{"id":1065,"date":"2021-10-06T10:48:37","date_gmt":"2021-10-06T08:48:37","guid":{"rendered":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/?p=1065"},"modified":"2021-10-07T16:10:25","modified_gmt":"2021-10-07T14:10:25","slug":"1946-les-medecins-du-travail","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/2021\/10\/06\/1946-les-medecins-du-travail\/","title":{"rendered":"1946 : Les m\u00e9decins du travail"},"content":{"rendered":"<p>[&#8230;] <strong><em>\u00ab ne plus envoyer un asthmatique travailler dans la poussi\u00e8re\u2026<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>\u00ab veiller \u00e0 l\u2019hygi\u00e8ne dans les ateliers et, \u00e0 cet \u00e9gard, ils doivent collaborer avec les cadres [&#8230;] emp\u00eacher de tomber malade\u2026<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>\u00ab quid du reclassement de la main d\u2019\u0153uvre d\u00e9bile\u2026<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>\u00ab les temps seront bient\u00f4t r\u00e9volus o\u00f9 l\u2019embauch\u00e9, nanti du seul visa m\u00e9dical, \u00e9tait apte \u00e0 n\u2019importe quel emploi\u2026<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>\u00ab nommer un sp\u00e9cialiste qu\u2019on nomme d\u00e9j\u00e0, l\u00e0 o\u00f9 ils existent, m\u00e9decins du travail\u2026 \u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Ces quelques lignes sont les racines, pour ne pas dire des radicelles parmi quantit\u00e9 d\u2019autres, de ce qu\u2019est devenu le combat permanent des m\u00e9decins du travail de la CGT. On les trouve \u00e0 partir de juin 1946 dans \u00ab <strong>Travail &amp; Technique<\/strong> \u00bb (T&amp;T), le journal du \u00ab\u00a0Cartel conf\u00e9d\u00e9ral des ing\u00e9nieurs et cadres sup\u00e9rieurs\u00a0\u00bb cr\u00e9\u00e9 la m\u00eame ann\u00e9e par la CGT et devenu l\u2019Ugic en 1948.<\/p>\n<p>En bref, \u2014 \u00ab premier but de la m\u00e9decine du travail : la pr\u00e9vention. Ne plus attendre que les gens tombent malades (et on cite la tuberculose, la mortalit\u00e9 infantile, \u2026) \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019ouverture en grand de la Conf\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale du travail (pas des travailleurs, \u00ab\u00a0du travail\u00a0\u00bb, notez-le) aux I &amp; C, au lendemain de la deuxi\u00e8me guerre mondiale, a lib\u00e9r\u00e9 une \u00e9nergie extraordinaire qui s\u2019\u00e9tait accumul\u00e9e au sein d\u2019une profession sachant d\u00e9j\u00e0 ce qu\u2019il fallait faire et qu\u2019on n\u2019appelait pas encore \u00ab m\u00e9decine du travail \u00bb.<br \/>\nDe juin 1946 n\u00b01 de T&amp;T, \u00e0 novembre 1947 n\u00b015, la page 9 du journal est enti\u00e8rement r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 la rubrique \u00ab LA M\u00c9DECINE \u00c0 L\u2019USINE \u00bb. Le Dr. Henri Desoille, professeur agr\u00e9g\u00e9, inspecteur g\u00e9n\u00e9ral du travail, annonce la couleur sous le titre \u00ab LE ROLE DU MEDECIN DU TRAVAIL \u00bb et d\u00e9clare que le but premier est de ne plus attendre que les gens tombent malade. Il s\u2019agit de \u00ab veiller \u00e0 l\u2019hygi\u00e8ne de l\u2019atelier \u00bb et \u00ab \u00e0 cet \u00e9gard, ils doivent collaborer avec les cadres\u00bb. La pr\u00e9vention donc. \u00ab La m\u00e9decine du travail n\u2019est pas un dispensaire o\u00f9 l\u2019on soigne les accidents et les maladies \u00bb souligne encore le Dr. Desoille. Ce qui n\u2019emp\u00eachera pas le Dr H. Chr\u00e9tien, secr\u00e9taire de leur Syndicat national, de contester, quelques mois plus tard, l\u2019interdiction qui leur est faite par l\u2019ordre des m\u00e9decins \u00ab de pratiquer toute m\u00e9decine de soin \u00bb , contrainte abusive dans certains cas concrets.<\/p>\n<p><strong>Au fil des parutions une demi-douzaine de m\u00e9decins confient leur savoir, leur exp\u00e9rience, leurs convictions et leur besoin d\u2019agir au \u00ab\u00a0journal des I &amp; C de la CGT\u00a0\u00bb.