{"id":1052,"date":"2021-02-16T18:16:57","date_gmt":"2021-02-16T17:16:57","guid":{"rendered":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/?p=1052"},"modified":"2021-02-16T18:16:57","modified_gmt":"2021-02-16T17:16:57","slug":"le-service-public-dans-travail-et-technique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/2021\/02\/16\/le-service-public-dans-travail-et-technique\/","title":{"rendered":"Le service public dans \u00ab\u00a0Travail et Technique\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><strong><span style=\"color: #ff0000\">Le service public dans \u00ab Travail et Technique \u00bb 1946-1956<\/span><\/strong><br \/>\n<strong><span style=\"color: #ff0000\">Contribution au projet \u00ab Syndicalisme et Service public \u00bb de l\u2019IHS-Cgt<\/span><\/strong><br \/>\n<strong><span style=\"color: #ff0000\">Andr\u00e9 Jaegl\u00e9 (IHS-Ugict-Cgt)<\/span><\/strong><br \/>\n_____<br \/>\nLe Cartel conf\u00e9d\u00e9ral des ing\u00e9nieurs et cadre sup\u00e9rieur Cgt, cr\u00e9\u00e9 en 1946 et devenu Ugic en 1948 a publi\u00e9 un journal, de 1946 \u00e0 1956, avec plusieurs interruptions qui t\u00e9moignent des difficult\u00e9s connues par cette organisation \u00e0 cette \u00e9poque. \u00ab Travail &amp; Technique \u00bb (T&amp;T) est un mensuel au format 29 x 44 cm, de 12 pages \u00e0 sa cr\u00e9ation, contenant des articles compos\u00e9s en caract\u00e8res de corps tr\u00e8s petits, imprim\u00e9s sur papier-journal de mauvaise qualit\u00e9. Au lendemain de la guerre on manquait de tout !<br \/>\nLa ligne \u00e9ditoriale de T&amp;T est \u00ab sp\u00e9cifique ICTAM \u00bb. La Une porte sur l\u2019actualit\u00e9 des combats sociaux, politiques et id\u00e9ologiques de la CGT ; la Deux et la Trois sur \u2018LA VIE \u00c9CONOMIQUE\u2019 (y compris la Bourse, les questions de comptabilit\u00e9, la fiscalit\u00e9, etc.) ; les Quatre et Cinq sur \u2018SCIENCE ET TECHNIQUE\u2019 (les propri\u00e9t\u00e9s de tel ou tel mat\u00e9riau, les questions de normalisation, la fabrication de produits chimiques, des savons, les invasion de sauterelles, l\u2019entretien des machines modernes, l\u2019a\u00e9ronautique, les techniques de chauffe, \u2026) ; les pages centrales 6 &amp; 7 sont d\u00e9di\u00e9es \u00e0 \u2018LA FRANCE AU TRAVAIL\u2019 \u2013 nous sommes \u00e0 la 2\u00e8me ann\u00e9e de la reconstruction. Viennent ensuite, pp . 8 et 9, les probl\u00e8mes revendicatifs (particuli\u00e8rement salaires, retraites, m\u00e9decine du travail, les droits des inventeurs salari\u00e9s, le secret scientifique, la responsabilit\u00e9 juridique du cadre&#8230;) puis, pp. 10 et 11, les informations sur la vie syndicale. La Biblioth\u00e8que nationale, site Fran\u00e7ois Mitterrand, poss\u00e8de la collection compl\u00e8te de cette publication (cote FOL-JO-4182)<br \/>\nCette collection est une archive incomparable de cette p\u00e9riode de l\u2019activit\u00e9 I&amp;C de la CGT. Il y a donc lieu de s\u2019interroger sur ce qu\u2019on peut y trouver se rapportant au projet de l\u2019IHS \u00ab Syndicalisme et Service public \u00bb (S.P.). On s\u2019aper\u00e7oit rapidement que l\u2019assemblage des deux mots \u00ab services publics \u00bb (ou, au singulier, \u00ab service public \u00bb) appara\u00eet rarement dans ce corpus. Encore faut-il traiter \u00e0 part son apparition dans \u00ab Services publics et de sant\u00e9 \u00bb titre d\u2019une rubrique contenant la liste des syndicats nationaux inscrits dans la liste des composantes du Cartel conf\u00e9d\u00e9ral (publi\u00e9e dans le n\u00b02, de juillet) : Organismes sociaux, m\u00e9decins du travail, contr\u00f4leurs d\u2019\u00c9tat, Ing\u00e9nieurs des travaux publics de l\u2019\u00c9tat. On ne trouve pas, dans les comptes rendus des r\u00e9unions statutaires de ces syndicats , de r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 une probl\u00e9matique \u00ab syndicalisme et S.P. \u00bb. Ce ne seront pas les syndicats qui se saisiront de cette probl\u00e9matique, mais certains de leurs membres ou plus exactement leur Journal, T&amp;T, en ouvrant ses colonnes \u00e0 des cadres qui ne s\u2019expriment jamais au nom d\u2019un syndicat mais toujours en tant que professionnels, \u2013 parfois s\u2019adressant \u00e0 leurs \u00ab camarades \u00bb mais cela ne prouve pas grand-chose ; apr\u00e8s tout, les \u00e9l\u00e8ves de grandes \u00e9coles continuent souvent \u00e0 se donner du \u2018camarade\u2019 au sein de leurs associations d\u2019anciens \u00e9l\u00e8ves \u2013 au nom de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral tel qu\u2019il est per\u00e7u dans les conditions de la Reconstruction. Il se produira n\u00e9anmoins un cas o\u00f9 le Journal T&amp;T en tant que tel soutiendra une d\u00e9marche relevant du S.P. et associera explicitement le bureau du Cartel \u00e0 ce soutien : c\u2019est lorsque des personnalit\u00e9s scientifiques s\u2019alarmeront de ce que la recherche scientifique ne soit pas retenue dans les travaux pr\u00e9paratoires du Plan Monnet. Une pol\u00e9mique s\u2019en suivra d\u2019o\u00f9 il ressortira que les hommes politiques occupant des postes gouvernementaux de l\u2019\u00e9poque \u00e9taient toujours aussi peu ouverts qu\u2019avant la guerre au r\u00f4le de la science. Nous y reviendrons.<br \/>\nD\u00e8s le premier num\u00e9ro de T&amp;T, paru en juin 1946, Pierre Le Brun signe en Une, en sa qualit\u00e9 de membre du Bureau conf\u00e9d\u00e9ral de la CGT, un \u00e9dito de pr\u00e9sentation d\u2019ensemble du journal o\u00f9 il donne le ton : \u00ab Pour cette grande \u0153uvre d\u2019int\u00e9r\u00eat syndical et national nous faisons appel en toute confiance \u00e0 la collaboration de nos coll\u00e8gues et camarades qui sont convaincus avec nous et avec notre grande CGT que les causes du progr\u00e8s technique et du progr\u00e8s social sont indissolublement li\u00e9es \u00e0 celle du devenir fran\u00e7ais. \u00bb Dans ce type de d\u00e9marche \u00ab disons \u00bb que le S.P. va \u00ab sans dire \u00bb ! Il est partie int\u00e9grante d\u2019une vision de la soci\u00e9t\u00e9 impr\u00e9gn\u00e9e de la volont\u00e9 de servir l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral\u2026 sans s\u2019interroger sur la fonction du march\u00e9 et sur quelques autres consid\u00e9rations non n\u00e9gligeables. La CGT prend sa part de responsabilit\u00e9 dans le \u00ab devenir fran\u00e7ais \u00bb. De ce devenir ferait partie, t\u00f4t ou tard, celui des services publics.