{"id":612,"date":"2017-10-09T10:26:03","date_gmt":"2017-10-09T08:26:03","guid":{"rendered":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/?p=612"},"modified":"2017-10-09T10:26:03","modified_gmt":"2017-10-09T08:26:03","slug":"lindustrie-a-contre-emploi-qualifie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/2017\/10\/09\/lindustrie-a-contre-emploi-qualifie\/","title":{"rendered":"L&rsquo;industrie \u00e0 contre-emploi qualifi\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><b>La question industrielle<\/b><\/p>\n<p>Contribution de G\u00e9rard Salkovski, pr\u00e9sident d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 de l\u2019IHS-Ugict- Octobre 2017<\/p>\n<p>\u00ab En France : l\u2019industrie \u00e0 contre-emploi qualifi\u00e9! \u00bb<\/p>\n<p>Ce texte se veut \u00eatre une r\u00e9flexion historique sur le pourquoi et le comment on en est arriv\u00e9 \u00e0 ce point de d\u00e9sertification industrielle. L\u2019industrie fran\u00e7aise a \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment attaqu\u00e9e en 1970\/1980, sous les directives de rentabilisations financi\u00e8res impos\u00e9es, le non investissement en ressources humaines qualifi\u00e9es, au lieu de placer le travail vivant comme la condition sine qua non de toutes modernisations et r\u00e9volutions.<br \/>\nLa dynamique sociale avec la cr\u00e9ation de l\u2019Ugict a t\u2019elle \u00e9t\u00e9 assez forte au sein de la CGT ? Cet outil de toute la CGT pour impulser et promouvoir l\u2019emploi qualifi\u00e9 face aux r\u00e9volutions technologiques et sociales, ne demeure t\u2019il pas encore vrai ? L\u2019Ugict a multipli\u00e9 ses efforts en ce sens : \u00e9ditions d\u2019Options sp\u00e9ciaux ; rencontres d\u2019Options. Dans ses congr\u00e8s, ses militants ont lutt\u00e9 de mani\u00e8res particuli\u00e8res, \u00e9laborant des perspectives avec diff\u00e9rents partenaires pour promouvoir un autre type de gestion, de recherche, de production, correspondant aux besoins des hommes et femmes de la Nation.<\/p>\n<p>1945 \u00e0 1960<\/p>\n<p>La France est devenue une grande nation industrielle et s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e dans les hautes technologies. Elle le doit pour l\u2019essentiel au secteur public \u00e9difi\u00e9 \u00e0 la Lib\u00e9ration et \u00e0 l\u2019impulsion donn\u00e9e par les grands programmes technologiques publics. Cela s\u2019est poursuivi bien souvent sous la pression des luttes : TGV, le nucl\u00e9aire civil, les t\u00e9l\u00e9communications num\u00e9riques, l\u2019a\u00e9ronautique, l\u2019espace, des groupes priv\u00e9s comme la CGE se sont d\u00e9velopp\u00e9s \u00e0 partir de cette impulsion publique. D\u2019autres se sont d\u00e9sengag\u00e9s : de Wendel, Schneider, dans le textile le capital industriel s\u2019est reconverti dans la grande distribution Mulliez Auchan ; Boussac, etc. Les ressources humaines, bien souvent ouvriers qualifi\u00e9s et techniciens, correspondaient \u00e0 ces \u00e9volutions.