<\/strong><br \/>\nLe Dr.Feldstein expose sous le titre \u00ab La m\u00e9decine \u00e0 l\u2019Usine \u00bb le r\u00f4le de la psychotechnique dans la visite \u00e0 l\u2019embauche. Le Dr. Gerber traite de la psychotechnique dans la s\u00e9lection professionnelle. La m\u00eame page du journal aborde la question des troubles pathologiques dus \u00e0 la fibre de verre : des dermatoses, mais pas d\u2019atteinte pulmonaire parce que \u00ab les fibres de verre sont trop grosses pour s\u2019introduire dans les alv\u00e9oles \u00bb nous assure-t-il, et de conclure sur la n\u00e9cessite de la pr\u00e9vention.<\/p>\n<p>Le docteur Goul\u00e8ne pose le probl\u00e8me du conditionnement de l\u2019air dans les ateliers (ao\u00fbt-septembre 1946). Plus tard il attirera l\u2019attention du lecteur sur l\u2019\u00e9clairage, pas toujours convenable, des ateliers. Quand on vous dit que le m\u00e9decin et l\u2019ing\u00e9nieur doivent collaborer\u2026<\/p>\n<p>La docteure Paule Desoille-Merlhes soul\u00e8ve la question du travail de nuit pour les femmes. Plus tard elle nous alertera sur les dangers du bromure de m\u00e9thyle utilis\u00e9 dans les extincteurs (deux accidents mortels !).<\/p>\n<p>En d\u00e9cembre, c\u2019est le docteur J.-J. Gillon qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la \u00ab remise au travail des diminu\u00e9s physiques dans trois cas : les op\u00e9r\u00e9s de l\u2019abdomen, les accident\u00e9s du travail, les tuberculeux. Le mois suivant, le Dr. Dreyfus titrera son article \u00ab \u00c0 propos du recrutement des ouvriers du b\u00e2timent \u00bb.<\/p>\n<p>Le Syndicat national annonce en juillet la cr\u00e9ation d\u2019un bureau de placement \u00ab pour r\u00e9pondre aux demandes des comit\u00e9s d\u2019entreprise \u00bb.<\/p>\n<p>Ces quelques spots suffiront \u00e0 montrer ce qu\u2019ont \u00e9t\u00e9 les enjeux au lendemain de la guerre dans une France dont une partie des forces politiques travaillait \u00e0 r\u00e9aliser le programme du Conseil national de la R\u00e9sistance, pendant que d\u2019autres s\u2019employaient d\u00e9j\u00e0 \u00e0 les contrecarrer, voire \u00e0 les saboter.<\/p>\n<p>Deux lois, 11 octobre et 30 novembre, sign\u00e9es Ambroise Croizat, organisent les services et d\u00e9finissent les obligations du m\u00e9decin du travail. Nos camarades ne manqueront pas de souligner qu\u2019au regard de ces lois, le m\u00e9decin du travail ne doit pas contr\u00f4ler l\u2019absent\u00e9isme. C\u2019est le r\u00f4le du m\u00e9decin contr\u00f4leur de la caisse de S\u00e9curit\u00e9 sociale. En juin de la m\u00eame ann\u00e9e, un article sign\u00e9 \u00ab\u00a0Ambroise Croizat, Ministre du travail et de la S\u00e9curit\u00e9 sociale\u00a0\u00bb, annon\u00e7ait le recrutement d\u2019ing\u00e9nieurs conseils et de contr\u00f4leurs de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab <em>Pas de sabotage de la m\u00e9decine du travail<\/em> \u00bb titre le Dr. Henri chr\u00e9tien en f\u00e9vrier 1947 : \u00ab <em>trop de syndicats ouvriers n\u2019ont pas encore compris l\u2019importance de ces probl\u00e8mes et l\u2019int\u00e9r\u00eat de veiller au recrutement de m\u00e9decins du travail techniquement qualifi\u00e9s et \u00e9chappant moralement \u00e0 l\u2019emprise patronale. Par contre le patronat a saisi toute l\u2019importance du probl\u00e8me. Il s\u2019ing\u00e9nie \u00e0 tourner la loi du 11 octobre et le d\u00e9cret d\u2019application du 26 novembre<\/em> <em>sur les services m\u00e9dicaux du travail<\/em>. \u00bb D\u00e8s le mois de juin le Dr. Chr\u00e9tien stigmatisait : \u00ab <em>Pour \u00e9clairer la signification des pr\u00e9dications du \u00ab\u00a0Concours m\u00e9dical\u00a0\u00bb, je citerai une r\u00e9cente et cynique d\u00e9claration patronale : \u00ab\u00a0je paierai ce qu\u2019il faudra, au-dessus du tarif, mais je veux un m\u00e9decin qui ne m\u2019emb\u00eate pas avec les lois sociales\u00a0\u00bb.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Au cours des mois la conception de la m\u00e9decine du travail s\u2019enrichit et s\u2019affine \u00e0 la faveur de l\u2019exp\u00e9rience : \u00ab <em>D\u00e9blayer le terrain des pr\u00e9jug\u00e9s st\u00e9riles : le m\u00e9decin du travail ne sera pas un censeur qui porte atteinte \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 n\u00e9cessaire du cadre technique, [&#8230;] ce dernier ne sera pas une barri\u00e8re routini\u00e8re oppos\u00e9e aux techniques de protection de la sant\u00e9 dans le travail. Il n\u2019y a pas de pr\u00e9rogatives st\u00e9riles qui se posent si l\u2019un et l\u2019autre sont dans une m\u00eame foi dans le progr\u00e8s et le m\u00eame amour de l\u2019homme.