<br \/>\nDans le m\u00eame num\u00e9ro, Pierre Lacour, directeur de la \u00ab Caisse Nationale de Cr\u00e9dit coop\u00e9ratif \u00bb, pr\u00e9sentant les pages VIE \u00c9CONOMIQUE de cette nouvelle publication, annonce que \u00ab nous nous efforcerons de descendre des consid\u00e9rations g\u00e9n\u00e9rales, pour aboutir aux questions pratiques qui se rencontrent dans la r\u00e9alit\u00e9, et que les cadres et techniciens eux-m\u00eames sont les mieux qualifi\u00e9s pour \u00e9tudier et pour r\u00e9soudre \u00bb. La pr\u00e9sence du mot \u2018g\u00e9n\u00e9rales\u2019 ne suffit pas \u00e0 cr\u00e9diter l\u2019auteur d\u2019une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce que nous consid\u00e9rons aujourd\u2019hui comme relevant de la probl\u00e9matique S.P&#8230; Mais, quelques lignes plus haut, il a pos\u00e9 la question : \u00ab [&#8230;] est-il possible de nos jours de remplir des fonctions sociales sans se tenir au courant de toutes les questions dont d\u00e9pend la vie m\u00eame du pays et qui conditionnent, dans le futur, l\u2019activit\u00e9 de chacun ? \u00bb Et d\u2019annoncer une chronique mensuelle visant \u00e0 tenir \u00ab nos camarades cadres et techniciens au courant des probl\u00e8mes qui se posent chaque jour. \u00bb On ne peut gu\u00e8re parler de trace de la probl\u00e9matique S.P. dans ces phrases. Elles n\u2019en expriment pas moins clairement ce qui fait d\u00e8s l\u2019origine \u2013 et fait toujours \u2013 l\u2019une des sp\u00e9cificit\u00e9s de l\u2019Ugic (qui n\u2019est encore que le Cartel), \u00e0 savoir la n\u00e9cessit\u00e9 de baigner l\u2019activit\u00e9 syndicale dans le contexte de la vie professionnelle. C\u2019est donc \u00e0 travers la mani\u00e8re dont ce contexte peut \u00eatre reconstitu\u00e9 par la lecture de T&amp;T que nous tenterons d\u2019observer les \u00e9mergences de la probl\u00e9matique S.P. Ajoutons que pour les I&amp;C envisageant, au lendemain de la guerre, un engagement syndical, ce pouvait \u00eatre, plus qu\u2019un contexte, une partie int\u00e9grante de l\u2019id\u00e9e qu\u2019ils se faisaient de leur r\u00f4le social. Pierre Lacour s\u2019adresse donc \u00e0 des lecteurs dont il consid\u00e8re qu\u2019ils ont une responsabilit\u00e9 sociale, \u2013 irons-nous jusqu\u2019\u00e0 dire une responsabilit\u00e9 impliquant un sens du service public ? \u2013 lorsqu\u2019ils exercent leur profession, que ce soit dans le public ou dans le priv\u00e9.<br \/>\nUne \u00e9mergence plus visible de la probl\u00e9matique S.P. est rep\u00e9rable dans ce premier num\u00e9ro de T&amp;T. Le min\u00e9ralogiste Jean Orcel, personnalit\u00e9 scientifique de premier plan, pr\u00e9sente les pages SCIENCE ET TECHNIQUE et, traitant de l\u2019uranium en tant que mati\u00e8re premi\u00e8re, il \u00e9crit : \u00ab Chaque jour, l\u2019aspect du monde se r\u00e9v\u00e8le \u00e9largi, chaque jour l\u2019ensemble humain prend une conscience plus nette, plus claire et plus forte de la valeur de ces richesses naturelles et de son capital social. C\u2019est cette conscience qui pousse la masse des hommes \u00e0 vouloir la jouissance de ces richesses et de ce capital et \u00e0 lutter contre leur accaparement au profit des seuls int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s. \u00bb Jean Orcel avait soutenu plus haut dans le m\u00eame article l\u2019id\u00e9e d\u2019attribuer \u00e0 un organisme international la propri\u00e9t\u00e9 et le droit exclusif d\u2019exploitation de cette mati\u00e8re premi\u00e8re. C\u2019\u00e9tait l\u2019id\u00e9e de \u00ab bien commun \u00bb sans le mot : \u00ab Quand, dans un pays, une entreprise est devenue telle qu\u2019elle s\u2019arroge le monopole, elle doit \u00eatre nationalis\u00e9e. \u00bb.<br \/>\nCitons encore, dans ce premier num\u00e9ro, un article sur la normalisation et l\u2019AFNOR, association cr\u00e9\u00e9e en 1926 . Est-ce un Service public ? Les int\u00e9r\u00eats d\u2019un public plus restreint de l\u2019industrie sont d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s \u00e0 une association. Le d\u00e9bat est ouvert.<br \/>\nEn 1948 peu apr\u00e8s la scission syndicale et la transformation du Cartel en Ugic, T&amp;T maigrira et c\u2019est de ce c\u00f4t\u00e9 qu\u2019il perdra du poids. Ce ne sera m\u00eame pas de l\u2019amaigrissement mais de l\u2019amputation. Plus de pages centrales LA FRANCE AU TRAVAIL ; plus de pages SCIENCE ET TECHNIQUE ! Constatation qui m\u00e9riterait, \u00e0 soi seule, une r\u00e9flexion. Nous ne pourrons nous emp\u00eacher de poser la question, lorsque nous y arriverons. Pourquoi ce changement brusque ? Aurait-on voulu se pr\u00e9munir contre une d\u00e9rive r\u00e9put\u00e9e r\u00e9formiste ? Ou bien la scission a-t-elle \u00e9loign\u00e9 du Cartel (devenu l\u2019Ugic) ceux qui avaient vu dans cette \u00ab CGT des cadres \u00bb, au lendemain de la Lib\u00e9ration, un moyen de partager leurs comp\u00e9tences avec tous ceux qui \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 s\u2019engager dans la reconstruction du pays\u2026 parce que, dans leur t\u00eate, ils \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 \u00ab Service public \u00bb, sans la structure, en avance sur les institutions ?<br \/>\nNous avons rencontr\u00e9 l\u2019expression \u00ab service public \u00bb pour la premi\u00e8re fois en janvier 1947, dans une analyse du plan Monnet o\u00f9 il est fait \u00e9tat des \u00ab service publics industriels \u00bb. Et l\u00e0, il s\u2019agit de la chose r\u00e9elle que recouvre ces deux mots : une chose concr\u00e8te, multiforme, en devenir. La probl\u00e9matique syndicale S.P. est-elle pr\u00e9sente dans la vie du Cartel puis celle de l\u2019Ugic, entre 1946 et 1956 ? Dans quelles circonstances ? De quelle mani\u00e8re ? Notre attention va donc se porter sur toute prise en consid\u00e9ration de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, de la recherche de mise en commun, de l\u2019\u00e9galit\u00e9 d\u2019acc\u00e8s, de la sortie de la sph\u00e8re marchande, et autres marqueurs. C\u2019est de cela qu\u2019il est rendu compte dans ce qui suit.<br \/>\n***<br \/>\nRien n\u2019a retenu notre attention dans le num\u00e9ro 2 (juillet 1946). Passons donc au n\u00b03, septembre. Et l\u00e0 : \u00ab Bonjour M. Raymond Aubrac ! Vous \u00e9tiez donc directeur au minist\u00e8re de la reconstruction et de l\u2019urbanisme. Les pages centrales du journal vous furent offertes pour parler du r\u00f4le du MRU \u00bb. A propos des constructions d\u00e9finitives je vois que vous expliquiez que \u00ab le gouvernement a estim\u00e9 n\u00e9cessaire [.d\u2019\u2026] entreprendre directement un certain nombre de constructions de caract\u00e8re d\u00e9finitif pour utiliser au mieux les mat\u00e9riaux et la main d\u2019\u0153uvre, d\u2019en r\u00e9gler au mieux le financement. Donc il est apparu n\u00e9cessaire de faire faire par l\u2019\u00c9tat certains travaux directement et c\u2019est seulement dans ces cas particuliers que l\u2019Administration dirige directement les chantiers \u00bb. Vous \u00eates-vous dit que, quelque 60 ans plus tard, on voudrait voir dans ces mots les indices d\u2019un processus d\u2019appropriation d\u2019une \u00ab probl\u00e9matique S.P. \u00bb par l\u2019organisation des I&amp;C de la CGT ? \u2014 vous ne vous souvenez pas ? La vie, loin de toute id\u00e9ologie, pla\u00e7ait le syndicat et les lecteurs de T&amp;T auxquels vous vous s\u2019adressiez devant le r\u00e9el tel qu\u2019il \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9poque, avec les mots de l\u2019\u00e9poque.<br \/>\nDans ce m\u00eame num\u00e9ro 3, L\u00e9on Jouhaux, menant campagne pour que le \u00ab Conseil National \u00e9conomique \u00bb soit \u00ab un organisme constitutionnel \u00bb, argumente :<br \/>\n\u00ab Un certain nombre de nationalisations industrialis\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es. Bien qu\u2019imparfaites encore, on doit consid\u00e9rer qu\u2019avec la collaboration consciente des organisations ouvri\u00e8res, elles se perfectionnent pour mieux servir l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral . [&#8230;] Il faut pr\u00e9voir \u00e0 l\u2019\u00e9chelon national un organisme d\u2019\u00e9tude et de coordination \u00e9conomique dans lequel nos organisations syndicales doivent avoir une large place, la plus importante \u00bb<br \/>\nNum\u00e9ro 4 : encore la normalisation, et aussi le r\u00f4le de la m\u00e9decine du travail. En quoi consiste son caract\u00e8re de service public ? Tout au long de sa parution, T&amp;T leur accordera une large place. On serait tent\u00e9 de dire que T&amp;T avec ces m\u00e9decins du travail et leur syndicat national constitu\u00e8rent \u00e0 l\u2019\u00e9poque LE Service Public de la m\u00e9decine du travail, tant ce fut un foyer de r\u00e9flexion et d\u2019action pour s\u2019imposer dans les entreprises.