<br \/>\nLes grands programmes d\u2019\u00e9quipement d\u00e9velopp\u00e9s par \u00ab les grandes entreprises nationales \u00bb EDF-GDF, SNCF, RATP, Air France, Air Inter, P et T, Charbonnages de France ont permis de b\u00e2tir des industries \u00e0 la pointe de la technologie dans les \u00e9quipements \u00e9nerg\u00e9tiques, ferroviaires, les t\u00e9l\u00e9communications, apr\u00e8s l\u2019impulsion donn\u00e9e \u00e0 l\u2019a\u00e9ronautique civil (Caravelle, Concorde, Airbus). Sur ces bases, ces grandes entreprises ont pu exporter dans le monde. Ex. : la construction ferroviaire nationale repr\u00e9sentait 20 % des exportations mondiales en 1987.<\/p>\n<p>Reconstruction et d\u00e9veloppement du CME (Capitalisme Monopoliste d\u2019Etat)<\/p>\n<p>De 1949 \u00e0 1973 la productivit\u00e9 du travail croit de 4,5 % \u00e0 5 % par an. Elle est plus accentu\u00e9e dans l\u2019industrie, de 2,8 % \u00e0 5,5 %, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019essor technologique. Cependant la formation qualifiante est en inad\u00e9quation avec celle-ci. Le nombre de techniciens, ing\u00e9nieurs cro\u00eet moins vite de 1947 \u00e0 1962 que le nombre d\u2019ouvriers. En 1962, ils repr\u00e9sentent 4,6 % pour les cadres, 10,2 % pour les techniciens. Pour la plupart ils ne sont pas ou peu reconnus dans leur qualification. De plus le mouvement syndical, s\u2019il porte un regard sur ces cat\u00e9gories, est peu enclin \u00e0 leur proposer la syndicalisation.<br \/>\nDans les ann\u00e9es 1960, le nombre d\u2019employ\u00e9s et cadres va augmenter (+ 270 000 par an) plus vite que celui des ouvriers dont le nombre lui va diminuer.<\/p>\n<p>L\u2019industrialisation se traduit, \u00e0 la veille de la Premi\u00e8re guerre mondiale par 6,5 millions de salari\u00e9s ouvriers, 7,2 millions entre les deux guerres (1931), 8,3 millions en 1979 et 6,5 millions en 1990. Le nombre d\u2019actifs industriels n\u2019exc\u00e8de pas celui de 1914.<br \/>\n1936 : premier recul de l\u2019activit\u00e9 industrielle entre 1931 et 1936 avec 1,3 millions de salari\u00e9s en moins en 5 ans. Il faudra attendre les ann\u00e9es 1980 (de 1983 \u00e0 1985) pour retrouver une telle ampleur. L\u2019emploi industriel alors est inf\u00e9rieur \u00e0 celui de 1921.<\/p>\n<p>L\u2019emploi qualifi\u00e9 \u00e0 la traine<\/p>\n<p>Ce qui est frappant ce sont les progressions diff\u00e9renci\u00e9es des cat\u00e9gories salariales.<br \/>\nDe 1876 \u00e0 1911 : +1,8 % par an pour les ouvriers, +1,4 % pour les employ\u00e9s et cadres.<br \/>\nDe la Premi\u00e8re guerre mondiale jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1930, l\u2019emploi industriel a recul\u00e9 de 22 % en France, ce qui est inattendu \u00e9tant donn\u00e9 la situation \u00e9conomique de la France \u00e0 cette \u00e9poque avec la deuxi\u00e8me r\u00e9volution industrielle, les besoins des industries et le taylorisme qui commence \u00e0 poindre. 1,5 million d\u2019emplois supprim\u00e9s dans l\u2019industrie.<br \/>\nDe l\u00e0 \u00e0 penser qu\u2019\u00e0 chaque r\u00e9volution \u00e9conomique le volet humain n\u2019est pas pris en compte dans notre pays !&#8230;<\/p>\n<p>Par contre dans d\u2019autres pays industrialis\u00e9s, l\u2019\u00e9volution est diff\u00e9rente : + 12 % aux \u00c9tats-Unis, +8 % au Japon\u2026<\/p>\n<p>En France l\u2019emploi industriel ne repr\u00e9sente plus que 21,8 % contre 28,5 % en 1974.