offre l’avantage de transactions plus rapides et moins coûteuses. L’inconvénient est qu’il repose sur un outil informatique ou plate-forme de mise en relation entre les demandeurs d’une authentification et les offreurs d’authentification réputée fiable et sûre à presque 100% mais qui comme un notaire ou une banque peut être faillible même si ce risque est infime. Au lieu de faire confiance à un banquier ou un notaire on fait confiance à un outil mis au point par des humains : des développeurs et enrichi des retours d’expérience successifs si bien que le risque de défaillance devient très faible, comparable au risque de chute d’un avion en regard de tous les vols existants ou par exemple au risque anesthésique en regard de toutes les anesthésies effectuées pour des interventions chirurgicales.

Le principe de la blockchain est déjà bien connu du grand public avec le modèle des plateformes de mise en relation entre clients et fournisseurs par exemple uber. L’uberisation consiste à transformer des travailleurs qui pourraient être salariés d’une plate-forme en auto-entrepreneurs : ils n’ont pas la sécurité de l’emploi que peut avoir un salarié en CDI, sont notés par leurs clients mais les notent également. Ils sont à la merci de la plate-forme mais sont soit-disant libres de ne plus passer par elle pour les mises en relation avec leurs clients et la plate-forme peut les priver plusieurs jours de travail en désactivant leur accès s’ils obtiennent de trop mauvaises notes. Enfin ils font concurrence à d’autres travailleurs exerçant le même métier mais avec un modèle économique différent par exemple chauffeur uber versus taxi. Pour le client c’est moins cher et plus rapide, pour le chauffeur de taxi c’est un concurrent qu’il ne peut battre car il sera plus cher du fait d’un modèle économique différent – centralisé avec divers frais que n’ont pas les chauffeurs uber : licence, etc…

Appliqué au monde de l’entreprise, voici ce que peut donner le modèle idéologique de l’autoentreprenariat. Par exemple, pour un pool de chargés d’étude réalisant des prestations intellectuelles pour des clients internes. Le client interne envoie une demande au pool de chargé d’études. La demande est visible de tous les chargés d’études. Cette demande a un poids plus ou moins estimable par tous les chargés d’études en terme de temps à passer comme pour les différentes prestations possibles avec la plate-forme mesdepanneurs.fr a priori non contractuel mais implicite. Le travailleur qui décide de prendre l’offre sait que le temps qu’il déclarera avoir passé sur son étude sera connu de tous les autres chargés d’études puisque saisi dans une base commune visible de tous. Un bilan de l’activité de tous les chargés d’études sera fait afin de pouvoir comparer le temps passé ou déclaré passé pour des études similaires. Il s’agit d’une mise en concurrence permanente des travailleurs entre eux tel les artisans travaillant pour mesdepanneurs mais à l’intérieur d’une entreprise, au sein d’un service ou d’une équipe. Et pour faire passer la pilule, on vante un management nouveau c’est à dire quasiment sans rapport hiérarchique (même si dans les faits il y a bien un organigramme) avec des liens horizontaux et décentralisé en lieu et place d’un système pyramidal. Le poids du système hiérarchique disparaît, la fonction hiérarchique est décentralisée et déléguée au collectif de travail par l’intermédiaire d’un outil de gestion transparente de l’activité de chacun, l’équivalent d’une plate-forme uber. Comme dans un open space où les salariés se surveillant les uns les autres, on n’a plus besoin de manageur vérifiant les heures d’arrivée et de départ de chacun – chaque salarié se voit contraint de respecter la norme implicite de d’équipe en terme d’horaire sous peine de risquer des réflexions ou des mauvais regards s’il arrive un peu plus tard ou part plus tôt que la moyenne des collègues.

Avec l’holacratie,sous couvert de relations hiérarchiques évaporées pour laisser place à des relations égalitaires et certaines décisions prises collectivement et démocratiquement, oùvle vote du manageur ne vaut ni plus ni moins que celui d’un subordonné, on a en fait un management bien présent mais désincarné et transféré à un outil de gestion et au collectif de travail : les collègues. L’intérêt principal pour l’Entreprise de ce nouveau mode de management est sans doute d’inciter à l’augmentation de la productivité par le biais d’une mise en concurrence permanente.

Deux questions importantes se posent : tout d’abord, est-ce que les salariés concernés le vivent bien, il semblerait que de prime abord ça soit possible mais pour le vérifier une enquête en sciences humaines avec des spécialistes semble indispensable, ce qui prend du temps. Ensuite, que peuvent en dire les syndicats si les travailleurs et l’entreprise y trouvent leur compte ?

On peut être réfractaire à cette idée de remplacement symbolique du statut de salarié par celui « d’auto entrepreneur intégré » mais si les salariés semblent s’y plaire, a-t-on le droit pour des raisons idéologiques d’essayer de les éclairer sur ce qui se joue réellement du point de vue syndical. Faut-il dénoncer ces pratiques voire tenter de les empêcher pour qu’elles ne pénètrent le monde de l’entreprise ou bien négocier leur mise en œuvre. Pourra-t-on revenir en arrière ou conserver des îlots de management traditionnels ou bien faut-il considérer que cela revient à faire un barrage contre le pacifique ?

Cela étant, face à la déferlante d’articles, de publications émanant de la presse économique et patronale vantant les mérites de ces nouvelles méthodes de management, le moins que puissent faire les syndicats serait sans doute d’analyser ces nouvelles pratiques puis communiquer dans les médias en expliquant leur finalité pour éclairer en apportant un avis dissonant ou différent à défaut sans doute de pouvoir les arrêter.

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