<br \/>\nNum\u00e9ro 5 (novembre): pr\u00e9sentation du plan Langevin-Vallon lequel m\u00e9riterait un traitement s\u00e9par\u00e9 comme tout ce qui concerne l\u2019enseignement et la formation professionnelle. La page 8 contient un article de Paul Langevin lui-m\u00eame, deux mois avant sa mort. Nous prenons le parti temporaire de ne pas nous y arr\u00eater. Ce plan et l\u2019attention que lui ont pr\u00eat\u00e9 les organisations de la CGT, pas seulement le \u00ab Cartel conf\u00e9d\u00e9ral des ing\u00e9nieurs et cadres sup\u00e9rieurs \u00bb, pourrait faire l\u2019objet d\u2019un travail sp\u00e9cifique.<br \/>\nNum\u00e9ro 6 : Ren\u00e9 Jugeau signe un article insistant sur l\u2019importance de la recherche scientifique . C\u2019est peu dire que les dirigeants politiques de l\u2019\u00e9poque se sont montr\u00e9s particuli\u00e8rement aveugles en la mati\u00e8re. A leur d\u00e9charge, si l\u2019on peut dire, une lourde h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 pesait sur eux. En t\u00e9moigne l\u2019historien Michel Pinault dans son livre \u00ab Maurice Barr\u00e8s et \u201cla grande piti\u00e9 des laboratoires de France\u201d \u00bb. On y d\u00e9couvre comment, \u00e0 la fin de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, Maurice Barr\u00e8s, alors d\u00e9put\u00e9 de Paris, a entrepris, de mani\u00e8re solitaire, une importante campagne faveur du d\u00e9veloppement de la recherche scientifique. Que la Recherche scientifique concerne le S.P., voil\u00e0 ne soul\u00e8vera gu\u00e8re d\u2019objection.<br \/>\nNum\u00e9ro 7 : C\u2019est l\u00e0 que nous rencontrons pour la premi\u00e8re fois les \u00ab services public\u2026 industriels \u00bb. On les trouve dans une longue \u00e9tude, non sign\u00e9e, consacr\u00e9e au Plan Monnet qualifi\u00e9 de plan de modernisation et d\u2019\u00e9quipement :<br \/>\n\u00ab Pour accro\u00eetre la production et abaisser les prix de revient, il faut r\u00e9former les m\u00e9thodes tant publiques que priv\u00e9es, \u00e9conomique aussi bien que techniques ; modifier les structures en sp\u00e9cialisant les entreprises et en donnant aux moyennes et aux petites les possibilit\u00e9s d\u2019\u00eatre aussi productives que les grandes ; \u00e9tablir des \u00e9changes plus intimes entre la recherche scientifique et les applications pratiques [&#8230;]<br \/>\n\u00ab Selon qu\u2019il s\u2019agira du secteur public ou nationalis\u00e9, du secteur \u00e0 entreprises concentr\u00e9es ou du secteur \u00e0 entreprises dispers\u00e9es, les modalit\u00e9s d\u2019ex\u00e9cution [du plan] seront diff\u00e9rentes.<br \/>\n\u00ab Dans le premier cas, l\u2019adoption du plan par le gouvernement vaudra ordre d\u2019ex\u00e9cution pour les administrations, les services publics industriels et les exploitations nationalis\u00e9es. Par ailleurs, l\u2019importance, en dimension et en poids, de ce secteur jouera un r\u00f4le fondamental dans la modernisation des industries dont il est le principal fouisseur ou le principal client \u00bb [&#8230;]<br \/>\n\u00ab Pour la p\u00e9riode 1947-1950, il n\u2019est pas douteux que la r\u00e9partition des mati\u00e8res premi\u00e8res essentielles, des devises et du cr\u00e9dit, le contr\u00f4le de l\u2019emploi, le permis de construire, la politique du rationnement et des prix doivent \u00eatre maintenus \u00bb<br \/>\nA l\u2019\u00e9poque, ce sont, dans l\u2019esprit de r\u00e9dacteurs de l\u2019\u00e9tude, les imp\u00e9ratifs de la reconstruction qui imposent l\u2019action publique. Et c\u2019est Pierre le Brun qui, au nom de la CGT, donnera son accord\u2026 Dans quels termes ? &#8230; :<br \/>\n\u00ab Lorsque le Parlement aura fait confiance au gouvernement pour la mise en application du plan, celui-ci entrera dans la phase de r\u00e9alisation. C\u2019est alors que le plan aura besoin, pour \u00eatre autre chose qu\u2019un gros document que l\u2019on garde dans une biblioth\u00e8que, de l\u2019adh\u00e9sion et de la participation du pays tout entier. Le rythme de sa r\u00e9alisation, les obstacles rencontr\u00e9s, les r\u00e9sultats obtenus devront \u00eatre port\u00e9s \u00e0 la connaissance des Fran\u00e7ais, tant par les pouvoirs publics que par les organisations syndicales et professionnelles. Inversement, les r\u00e9actions, les suggestions, les critiques des producteurs de toutes cat\u00e9gories, devront \u00eatre transmises aux commissions de modernisation et prises en consid\u00e9ration pour ajuster constamment le plan \u00e0, la r\u00e9alit\u00e9 \u00bb<br \/>\nNum\u00e9ro 8 (f\u00e9vrier), T&amp;T publie un appel de scientifiques demandant que le Plan Monnet revienne sur la d\u00e9cision de ne pas int\u00e9grer dans ses travaux la question de la recherche :<br \/>\n\u00ab En examinant le plan Monnet, tous les techniciens et scientifiques soussign\u00e9s avaient \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9s et \u00e9mus par l\u2019absence de toute disposition relative au d\u00e9veloppement de la Recherche scientifique et technique et la formation d\u2019un nombre accru de techniciens et de chercheurs.<br \/>\nNous savons que cette question avait \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9e \u00e0 la Commission du Plan par M. Joliot-Curie, haut-Commissaire \u00e0 l\u2019\u00c9nergie atomique, qui avait demand\u00e9, \u00e0 la premi\u00e8re r\u00e9union de la Commission du Plan, la constitution d\u2019une Sous-Commission de Modernisation concernant la Recherche scientifique et technique. Cette proposition n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 retenue, sous pr\u00e9texte que c\u2019\u00e9tait au Centre national de la Recherche Scientifique de se pr\u00e9occuper de cette question. \u00bb<br \/>\nLe long texte de l\u2019appel dont sont extraits ces quelques phrases est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019un encadr\u00e9 annon\u00e7ant que \u00ab Le Commissariat g\u00e9n\u00e9ral au Plan nous prie de faire conna\u00eetre que, vivement int\u00e9ress\u00e9 par l\u2019appel ci-dessous, il se propose d\u2019y r\u00e9pondre dans notre prochain num\u00e9ro. \u00bb<br \/>\nLe Cartel conf\u00e9d\u00e9ral et la r\u00e9daction de T&amp;T s\u2019associeront explicitement \u00e0 cette interpellation . Quittant quelques instants les pages de T&amp;T, nous voudrions t\u00e9moigner de l\u2019acharnement que les dirigeants du Syndicat national des travailleurs scientifiques (SNTRS) ont mis, ult\u00e9rieurement, \u00e0 faire accepter que la recherche scientifique soit consid\u00e9r\u00e9e comme une responsabilit\u00e9 de niveau conf\u00e9d\u00e9ral et pas seulement comme une branche syndicale \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres. La recherche scientifique comme service public et le r\u00f4le des syndicats, voil\u00e0 qui reste plus que jamais un sujet complexe, chaud, in\u00e9puisable.