<br \/>\nLa faiblesse de l\u2019emploi industriel explique la stagnation de l\u2019emploi total depuis 20 ans et le taux de ch\u00f4mage record.<br \/>\nAlors que des emplois sont form\u00e9s depuis 1945-47 \u00e0 l\u2019industrie, celle-ci s\u2019effondre en 1974\u2026 Pour partie va donc exister un diff\u00e9rentiel entre les emplois form\u00e9s et l\u2019essor des technologies.<\/p>\n<p>La tentative de r\u00e9soudre le probl\u00e8me de l\u2019emploi par celui des services se heurte \u00e0 un obstacle :<br \/>\nDe 1973 \u00e0 1975 et de 1979 \u00e0 1983 l\u2019industrie perd 1,1 % et 1,6 % d\u2019emplois. Les services n\u2019augmentent que de 0,9 et 0,8 %.<br \/>\nL\u2019industrie a des capacit\u00e9s insuffisantes en quantit\u00e9 et qualit\u00e9 pour r\u00e9pondre aux besoins nationaux de cr\u00e9ation et de production. De 1974 \u00e0 1989 la population active augmente de plus de 2 millions !<\/p>\n<p>1970 \u2013 1990<\/p>\n<p>Pr\u00e8s de 1,5 million d\u2019emplois ont \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9s dans l\u2019industrie, soit 100 000 chaque ann\u00e9e. L\u2019emploi industriel ne repr\u00e9sente plus, en 1989, que 21,8 % de l\u2019emploi total contre 28,5 % en 1974.<\/p>\n<p>L\u2019emploi industriel est encore aggrav\u00e9 par la d\u00e9gradation de la qualit\u00e9 des emplois occup\u00e9s. Sur les 4,7 % d\u2019emplois industriels en 1989, plus de 400 000 sont pr\u00e9caires et 200 000 \u00e0 temps partiel, soit un total de 13 %, ce qui r\u00e9duit la force de travail permanente dans l\u2019industrie \u00e0 un peu plus de 4 millions, contre 6 millions en 1974. Cette part d\u2019emplois d\u00e9grad\u00e9s d\u00e9passe de loin celles des cadres et ing\u00e9nieurs dans l\u2019industrie (9,25 % en 1989).<\/p>\n<p>C\u2019est cette faiblesse de l\u2019emploi industriel qui explique la stagnation de l\u2019emploi total depuis 20 ans et le taux de ch\u00f4mage record. Ainsi, bien que l\u2019industrie ait une part plus r\u00e9duite dans l\u2019emploi total, elle reste d\u00e9cisive pour r\u00e9soudre le probl\u00e8me de l\u2019emploi.<\/p>\n<p>Dans les 5 premiers pays industrialis\u00e9s, la France est celui qui conna\u00eet en 1989 le plus fort taux de ch\u00f4mage : 9,5 % contre 7,3 % en RFA, 6,4 % pour la Grande-Bretagne, 5,2 % pour les \u00c9tats-Unis et 2,2 % pour le Japon.<br \/>\nCette faiblesse de l\u2019emploi industriel en quantit\u00e9 et qualit\u00e9 est en rapport direct avec l\u2019insuffisance de nos capacit\u00e9s nationales de cr\u00e9ations et production.<\/p>\n<p>La capacit\u00e9 de cr\u00e9ation de produits nouveaux d\u00e9pend de l\u2019intensit\u00e9 de l\u2019effort de Recherche et D\u00e9veloppement, moindre en France que dans les autres pays industrialis\u00e9s, seul l\u2019effort d\u00e9volu \u00e0 la production d\u2019armement est important.<br \/>\nFaiblesse aussi dans les d\u00e9penses d\u2019\u00e9ducation technologique : Entre 1973 et 1989, la part des dipl\u00f4m\u00e9s dans la population active occup\u00e9e en France est pass\u00e9e de 40 % \u00e0 60 %. Mais on constate un d\u00e9ficit criant de formations technologiques pour l\u2019industrie : 56 % des salari\u00e9s dans l\u2019ensemble des activit\u00e9s sont en dessous du niveau CAP contre 34 % en Allemagne.