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Une plateforme revendicative prend naissance : \u00ab<em> Sommes-nous des salari\u00e9s ? questionne le Dr. Ghirardi en ao\u00fbt-septembre 47. Le probl\u00e8me est pos\u00e9. Nous pensons qu\u2019il ne doit pas \u00eatre d\u00e9battu seulement devant les m\u00e9decins, mais aussi devant l\u2019ensemble du monde du travail et particuli\u00e8rement des cadres [&#8230;] sommes-nous des salari\u00e9s ? Et pourquoi ne le serions-nous pas ? Pour certain s esprits nourris de clich\u00e9s, \u00e0 la qualit\u00e9 de salari\u00e9 s\u2019attache un l\u00e9ger sens p\u00e9joratif. Ils en sont rest\u00e9s \u00e0 la fable bien connue de La Fontaine : le salari\u00e9 leur appara\u00eet toujours comme le<\/em> <em>chien au cou r\u00e2p\u00e9 par son collier. Il y a belle lurette que cette image est fausse.<\/em> \u00bb D\u00e8s novembre 46, le Syndicat national avait demand\u00e9 \u00ab <em>une valorisation du dipl\u00f4me par le classement \u00e0 un \u00e9chelon sup\u00e9rieur dans la<\/em> <em>hi\u00e9rarchie des traitements<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est avec regret (mais sans surprise) qu\u2019on assiste, \u00e0 partir de janvier 1948, au changement radical de la ligne \u00e9ditoriale de Travail &amp; Technique. Plus de page LA M\u00c9DECINE \u00c0 L\u2019USINE. Manifestement, les moyens financiers se r\u00e9duisent mais surtout, les priorit\u00e9s syndicales ne sont plus les m\u00eames. Le journal para\u00eetra jusqu\u2019en avril 1956, non sans p\u00e9riodes de silence. Il n\u2019y sera plus question de m\u00e9decine du travail.<\/p>\n<p>Soixante-douze ans plus tard, la Covid 19 nous aura procur\u00e9 une v\u00e9rification exp\u00e9rimentale des lourdes cons\u00e9quences de l\u2019absence de pr\u00e9vention. On se serait bien pass\u00e9 de cette exp\u00e9rience. Que n\u2019a-t-on \u00e9cout\u00e9 ces militants d\u2019un v\u00e9ritable service public (service public pas n\u00e9cessairement en forme d\u2019institution mais r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un combat pour un changement de soci\u00e9t\u00e9\u2026 l\u2019\u00a0\u00bbesprit du service public \u00bb), que ne les a-t-on \u00e9cout\u00e9s, eux et leurs coll\u00e8gues d\u2019autres secteurs de la sant\u00e9 publique qui n\u2019ont pas m\u00e9nag\u00e9 leurs mises en garde et leurs propositions. Soutenu par la CG le SN des Mdt.___<\/p>\n<p><strong>Des photocopies des articles auxquels il est fait r\u00e9f\u00e9rence seront prochainement disponibles sur le serveur de l\u2019IHS Ugict http:\/\/www.la-ged.fr\/ . (Acc\u00e8s prot\u00e9g\u00e9 : adresser les demandes \u00e0 IHS UGICT-CGT &#8211; Case 408 &#8211; 263 rue de Paris 93516 Montreuil Cedex ihs-ugict.cgt@laposte.net<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Andr\u00e9 JAEGLE<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[&#8230;] \u00ab ne plus envoyer un asthmatique travailler dans la poussi\u00e8re\u2026 \u00ab veiller \u00e0 l\u2019hygi\u00e8ne dans les ateliers et, \u00e0 cet \u00e9gard, ils doivent collaborer avec les cadres [&#8230;] emp\u00eacher de tomber malade\u2026 \u00ab quid du reclassement de la main d\u2019\u0153uvre d\u00e9bile\u2026 \u00ab les temps seront bient\u00f4t r\u00e9volus o\u00f9 l\u2019embauch\u00e9, nanti du seul visa m\u00e9dical, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":349,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1065","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-blog"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1065","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/wp-json\/wp\/v2\/users\/349"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1065"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1065\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1065"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1065"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1065"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}