<br \/>\nNous sommes toujours en F\u00e9vrier 1947 : LA FRANCE AU TRAVAIL, ce mois-ci, s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019avenir des transports parisien. On vient d\u2019inaugurer une nouvelle ligne du m\u00e9tro, la 13, qui va de la Gare Saint-Lazare jusqu\u2019au Carrefour Pleyel \u00ab \u00e0 2 km du centre de Saint-Denis \u00bb nous pr\u00e9cise-t-on. C\u2019est trop loin pour les habitants de cette ville de la proche banlieue parisienne. L\u2019\u00e9largissement de la zone desservie par le m\u00e9tro reste un objectif, au moins une option qui ne tardera pas \u00e0 devenir un imp\u00e9ratif. Et alors, grave probl\u00e8me :<br \/>\n\u00ab Un r\u00e9seau m\u00e9tropolitain comme celui de Paris, \u00e0 la structure serr\u00e9e et aux stations nombreuses, exige le tarif unique. [&#8230;] Le tarif unique, c\u2019est une simplification consid\u00e9rable de la vente et du contr\u00f4le des titres de transports [&#8230;] en cons\u00e9quence un facteur essentiel de bas prix de revient. [&#8230;] mais le tarif unique est injuste dans son principe. Pour le m\u00eame prix, les uns font un long voyage et les autres un petit. Nous ne sommes pas encore habitu\u00e9s \u00e0 cette formule qui est celle de la r\u00e9partition dans une soci\u00e9t\u00e9 communiste : \u00ab\u00a0Prenez ce qu\u2019il vous faut\u00a0\u00bb. En fait le tarif unique est inattaquable quand il s\u2019exerce sur une surface peu \u00e9tendue \u00bb.<br \/>\nPour la premi\u00e8re fois, huit mois apr\u00e8s sa premi\u00e8re parution T&amp;T nous offre les termes d\u2019un authentique d\u00e9bat sur l\u2019\u00e9galit\u00e9 d\u2019acc\u00e8s au service public. Plus loin, l\u2019auteur proposera une solution que l\u2019on qualifierait aujourd\u2019hui avec indignation de logique comptable : \u00e9tant donn\u00e9 que la densit\u00e9 de la population d\u00e9cro\u00eet en allant vers la p\u00e9riph\u00e9rie et que donc le nombre de voyageurs diminue \u00e9galement, il arrive un moment o\u00f9 l\u2019accroissement du rayon du cercle de tarif unique n\u2019est plus compens\u00e9 par l\u2019accroissement des recettes. Il y a donc un point d\u2019\u00e9quilibre qui devrait d\u00e9finir la zone de tarif unique.<br \/>\nOffrons-nous, le temps d\u2019un paragraphe, un saut dans un futur qui est, lui aussi, devenu notre pass\u00e9 : La CGT de la RATP n\u2019a cess\u00e9 de lier la d\u00e9fense du service public des transports urbains \u00e0 sa politique revendicative. Le projet de document d\u2019orientation soumis au d\u00e9bat pr\u00e9paratoire du 7\u00e8me congr\u00e8s de l\u2019Union syndicale CGT\/RATP (mai 1979) en est un exemple remarquable . Une analyse diachronique de l\u2019argumentation, des interventions aupr\u00e8s des pouvoirs publics et des initiatives d\u2019action de ce syndicat serait du plus haut int\u00e9r\u00eat dans le cadre du projet S.P&#8230;<br \/>\nLes num\u00e9ros se suivent et, centr\u00e9s sur les imp\u00e9ratifs de la reconstruction d\u2019une \u00e9conomie lourdement endommag\u00e9e par la guerre et l\u2019occupation allemande, la question du public, des besoins du public du \u00ab Service Public \u00bb y est en quelque sorte implicite. Elle va de soi. Elle ne fait pas d\u00e9bat. Le probl\u00e8me c\u2019est de produire.<br \/>\nEt voici ce que \u00e7a donne en ao\u00fbt 1947 (T&amp;T n\u00b0 13), toujours dans les pages LA FRANCE AU TRAVAIL, \u00e0 propos du \u00ab R\u00e9seau routiers fran\u00e7ais \u00bb. Un cadre du minist\u00e8re parle :<br \/>\n\u00ab Deux principes dans les m\u00e9thodes d\u2019entretien, qui ont toujours dirig\u00e9 les ing\u00e9nieurs de notre Administration, devront demain plus que jamais \u00eatre rappel\u00e9es aux jeunes cadres auxquels a manqu\u00e9 la pratique des ann\u00e9es de guerre :<br \/>\n&#8211; \u00c9conomie<br \/>\n&#8211; Rendement<br \/>\n\u00ab [&#8230;] En attendant la modernisation urgente de l\u2019\u00e9quipement, tant du service que des entreprises fournissant des mat\u00e9riaux de bases, nous sommes certains que l\u2019effort de tous, personnels d\u2019\u00c9tat et entreprises permettra au r\u00e9seau routier fran\u00e7ais de tenir un rang honorable, tant du point de vue de sa qualit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale que du point de vue de l\u2019\u00e9conomie de son entretien et de son am\u00e9lioration. Encore faudra-t-il que les cr\u00e9dits importants n\u00e9cessaires soient accord\u00e9s et que les priorit\u00e9s des autres grands services ne se fassent pas trop sentir. \u00bb<br \/>\nOn parle d\u2019autant moins de \u2018Service public\u2019 que les auteurs des articles publi\u00e9s par T&amp;T sont habit\u00e9s par le Service public, jusqu\u2019\u00e0 se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 une vision du communisme attribu\u00e9e, sans trop de v\u00e9rification, \u00e0 Karl Marx.<br \/>\nCe m\u00eame num\u00e9ro d\u2019ao\u00fbt-septembre aborde aussi la question de l\u2019ind\u00e9pendance de la m\u00e9decine du travail vis-\u00e0-vis de l\u2019employeur : le prix de cette ind\u00e9pendance serait-il pour le m\u00e9decin du travail de renoncer au statut de salari\u00e9 ? Le Dr. S.-R. Ghirardi pose la question\u2026 et r\u00e9pond \u2018convention collective\u2019. C\u2019est elle qui doit d\u00e9finir le statut de salari\u00e9 ind\u00e9pendant en tant que m\u00e9decin.<br \/>\nOctobre (n\u00b014) : \u00e0 propos de la nationalisation partielle du secteur des assurances. Une \u00e9tude nous est propos\u00e9e o\u00f9 l\u2019on constate l\u2019influence r\u00e9ciproque l\u2019un sur l\u2019autre du secteur nationalis\u00e9 et du secteur priv\u00e9. La Caisse centrale de r\u00e9assurance est pr\u00e9sent\u00e9e comme un \u00ab \u00c9tablissement public \u00e0 caract\u00e8re commercial \u00bb. Comme depuis le d\u00e9but de sa parution, T&amp;T consid\u00e8re technique et choix politiques comme ins\u00e9parables.<br \/>\nLes pages centrales de LA FRANCE AU TRAVAIL sont ouvertes \u00e0 Pierre LAVERROUX, directeur de l\u2019Institut National de Formation des Cadres Professionnels , qui d\u00e9veloppe le concept de formation professionnelle acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e et compare ses caract\u00e9ristiques \u00e0 celles de l\u2019apprentissage.<br \/>\nOn trouve dans le m\u00eame num\u00e9ro le d\u00e9but d\u2019un inventaire des \u00e9coles d\u2019ing\u00e9nieurs ainsi que les travaux du Conseil \u00c9conomique relatifs \u00e0 trois propositions de lois sur la formation professionnelle.<br \/>\nDans le n\u00b0 15 (novembre), Georges Tessier, professeur \u00e0 la Sorbonne et directeur du CNRS soul\u00e8ve la question du r\u00f4le de cet organisme (un service public chimiquement pur) et des moyens de jouer ce r\u00f4le : \u00ab Dans le travail de routine dont il vient d\u2019\u00eatre question nous travaillons en somme, \u00ab\u00a0\u00e0 la demande\u00a0\u00bb. Nous donnons une aide, un concours \u00e0 ceux qui l\u2019ont sollicit\u00e9. Nous favorisons le d\u00e9veloppement de ce qui cro\u00eet d\u00e9j\u00e0, mais nous ignorons le reste. Et c\u2019est pourtant ce reste, ce qui pourrait na\u00eetre, ce qui voudrait na\u00eetre, qui est le plus int\u00e9ressant. \u00bb La fin de la liste des \u00e9coles d\u2019ing\u00e9nieurs figure en p. 12 de ce m\u00eame num\u00e9ro 15.<br \/>\nNous arrivons au mois de d\u00e9cembre 1947. La scission s\u2019annonce. La gr\u00e8ve ne s\u2019est pas bien pass\u00e9e pour le Cartel. La CGT doit faire face \u00e0 une attaque contre les entreprises nationalis\u00e9es. T&amp;T tient sa place sur ce front (p. 2 du n\u00b016). Les pages centrales de LA FRANCE AU TRAVAIL posent le probl\u00e8me du logement sous la plume de Fran\u00e7ois Lh\u00e9riteau, ing\u00e9nieur ENPC :<br \/>\n\u00ab Pour rattraper notre retard, il faut assurer la construction de logements priv\u00e9s, aussi bien sur l\u2019initiative priv\u00e9e que sur l\u2019initiative des Pouvoirs publics. [&#8230;] Si le retour au droit commun est inconcevable, il nous semble de m\u00eame ni possible ni souhaitable de nationaliser le logement. [&#8230;] Pour suivre une politique efficace, il appara\u00eet indispensable de centraliser sous une autorit\u00e9 unique, les diff\u00e9rents services. Si l\u2019organisation administrative doit \u00eatre centralis\u00e9e elle doit aussi \u00eatre d\u00e9mocratique. Pour cela, il faut faire participer \u00e0 l\u2019administration du logement les int\u00e9ress\u00e9s eux-m\u00eames. \u00bb [\u00e0.commenter].