<\/p>\n<p>Les 2\/3 des techniciens n\u2019ont pas le niveau BAC, 300 000 jeunes sortent du secondaire chaque ann\u00e9e sans dipl\u00f4me ou en dessous du niveau BAC. Notre pays manque de jeunes techniciens sup\u00e9rieurs et d\u2019ing\u00e9nieurs.<br \/>\nLa RFA forme pour, 1 000 jeunes, 32 ing\u00e9nieurs, la Grande-Bretagne 25, la France seulement 15 par la formation initiale et 2 par la formation continue.<br \/>\nCe dernier chiffre illustre avec force la bataille men\u00e9e par l\u2019UGICT-CGT et la FERC-SUP pour non seulement p\u00e9renniser les formations du CNAM, mais \u00e9largir son champ d\u2019activit\u00e9 de formation technologique populaire. Cette bataille aura conduit \u00e0 ce qu\u2019un pr\u00e9sident CGT soit \u00e9lu au CNAM : Pierre-Louis Marger.<\/p>\n<p>Cette faiblesse des qualifications ajout\u00e9e \u00e0 leur non reconnaissance dans les salaires fait que la France est en Europe un pays \u00e0 bas salaires, derri\u00e8re l\u2019Allemagne, l\u2019Italie et la Grande-Bretagne.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9ficit des ressources humaines aggrave encore l\u2019effet du faible effort de recherche civile des entreprises : il est plus difficile de cr\u00e9er des produits nouveaux mais aussi de les produire \u00e0 l\u2019\u00e9chelle industrielle, de transf\u00e9rer les technologies des laboratoires aux activit\u00e9s \u00e0 grande \u00e9chelle.<\/p>\n<p>Ainsi l\u2019industrie fran\u00e7aise qui excelle dans la production de hautes technologies en petites s\u00e9ries a-t-elle des difficult\u00e9s dans celle concernant le grand public en grandes s\u00e9ries.<\/p>\n<p>La tentative de d\u00e9velopper les capacit\u00e9s mat\u00e9rielles s\u2019est heurt\u00e9e \u00e0 l\u2019insuffisance criante des ressources humaines n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019industrie.<\/p>\n<p>Le cas de la SNPE, aujourd\u2019hui disparue, quant \u00e0 la fabrication de mat\u00e9riaux composites, en est un exemple. Au laboratoire du Bouchet (91), absence de passage d\u2019un pilote \u00e0 une fabrication \u00e0 grande \u00e9chelle, malgr\u00e9 la lutte de l\u2019Ugict-CGT. Le proc\u00e9d\u00e9 est vendu aux Japonais\u2026<\/p>\n<p>1983\/1988 : Luttes des Technip : des techniciens et ing\u00e9nieurs luttent pour continuer des programmes de Recherche et D\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>Des interventions publiques inefficaces en 1981.<\/p>\n<p>1981-83<\/p>\n<p>Si on proclame la volont\u00e9 de donner une nouvelle impulsion publique, dans le secteur concurrentiel de l\u2019industrie manufactur\u00e9e qui s\u2019\u00e9tend de Saint-Gobain, de la CGE, de Rh\u00f4ne Poulenc, Bull, Thomson, P\u00e9chiney, Roussel Uclaf, la filiale fran\u00e7aise du groupe ITT (nationalis\u00e9 en 1983 en CGCT et revendu au groupe su\u00e9dois Ericsson alli\u00e9 \u00e0 Matra).