<br \/>\nAnn\u00e9e 1948. La probl\u00e9matique Service public n\u2019a pas dit son dernier mot, loin de l\u00e0, et aussi longtemps que le journal des ing\u00e9nieurs et cadres de la CGT pourra le faire, il interviendra et prendra position dans ce qui devient un conflit de classe. Le n\u00b017 de T&amp;T (janvier) pose la question du statut juridique des centres techniques industriels :<br \/>\n\u00ab Si les syndicats patronaux veulent s\u2019organiser pour faire des recherches et cr\u00e9er des laboratoires, afin d\u2019\u00eatre mieux arm\u00e9s pour lutter contre la concurrence \u00e9trang\u00e8re, il faut voir l\u00e0 une initiative qui peut \u00eatre bonne pour l\u2019\u00e9conomie du pays, on peut admettre que les syndicats patronaux qui prennent cette heureuse initiative b\u00e9n\u00e9ficient de l\u2019avantage que leur donne la loi du 26 avril 1947 [loi qui transf\u00e8re aux patronat la propri\u00e9t\u00e9 des acquis de la p\u00e9riode de Vichy, c\u2019est-\u00e0-dire les centres techniques \u2013 A.J.].<br \/>\n\u00ab Mais, comme de toutes fa\u00e7ons, il ne saurait s\u2019agir, avant tout, que de cr\u00e9er des moyens de d\u00e9fense d\u2019int\u00e9r\u00eats de nature priv\u00e9e et particuli\u00e8re, il est essentiel que l\u2019\u00c9tat se r\u00e9serve le droit et les moyens de cr\u00e9er et de d\u00e9velopper des \u00e9tudes et des recherches partout o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat national l\u2019exige.<br \/>\n\u00ab Au nom m\u00eame des meilleurs principes du lib\u00e9ralisme \u00e9conomique, ni une administration d\u2019\u00c9tat, ni un organisme national ne saurait s\u2019immiscer dans des organisations dues \u00e0 des initiatives priv\u00e9es. Par contre, si l\u2019int\u00e9r\u00eat du pays l\u2019exige, l\u2019\u00c9tat, soit par un organisme de nature administrative, soit mieux par un organisme \u00e0 structure d\u2019office national, doit pouvoir entreprendre et poursuivre des recherches aux frais de la collectivit\u00e9 nationale.<br \/>\n\u00ab Le projet de loi sur les centres techniques industriels et qui ne fait que reprendre les dispositions qui r\u00e9gissaient les organismes professionnels cr\u00e9\u00e9s par le gouvernement de Vichy, ne saurait cr\u00e9er un \u00ab\u00a0statut juridique\u00a0\u00bb \u00e0 ce qui n\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019une confusion entre une autorit\u00e9 de caract\u00e8re priv\u00e9 telle que celle des syndicats patronaux et une autorit\u00e9 d\u2019\u00c9tat assise sur le fait que les ressources des organismes proviennent d\u2019un v\u00e9ritable imp\u00f4t. \u00bb.<br \/>\nC\u2019est dans la livraison de f\u00e9vrier 1948 qu\u2019on d\u00e9couvre l\u2019amputation annonc\u00e9e : le journal passe \u00e0 huit pages et il n\u2019est plus question de FRANCE AU TRAVAIL. Plus de pages SCIENCE ET TECHNIQUE. La probl\u00e9matique S.P. n\u2019y appara\u00eet pas. On annonce la tenue d\u2019une assembl\u00e9e des repr\u00e9sentants des syndicats nationaux constitutifs du Cartel, qui se tiendra les 24 et 25 avril et pourrait transform\u00e9e en Congr\u00e8s (constitutif de l\u2019Ugic, mais cela n\u2019est pas pr\u00e9cis\u00e9). La probl\u00e9matique S.P. est toujours vivante.<br \/>\nEn mars (n\u00b019) le journal titre sur 3 colonnes \u00e0 la Une, \u00ab L\u2019ORGANISATION DES RECHERCHES SCIENTIFIQUES ET TECHNIQUES EST INDISPENSDABLE \u00bb :<br \/>\n\u00ab Les recherches et les \u00e9tudes faite \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019entreprise priv\u00e9e, ou m\u00eame de l\u2019association professionnelle, n\u2019auront toujours pour but que l\u2019augmentation du profit au b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019entreprise ou de l\u2019association. L\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral ne saurait se contenter d\u2019\u00eatre la somme de tous les int\u00e9r\u00eats particuliers des entreprises priv\u00e9e.<br \/>\n\u00ab Il est certain que cet int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral est dans un progr\u00e8s constant des techniques [&#8230;]<br \/>\nL\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral exige donc l\u2019entreprise fr\u00e9quente de recherches et la poursuite constante d\u2019\u00e9tudes. Toutes les fois o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral est en jeu, l\u2019\u00c9tat ou ses services, ou des organismes \u00e9manant d\u2019une autorit\u00e9 nationale doit pouvoir entreprendre et mener des recherches et des \u00e9tudes. Celles-ci ne peuvent \u00eatre men\u00e9es qu\u2019aux frais de la collectivit\u00e9 nationale, soit par des attributions budg\u00e9taires, soit par des revenus sp\u00e9ciaux provenant de la fortune nationale \u00bb.<br \/>\nL\u2019argumentation employ\u00e9e, en pointant la question du profit, para\u00eet nettement marqu\u00e9e par le changement dans la situation du syndicalisme par rapport \u00e0 l\u2019\u00c9tat. La n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un service public de la recherche scientifique et technique d\u00e8s lors que \u00bb l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral est en jeu \u00bb n\u2019en n\u2019est que plus clairement affirm\u00e9e par le journal de ce qui est encore, pour quelques semaines le Cartel conf\u00e9d\u00e9ral des ing\u00e9nieurs et cadres sup\u00e9rieurs de la Cgt. L\u2019article passe ensuite \u00e0 la description des diff\u00e9rents \u00ab\u00a0offices\u00a0\u00bb.<br \/>\nLe souffle d\u2019une responsabilit\u00e9 des I&amp;C envers l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral ne dispara\u00eet pas avec la transformation du Cartel en Ugic. Dans la r\u00e9solution g\u00e9n\u00e9rale adopt\u00e9e par le congr\u00e8s constitutif on peut lire :<br \/>\n\u00ab le Congr\u00e8s tient \u00e0 r\u00e9affirmer sa confiance dans les ressources mat\u00e9rielles et intellectuelles de la France qui demeurent intactes. [&#8230;] La substitution de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral aux int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s par la nationalisation des secteurs d\u00e9terminants pour notre reconstruction ont \u00e9t\u00e9 accept\u00e9 par tous. Cette exp\u00e9rience sociale a-t-elle \u00e9chou\u00e9 ? [&#8230;] F\u00e9conde pour la nation, cette exp\u00e9rience l\u2019a \u00e9t\u00e9 pour les cadres comme pour les autres travailleurs [toute la suite du document exprime le lien entre activit\u00e9 syndicale et \u201crenaissance nationale\u201d&#8230;] (T&amp;T n\u00b022, avril-mai)<\/p>\n<p>Dans ce m\u00eame n\u00b022, alors que la CGT doit faire face \u00e0 une nouvelle mise en cause du secteur nationalis\u00e9, une attaque de grande envergure, T&amp;T riposte :<br \/>\n\u00ab Qu\u2019on n\u2019oublie pas le r\u00f4le politique et social et la politique \u00e9conomique, ax\u00e9e sur le profit particulier et non sur l\u2019int\u00e9r\u00eat national qui furent ceux des grandes soci\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es auxquelles \u00e9tait confi\u00e9e l\u2019exploitation de ces services publics \u00bb.