<\/p>\n<p>Mais si la cr\u00e9ation d\u2019emplois est le premier objectif : \u00ab les diff\u00e9rentes activit\u00e9s devront d\u00e9gager un r\u00e9sultat d\u2019exploitation suffisant pour assurer le d\u00e9veloppement de l\u2019entreprise et la rentabilit\u00e9 des capitaux investis \u00bb.<\/p>\n<p>Il faut donc tailler dans les \u00ab sureffectifs \u00bb et les salaires pour r\u00e9ussir la modernisation en relevant les profits contre l\u2019emploi pour investir.<\/p>\n<p>Les banques sont appel\u00e9es \u00e0 financer l\u2019industrie mais elles doivent elles aussi parvenir \u00e0 la rentabilit\u00e9, donc s\u00e9lectionner les projets, suivant les risques et les rendements esp\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p>En 1983, Delors autorise les entreprises nationales \u00e0 recourir au financement priv\u00e9. C\u2019est B\u00e9r\u00e9govoy qui va r\u00e9former en profondeur le syst\u00e8me financier.<br \/>\nLes Caisses d\u2019Epargne sont reform\u00e9es, de nouveaux titres financiers sont cr\u00e9\u00e9s, des groupes nationalis\u00e9s sont privatis\u00e9s : Elf, Saint-Gobain, la CGE, Paribas et Suez, en 1987 Matra.<\/p>\n<p>Avec la notion d\u2019\u00c9tat comp\u00e9titif, c\u2019est l\u2019ensemble des services publics qui est \u00e9galement concern\u00e9 par la \u00ab modernisation de la fonction publique \u00bb. Les banques et assurances sont invit\u00e9es \u00e0 soutenir le red\u00e9ploiement industriel dans le march\u00e9 unique et \u00e0 d\u00e9velopper pour cela des rapprochements entre banques et assurances (la bancassurance). Banque et industrie (Cr\u00e9dit Lyonnais \u2013 Thomson ; restructuration de la chimie). \u00c0 chaque r\u00e9forme le priv\u00e9 progresse ce sont ses r\u00e8gles et crit\u00e8res qui s\u2019imposent y compris dans les entreprises publiques ou associ\u00e9es comme \u00e0 la CGE avec EDF, SNCF et P et T.<\/p>\n<p>Un priv\u00e9 de plus en plus sp\u00e9culatif<br \/>\nAu cours des ann\u00e9es 1980, les grands groupes priv\u00e9s comme Wendel et Schneider ont poursuivi et acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 leur d\u00e9sengagement de la sid\u00e9rurgie, de la m\u00e9tallurgie. Le groupe Marine-Wendel qui comptait 100 000 emplois en 1977 aujourd\u2019hui n\u2019existe plus. Le groupe CGIP 33 000 emplois en 1978, 7 ans plus tard 18 000. Toutes ces activit\u00e9s m\u00e9caniques ont \u00e9t\u00e9 c\u00e9d\u00e9es aux Japonais, aux Allemands. Sous la houlette de Pinault-Valencienne il ne reste plus rien ou pas grand-chose de l\u2019industrie fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>L\u2019ann\u00e9e 1988 allait \u00eatre l\u2019ann\u00e9e du d\u00e9sengagement. Lesieur vendu \u00e0 l\u2019Italien Ferruzzi, le baron Bic vendait sont textile \u00e0 l\u2019Am\u00e9ricain Sara-Lee ; Leroy Sommer ses moteurs \u00e0 l\u2019Am\u00e9ricain Emerson. Bernard Tapie les piles Wonder-Mazda \u00e0 l\u2019Am\u00e9ricain UCAR. Et ce n\u2019\u00e9tait pas fini. Les \u00e9changes commerciaux sont devenus d\u00e9ficitaires. De 1984 \u00e0 1989 des suppressions massives d\u2019emplois -16 000 contre +41 000 en Europe du Nord, dont 25 000 en RFA. La forte p\u00e9n\u00e9tration de groupes \u00e9trangers en France a jou\u00e9 un r\u00f4le majeur dans cette d\u00e9gradation. La Recherche et D\u00e9veloppement est en faiblesse compar\u00e9e \u00e0 celle de l\u2019Allemagne. Autres exemples, la chimie. On brade la pharmacie. De deuxi\u00e8me d\u00e9couvreur de m\u00e9dicaments mondial on est plus que sixi\u00e8me et menac\u00e9 par les directions europ\u00e9ennes et les r\u00e9formes de la s\u00e9curit\u00e9 sociale en cours.