<br \/>\nO\u00f9 l\u2019on voit que les mots \u00ab\u00a0service public\u00a0\u00bb sont rattach\u00e9s \u00e0 l\u2019action syndicale autrement que par le nom de certains de ses syndicats. Et qu\u2019une certaine identification s\u2019op\u00e8re entre \u00ab\u00a0entreprises nationalis\u00e9es\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0services publics\u00a0\u00bb.<br \/>\n***<br \/>\nIci pourtant se tarit la source de notre recherche. La \u00ab CGT des cadres \u00bb devra chercher de nouvelles voies. C\u2019est dans les syndicats nationaux et particuli\u00e8rement au sein de la F\u00e9d\u00e9ration aujourd\u2019hui devenue la FNME que l\u2019exp\u00e9rience des militants I&amp;C soutenue par des dirigeants f\u00e9d\u00e9raux visionnaires d\u00e9fricheront le nouveau terrain social. Une vision identique par bien des aspects \u00e0 celle du T&amp;T des ann\u00e9es 46-48 animera la publication de \u00ab Sp\u00e9cial Options de 1982 \u00e0 1992. C\u2019est l\u2019objet d\u2019un autre travail.<br \/>\nLorsque, dans le num\u00e9ro 24 (octobre-novembre 1948), T&amp;T pr\u00e9sente des extraits du programme \u00e9conomique de la CGT, rien ne concerne explicitement, dans ces extraits, ni le \u00ab\u00a0Service public\u00a0\u00bb en g\u00e9n\u00e9ral ni des services publics en particulier.<br \/>\nEt c\u2019est le silence toute l\u2019ann\u00e9e 1949. Pourquoi ce changement brusque ? Nous nous le sommes demand\u00e9s d\u00e8s la pr\u00e9sentation du pr\u00e9sent travail. Palier le risque d\u2019une d\u00e9rive r\u00e9formiste ? Prise de distance d\u2019une partie des I&amp;C ? Peut-\u00eatre \u00e9tait-ce tout simplement que la Conf\u00e9d\u00e9ration actait une r\u00e9alit\u00e9 nouvelle : elle avait \u00e0 faire \u00e0 un gouvernement et \u00e0 un \u00c9tat d\u00e9sormais totalement hostiles. Seules comptaient les revendications. Il faut rapprocher ce changement du conflit qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 au sein de la direction conf\u00e9d\u00e9rale entre Beno\u00eet Frachon et Pierre Le Brun quant \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 pour la CGT d\u2019avoir un programme \u00e9conomique. On sait aujourd\u2019hui que ce conflit avait sa source au sein du Parti communiste.<br \/>\nOctobre-novembre 1948 : c\u2019est le n\u00b024 et dernier \u2026 de la premi\u00e8re s\u00e9rie. Une \u00ab deuxi\u00e8me s\u00e9rie \u00bb s\u2019ouvre en avril 1950. On y retrouve des signes des batailles pour la d\u00e9fense du S.P., tels que la d\u00e9nonciation des menaces pesant sur l\u2019enseignement : restrictions budg\u00e9taires, suppression d\u2019emplois, fermeture de certains services, abandon de l\u2019 \u00e9ducation populaire (2\u00e8me s\u00e9rie, n\u00b03). Le n\u00b04 de novembre 1950 est consacr\u00e9 au Plan Marshall et \u00e0 l\u2019engagement de la CGT dans la lutte pour la paix. Fin de la 2\u00e8me s\u00e9rie !<br \/>\nRed\u00e9marrage en juin 1953 sous la forme de bulletins ron\u00e9otyp\u00e9s et agraf\u00e9s au coin sup\u00e9rieur gauche \u2013 nos anciens n\u2019ont pas eu la vie facile ! La s\u00e9rie comprendra six parutions o\u00f9 sont abord\u00e9es la question de la promotion ouvri\u00e8re et plus g\u00e9n\u00e9ralement les questions de la formation. Les formations par le CNAM y sont analys\u00e9es. Le n\u00b03 (ao\u00fbt-septembre 1953) d\u00e9nonce les d\u00e9crets-lois qui ont provoqu\u00e9s une gr\u00e8ve, stopp\u00e9 les trains et \u00ab mis un grand service public en sommeil \u00bb<br \/>\nDerni\u00e8re rafale, si l\u2019on ose dire : une nouvelle et derni\u00e8re s\u00e9rie commence en Novembre-d\u00e9cembre 1954. Il y est rendu compte du \u00ab Congr\u00e8s technique national de s\u00e9curit\u00e9 \u00bb, par le docteur Goul\u00e8ne \u2013 ah ! si la CGT avait un Panth\u00e9on, celui-l\u00e0 y aurait sa place, au vu de l\u2019infatigable combat qu\u2019il a men\u00e9 dans T&amp;T depuis le d\u00e9but avec son confr\u00e8re Desoille. Dans ce m\u00eame num\u00e9ro, Andr\u00e9 Barjonet signe une analyse de la politique \u00e9conomique du gouvernement Mend\u00e8s-France. Le S.P. n\u2019y appara\u00eet pas, mais nous n\u2019en tirerons aucune conclusion. Pas plus que dans le num\u00e9ro 6 (juin-juillet), donnant place \u00e0 un long article sur les nationalisations. De celles-ci on lira encore, dans le n\u00b09 et dernier que les nationalisations ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9tourn\u00e9es de leurs buts.<br \/>\n***<br \/>\nAu terme de ce parcours de 10 ann\u00e9es, au long du quel les doigts d\u2019une main ne sont pas tous n\u00e9cessaires pour compter les rencontres avec \u00ab service public \u00bb , on \u00e9prouve le besoin de mieux comprendre comment et quand le service public pend place dans la vie syndicale ICTAM en tant que question sp\u00e9cifique. La publication de sp\u00e9cial Options entre 1982 et 1992 est d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 \u00e0 notre programme. La collection de la revue Options \u00e0 partir de 1965 est une autre source archivistique essentielle. Mais \u00e0 ce stade nous devons nous poser la question \u00ab qu\u2019est-ce qu\u2019on cherche ? \u00bb autrement dit quelle grille de lecture, ou plut\u00f4t, quelles grilles, au pluriel. Elles sont multiples, pour ne pas dire innombrables. En identifier quelques-unes, telle sera notre prochaine \u00e9tape.<\/p>\n<p>Annexes<br \/>\nSimple Histoire<br \/>\nTout le monde conna\u00eet la puissance cr\u00e9atrice des laboratoire allemands de l&rsquo;I.G. Farben Industrie \u00e0 Ludwigshaven.<br \/>\nSit\u00f4t apr\u00e8s la d\u00e9limitation des zones d&rsquo;occupation, on organisa dans le cadre des minist\u00e8res de la Production industrielle et du Commissariat aux Affaires allemandes, le contr\u00f4le non seulement des fabrications mais aussi celui de l&rsquo;activit\u00e9 des laboratoires, Il fut en particulier d\u00e9cid\u00e9 que des ing\u00e9nieurs pourraient aller faire des stages dans les laboratoires de Ludwigshaven ainsi d&rsquo;ailleurs nu dans ceux de la Degussa \u00e0 Cons\u00actance.<br \/>\nLes frais des stagiaires qui ne correspondaient d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;a des marks d\u00e9pens\u00e9s en Allemagne oc-cup\u00e9e, devaient \u00eatre enti\u00e8rement support\u00e9s par l&rsquo;usine allemande.<br \/>\nApr\u00e8s quelques mois les administrateurs-s\u00e9questres des entreprises d\u00e9cid\u00e8rent que les stagiaires devaient trouver EN FRANCE, aupr\u00e8s de leurs employeurs, ou aupr\u00e8s d&rsquo;administrations publiques les moyens d&rsquo;aller en Allemagne et de vivre en Allemagne. On obligeait donc les stagiaires \u00e0 convertir les francs en marks pour pouvoir aller travailler.<br \/>\nEnfin, derni\u00e8re phase de l&rsquo;histoire : Aujourd&rsquo;hui, si une entreprise fran\u00e7aise ou une administration publique veut envoyer un ing\u00e9nieur en stage \u00e0 Ludwigshaven ou \u00e0 Constance, il faut PAYER A L&rsquo;ENTREPRISE ALLEMANDE DES FRAIS DE LABORATOIRE qui se montent \u00e0 des sommes qu&rsquo;aucun industriel, ni aucun service public ne peut envisager. Ces frais peuvent \u00eatre de l&rsquo;ordre d&rsquo;une centaine de mille francs par mois de stage ! Evidemment les ing\u00e9nieurs stagiaires doivent continuer \u00e0 vivre entretenus uniquement par leurs entreprises fran\u00e7aises.<br \/>\nEst-ce que les administrateurs-s\u00e9questres, officiers fran\u00e7ais, ont la mission de travailler pour la France ou telle de pr\u00e9parer la prosp\u00e9rit\u00e9 future des entreprise\u00ab allemandes ?