<\/p>\n<p>Les 20 groupes qui remod\u00e8lent la France<br \/>\nRenault, PSA, Elf, Total, Alcatel-Alsthom, Usinor-Sacilor-Pechiney, Thomson, Rh\u00f4ne-Poulenc, Saint-Gobain, Michelin, BSN, Bouygues, Schneider, Beghin-Say, SGE, A\u00e9rospatiale ? CEA-industrie, Bull, Lafarge-Copp\u00e9e. Ils comptaient 1,8 million de salari\u00e9s en France et dans le monde en 1980, 1,6 million en 1989. Ils se sont compl\u00e8tement red\u00e9ploy\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger : de 1980 \u00e0 1989, en volume, l\u2019activit\u00e9 en France a recul\u00e9 de 8,5 % tandis qu\u2019elle s\u2019est accrue de 52 % \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Certaines ont quasiment disparues.<\/p>\n<p>Les retards s\u2019accumulent au plan industriel, la d\u00e9pendance se fait de plus en plus forte. Les importations explosent, l\u2019industrie fran\u00e7aise est incapable de satisfaire sa propre demande. Les achats \u00e9trangers atteignent des niveaux record. Dop\u00e9e par la baisse du dollar, l\u2019industrie am\u00e9ricaine se rue sur la France (+ 80 % en volume de 1987 \u00e0 1989). Le priv\u00e9 est de plus en plus sp\u00e9culatif.<\/p>\n<p>D\u00e9sengagement de la sid\u00e9rurgie et de la m\u00e9tallurgie<\/p>\n<p>Marine-Wendel 100 000 emplois en 1977, aujourd\u2019hui disparu. Le groupe CGIP 33 000 en 1978, 7 ans plus tard 18 000. Schneider s\u2019est d\u00e9barrass\u00e9 de sa sid\u00e9rurgie, de sa construction navale (Normed), de sa machine-outil (Ernault Somua vendu \u00e0 Toyota), du groupe Creusot-Loire en 1984, de son ferroviaire (Jeumont-Schneider), de son mat\u00e9riel t\u00e9l\u00e9phonique vendu \u00e0 Bosch.<\/p>\n<p>Ailleurs aussi c\u2019est la grande braderie !!<\/p>\n<p>Le repreneur du textile Boussac, B Arnault, a vendu tout ce qui n\u2019\u00e9tait pas luxe et fait une OPA sur Louis Vuitton, Mo\u00ebt Hennessy.<\/p>\n<p>Le repreneur des piles Wonder, Bernard Tapie a vendu celles-ci \u00e0 UCLAR (USA), puis Adidas, etc. ; Fran\u00e7ois Pinault la Chapelle Darblay aux Scandinaves, etc\u2026<\/p>\n<p>La domination des groupes qui exercent une influence directe sur leurs filiales, sur leurs sous-traitants ou bien sur tout un ensemble d\u2019entreprises, voire sur les localit\u00e9s Michelin \u00e0 Clermont-Ferrand, Peugeot \u00e0 Sochaux, etc.<\/p>\n<p>Des ressources financi\u00e8res \u00e0 caract\u00e8re sp\u00e9culatif<\/p>\n<p>Moderniser avec ou contre les hommes. La modernisation s\u2019est faite au prix d\u2019un v\u00e9ritable massacre de l\u2019emploi d\u2019une pression consid\u00e9rable sur les salaires, du refus de l\u2019effort de formation massif n\u00e9cessaire pour requalifier les emplois, du d\u00e9veloppement de la pr\u00e9carit\u00e9\u2026<\/p>\n<p>Recherches et productions<br \/>\nUne pression de court-terme de la rentabilit\u00e9 donc