<br \/>\n***<br \/>\nExtrait du projet de document d\u2019orientation pr\u00e9paratoire au 7\u00e8me congr\u00e8s<br \/>\nde l\u2019Union syndicale CGT\/RATP publi\u00e9 dans le n<br \/>\nAVANT-PROPOS<br \/>\nLe 7\u00e8me Congr\u00e8s de l\u2019UNION SYNDICALE C.G.T.\/R.A.T.P. se tient quelques mois seulement apr\u00e8s le 40\u00e8me Congr\u00e8s de la C.G.T. Il ne saurait \u00eatre question de reprendre ici l\u2019ensemble des th\u00e8mes trait\u00e9s dans le document d\u2019orientation adopt\u00e9 par le CONGRES CONFEDERAL. Les ayant fait siennes, l\u2019Union Syndicale C.G.T. de la R.A.T.P. se propose de prolonger l\u2019analyse qui en r\u00e9sulte au niveau de notre entreprise.<br \/>\n1 LA R.A.T.P. DANS LA CRISE DES TRANSPORTS EN ILE DE France<br \/>\nII y a deux raisons essentielles aux difficult\u00e9s des transports en commun en Ile de France.<br \/>\n\u2022 L\u2019urbanisation anarchique des sp\u00e9culateurs et des affairistes,<br \/>\n\u2022 L\u2019abandon de la notion de service public en faveur de la rentabilit\u00e9.<br \/>\n1-1 L \u2019urbanisation anarchique<br \/>\nL \u2019aggravation des conditions de transports et de circulation trouve son origine dans la mani\u00e8re anarchique mais d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e dont est effectu\u00e9e la localisation des zones d\u2019activit\u00e9s et d\u2019habitation.<br \/>\nLes travailleurs sont rejet\u00e9s de plus en plus loin dans la banlieue et la grande couronne de la r\u00e9gion parisienne.<br \/>\nLes promoteurs ne se pr\u00e9occupant ni des infrastructures de transport ni des \u00e9quipements sociaux et culturels.<br \/>\nLes petits commerces de quartiers disparaissent, les centres commerciaux et autres grandes surfaces s\u2019installent loin des agglom\u00e9rations, les services publics administratifs, les lieux de loisirs sont insuffisants, \u00e9loign\u00e9s, les \u00e9quipements sociaux manquent partout.<br \/>\nCette urbanisation, la p\u00e9nurie des \u00e9quipements provoquent des d\u00e9s\u00e9quilibres importants, un allongement des distances entre le lieu de l\u2019emploi et celui de l\u2019habitation.<br \/>\nCela provoque la multiplication des d\u00e9placements, accro\u00eet leur dur\u00e9e.<br \/>\nAinsi, quel que soit le mode de d\u00e9placement utilis\u00e9, c\u2019est en moyenne 1h.20 qui sont perdues quotidiennement dans les transports.<br \/>\nSelon une enqu\u00eate de l\u2019 INSEE r\u00e9alis\u00e9e pour la pr\u00e9fecture de la r\u00e9gion Ile de France :<br \/>\n&#8211; chaque jour, 18 millions de personnes se d\u00e9placent dans notre r\u00e9gion, dont 7 millions pour se rendre au travail,<br \/>\n&#8211; l\u2019absence d\u2019un v\u00e9ritable r\u00e9seau urbain et interurbain de transports collectifs hors de la capitale oblige \u00e0 avoir recours \u00e0 l\u2019automobile, celle-ci assume 61 % des migrations quotidiennes tandis que les transports en commun n\u2019en assument que 12 %<br \/>\n&#8211; dans Paris o\u00f9 le r\u00e9seau de transports collectifs est mieux adapt\u00e9, les transports en commun sont utilis\u00e9s pour 60 % des d\u00e9placements.<br \/>\n1-2 L \u2019abandon de la notion de service public en faveur de la rentabilit\u00e9<br \/>\nLa seconde cause de la crise des transports r\u00e9side dans la recherche du profit au d\u00e9triment du service public.<br \/>\n&#8211; L\u2019AUTOMOBILE RAPPORTE PLUS AU GRAND CAPITAL QUE LES TRANSPORTS COLLECTIFS.<br \/>\nMoins les transports en commun r\u00e9pondent \u00e0 la demande, plus il y a de voitures en circulation. Cette politique sert les firmes multinationales \u00e0 commencer par celles des p\u00e9troliers en passant par la sid\u00e9rurgie, la m\u00e9tallurgie, l\u2019industrie des pneumatiques, de l\u2019automobile elle-m\u00eame sans oublier les soci\u00e9t\u00e9s autorouti\u00e8res et les compagnies d\u2019assurance.<br \/>\nTout ce monde est fort int\u00e9ress\u00e9 de voir les salari\u00e9s contraints d\u2019utiliser quotidiennement leur v\u00e9hicule et d\u2019en changer souvent.<br \/>\n&#8211; TOUTEFOIS LE GRAND CAPITAL NE S\u2019INTERESSE PAS SEULEMENT A L\u2019AUTOMOBILE, LES TRANSPORTS EN COMMUN L\u2019INTERESSENT EGALEMENT.<br \/>\nA commencer par la production des moyens de transports collectifs o\u00f9 il r\u00e9alise d\u2019\u00e9normes profits. Mais aussi par l&rsquo;exploitation elle-m\u00eame \u00e0 condition que l&rsquo;Etat (de moins en moins) ou les collectivit\u00e9s locales (de plus en plus) couvrent les d\u00e9penses non rentables et qu\u2019il lui laisse les seules activit\u00e9s vraiment profitables.<br \/>\nAinsi Matra b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une aide de l\u2019Etat pour la mise au point de techniques nouvelles de transports automatis\u00e9s.<br \/>\n&#8211; la R.A.T.P. finance 40 % de la recherche pour les transports en commun<br \/>\n&#8211; une seule soci\u00e9t\u00e9 li\u00e9e \u00e0 la Banque de Paris et des Pays-Bas est en passe de g\u00e9rer \u00e0 elle seule la moiti\u00e9 du trafic des transports en commun de province<br \/>\n&#8211; dans le m\u00eame temps, des lignes S.N.C.F. sont supprim\u00e9es, d\u2019autres restent interdites au trafic voyageurs.<br \/>\n&#8211; des cr\u00e9dits pour les prolongements de ligne de m\u00e9tro sont supprim\u00e9s.<br \/>\n\u00ab L\u2019AFFRETEMENT \u00bb se d\u00e9veloppe et avec lui le transfert des fonds publics au profit des transporteurs priv\u00e9s. IL Y A DEUX SORTES D\u2019AFFRETEMENT :<br \/>\n\u2022 L\u2019affr\u00e8tement par les communes :<br \/>\ndevant le manque de transports en commun, les communes mettent en place leur propre r\u00e9seau, elles s\u2019adressent \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, le manque de recettes est compens\u00e9 par la commune. Ce syst\u00e8me d\u00e9charge l\u2019 Etat de ses responsabilit\u00e9s financi\u00e8res sur les collectivit\u00e9s locales, cela se traduit par un alourdissement de la charge fiscale pour les contribuables locaux sans que soient all\u00e9g\u00e9s les imp\u00f4ts d\u2019Etat.<br \/>\n\u2022 L\u2019affr\u00e8tement de cars priv\u00e9s par la R.A.T.P. :<br \/>\nl\u2019Etat oblige la R.A.T.P. \u00e0 passer des contrats avec les compagnies priv\u00e9es, pour le moment \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des zones exploit\u00e9es jusque-l\u00e0 par la R.A.T.P. La propri\u00e9t\u00e9 de la ligne revient \u00e0 la R.A.T.P., le num\u00e9ro de ligne est R.A.T.P. c\u2019est celle-ci qui fait les \u00e9tudes et d\u00e9finit le service, les tarifs sont ceux du service public, celui-ci collecte les recettes. Par contre, le personnel, les autobus sont ceux de l\u2019entreprise priv\u00e9e.<br \/>\nCelle-ci est r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e non pas en fonction du nombre de voyageurs transport\u00e9s mais sur la base des Kms parcourus avec indexation sur le co\u00fbt, des frais de personnel, le prix du carburant et du mat\u00e9riel.<br \/>\nLes cars peuvent donc rouler \u00e0 vide, les transporteurs priv\u00e9s sont assur\u00e9s de faire du profit, s\u2019il y a d\u00e9ficit celui-ci est support\u00e9 par la R.A.T.P.<br \/>\nCe deuxi\u00e8me type \u00ab d \u2019affr\u00e8tement\u00bb constitue une forme de subvention de la R.A.T.P. aux transports priv\u00e9s et comporte un grave danger : celui du d\u00e9mant\u00e8lement du service public que nous n\u2019avons cess\u00e9 de d\u00e9noncer.<br \/>\n1-3 La R.A.T.P. au c\u0153ur des contradictions<br \/>\nLa R.A.T.P. se trouve au c\u0153ur des contradictions engendr\u00e9es par la crise des transports en Ile de France.<br \/>\nA ces contradictions s\u2019ajoutent celles inh\u00e9rentes au maintien de sa vocation de service public face aux plans d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 successifs, et celles qui d\u00e9coulent de la volont\u00e9 gouvernementale de \u00ab casser \u00bb le statut de l\u2019entreprise.<br \/>\nD\u2019autre part, la R.A.T.P. est un champ clos o\u00f9 se d\u00e9roule une \u00e9norme bataille d\u2019int\u00e9r\u00eats dans laquelle les monopoles rivalisent d\u2019app\u00e9tit. Qu\u2019il s\u2019agisse de fourniture de mat\u00e9riel, de travaux de gros \u0153uvre ou d\u2019\u00e9quipement, ou bien encore d\u2019entretien les \u00ab march\u00e9s R.A.T.P. \u00bb permettent \u00e0 ceux qui les \u00ab d\u00e9crochent \u00bb de r\u00e9aliser des profits substantiels. C\u2019est un v\u00e9ritable pillage. Le scandale de SOFRETU mis au jour par la C.G.T. ne fait que confirmer l\u2019analyse que nous faisons depuis plusieurs ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0.<br \/>\nMais aujourd\u2019hui, il n\u2019est pas exag\u00e9r\u00e9 de dire que c\u2019est l\u2019existence m\u00eame de la R.A.T.P. en tant que telle qui est menac\u00e9e.<br \/>\nEn effet, la cr\u00e9ation de la nouvelle entit\u00e9 administrative et politique qu\u2019est la r\u00e9gion Ile de France appelle la cr\u00e9ation d\u2019une entreprise de transport \u00e0 caract\u00e8re r\u00e9gional.<br \/>\nLa R.A.T.P., service public a vocation pour devenir cette entreprise en coop\u00e9rant avec la S.N.C.F.<br \/>\nOr toute la politique men\u00e9e par le gouvernement ces derni\u00e8res ann\u00e9es va dans un sens oppos\u00e9.<br \/>\nLes retards dans les prolongements de lignes de m\u00e9tro, l\u2019abandon d\u2019un certain nombre de grands travaux, l\u2019affr\u00e8tement et le d\u00e9sengagement financier de l\u2019Etat sont autant d\u2019obstacle au d\u00e9veloppement du caract\u00e8re r\u00e9gional de la R.A.T.P.<br \/>\nParall\u00e8lement, des porte-parole tr\u00e8s officiels du gouvernement ne cessent de clamer bien haut qu\u2019il faut mettre fin aux privil\u00e8ges exorbitants des travailleurs de la R.A.T.P.<br \/>\nLe temps semble venu pour le pouvoir de mettre en application un projet qui lui tient \u00e0 c\u0153ur : cr\u00e9er une entreprise r\u00e9gionale de transport qui regrouperait l\u2019actuelle R .A.T.P., les lignes banlieue S.N.C.F. et les compagnies de cars affr\u00e9t\u00e9es. Cette orientation devant n\u00e9cessairement prendre effet le 1er Janvier 1980 selon les termes de l\u2019article 6 de la loi du 6 Mai 1976. Selon le Pr\u00e9sident du Conseil R\u00e9gional d\u2019Ile de France, c\u2019est \u00e0 la fin de la session parlementaire du printemps que les dispositions l\u00e9gales seront arr\u00eat\u00e9es par le parlement. L \u2019ann\u00e9e 1979 sera donc d\u00e9cisive pour l\u2019avenir de la R.A.T.P.<br \/>\nL \u2019existence de la tarification unique et la proche interconnexion R A TP\/S N CF permettent techniquement une telle restructuration.<br \/>\nCette op\u00e9ration aurait pour le Pouvoir tous les avantages :<br \/>\n\u2022 Elle lui permettrait d\u2019accentuer son d\u00e9sengagement financier en transf\u00e9rant les charges qui lui incombent actuellement sur la r\u00e9gion donc sur les communes<br \/>\n\u2022 Elle pourrait porter un coup au statut du personnel de la R.A.T.P. dans sa totalit\u00e9 et \u00e0 une partie du personnel de la S.N.C.F.<br \/>\n\u2022 Elle lui permet de se d\u00e9barrasser d\u2019une entreprise publique et en amputer une autre<br \/>\n\u2022 Elle introduit le grand capital encore plus avant dans le secteur des transports en commun<br \/>\n\u2022 Elle peut momentan\u00e9ment donner l\u2019illusion d\u2019une rationalisation des transports.<br \/>\nIl serait tr\u00e8s dommageable de sous-estimer le danger que rec\u00e8le cette situation ainsi que de consid\u00e9rer comme infranchissables les obstacles qui restent \u00e0 affronter au gouvernement pour mettre son projet en application (l\u2019ORTF semblait une forteresse indestructible et pourtant&#8230;). N \u2019est-ce pas Monsieur MONOR Y \u2013 Ministre de l\u2019Economie \u2013 qui d\u00e9clare dans l\u2019\u00abUsine Nouvelle\u00bb :<br \/>\n\u00ab J \u2019ai toujours dit qu\u2019il fallait que les entreprises nationales aient le m\u00eame sens de la gestion que le secteur priv\u00e9&#8230; Je peux vous garantir que si certains chefs d \u2019entreprises nationales ne s\u2019orientent pas dans le sens politique du gouvernement, on les remplacera. Le laxisme en mati\u00e8re de r\u00e9mun\u00e9ration ou de frais g\u00e9n\u00e9raux dans le secteur public serait inadmissible \u00bb.<br \/>\nLes chiffres cit\u00e9s au d\u00e9but du document permettent de situer la R.A.T.P. \u00e0 sa v\u00e9ritable place dans l\u2019\u00e9conomie de l\u2019Ile de France.<br \/>\n\u2022 Une grande entreprise, d\u00e9tenant une position cl\u00e9 en mati\u00e8re des transports, certes, mais ne satisfaisant qu\u2019une faible part du besoin de transport des habitants de cette r\u00e9gion. Ils permettent d\u2019\u00e9valuer le poids r\u00e9el que p\u00e8se une entreprise face \u00e0 la perspective de restructuration des transports.<br \/>\nPar ailleurs, il est bien \u00e9vident que l\u2019issue d\u00e9pendra essentiellement de la d\u00e9termination des travailleurs de la R.A.T.P. eux-m\u00eames \u00e0 d\u00e9fendre leur statut.<br \/>\nLes r\u00e9sultats des derni\u00e8res \u00e9lections professionnelles, oui consacre un renforcement de la division syndicale, une consolidation des syndicats enclin \u00e0 s\u2019inscrire dans la gestion de la crise et un affaiblissement de la C .G .T. qui repr\u00e9sente maintenant (41 % des suffrages exprim\u00e9s et 30 % du personnel), montre tout le chemin qui reste \u00e0 faire pour parvenir \u00e0 une v\u00e9ritable mobilisation sur ces probl\u00e8mes.<br \/>\nCe sera un des grands axes de l\u2019activit\u00e9 de l\u2019Union Syndicale C .G .T . dans les mois et les ann\u00e9es \u00e0 venir.<br \/>\nCette orientation s\u2019inscrit dans celle de l\u2019Union R\u00e9gionale de l\u2019Ile-de-France C.G.T. qui lutte pour atteindre des objectifs de nouvelle croissance industrielle de plein emploi, ce qui suppose le d\u00e9veloppement propre des soci\u00e9t\u00e9s nationales.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le service public dans \u00ab Travail et Technique \u00bb 1946-1956 Contribution au projet \u00ab Syndicalisme et Service public \u00bb de l\u2019IHS-Cgt Andr\u00e9 Jaegl\u00e9 (IHS-Ugict-Cgt) _____ Le Cartel conf\u00e9d\u00e9ral des ing\u00e9nieurs et cadre sup\u00e9rieur Cgt, cr\u00e9\u00e9 en 1946 et devenu Ugic en 1948 a publi\u00e9 un journal, de 1946 \u00e0 1956, avec plusieurs interruptions qui t\u00e9moignent [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":349,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1052","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-blog"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1052","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/wp-json\/wp\/v2\/users\/349"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1052"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1052\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1052"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1052"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1052"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}