l\u2019aptitude des entreprises \u00e0 faire de la recherche et \u00e0 la valoriser dans des productions nouvelles va donc d\u00e9pendre du niveau de rentabilit\u00e9 exig\u00e9 de l\u2019environnement financier. En France ce niveau est particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9 notamment dans l\u2019\u00e9lectronique et donc comme il n\u2019y a pas de d\u00e9bouch\u00e9 producteur, on vend. Qui fabrique les cristaux liquides du CEA-LETI \u00e0 Grenoble ? Le Japonais Stanley pour Renault\u2026 Et les nouveaux scanners du m\u00eame LETI ? Le Scandinave Scanditronix, Thomson avec la CGR ayant vendu les siens \u00e0 General Electric.<\/p>\n<p>La nouvelle technique de production du verre conducteur ? Nippon-Soda au Japon. Le syst\u00e8me de vision Robot de la filiale Robotronics de Matra ? L\u2019Am\u00e9ricain Allen-Bradly. L\u2019insecticide d\u00e9velopp\u00e9 par la CNRS ? L\u2019Am\u00e9ricain du Pont de Nemours, Rh\u00f4ne Poulenc et Roussel Uclaf ayant refus\u00e9. La CILAS filiale de la CGE fabricant de laser vendu \u00e0 ITT\u2026 \u00ab Nous avons souffert d\u2019une absence de syst\u00e9mier fran\u00e7ais, ce dernier aurait \u00e9t\u00e9 Renault-Automation et un rapprochement avec la CILAS, pour une nouvelle gamme de lasers. \u00bb<\/p>\n<p>De 1985 \u00e0 1989, sur 350 milliards de francs de profit brut du travail salari\u00e9 et 583 milliards du march\u00e9 financier, seulement 195 milliards sont all\u00e9s \u00e0 l\u2019investissement mat\u00e9riel.<\/p>\n<p>Entre 1985 et 1989 les 20 premiers groupes fran\u00e7ais n\u2019ont pas augment\u00e9 leurs productions. Les entreprises fran\u00e7aises ont accru leurs investissements \u00e0 l\u2019\u00e9tranger \u00e0 partir de 1986 pour atteindre 141,5 milliards en 1990, ces sorties de capitaux s\u2019ajoutant au d\u00e9ficit commercial, pour compenser des entr\u00e9es \u00e9quivalentes et donc des investissements \u00e9trangers. Pour cela il faut rendre l\u2019espace public fran\u00e7ais attractif : routes, ponts, transports, taxes r\u00e9duites, etc\u2026<\/p>\n<p>Dans la d\u00e9cennie 1980 : explosion de la dette publique. L\u2019\u00c9tat s\u2019endette \u00e0 la place des groupes. Celle-ci montre alors que les recettes stagnent faute d\u2019une utilisation de l\u2019argent par les groupes pour l\u2019emploi et des richesses nouvelles.<\/p>\n<p>Exemple des composants \u00e9lectroniques<br \/>\nDes atouts nationaux comme Bull, Alcatel, Matra, Thomson, sont brad\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u2019exemple de Bull quant \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de fournir aux lyc\u00e9es et coll\u00e8ges des ordinateurs est flagrant, on lui pr\u00e9f\u00e8re : Victor (Su\u00e9dois) qui deux ans plus tard fait faillite.<\/p>\n<p>Pourtant des coop\u00e9rations entre l\u2019universit\u00e9 Paris 6 et Bull auraient non seulement fournit un mat\u00e9riel adapt\u00e9, mais aussi dynamis\u00e9 le lien Recherche-Production. L\u2019Ugict-CGT n\u2019est pas pour le moins rest\u00e9e inactive, mais n\u2019a rencontr\u00e9 que peu d\u2019\u00e9cho quant \u00e0 l\u2019\u00e9largissement de telles coop\u00e9rations de luttes et d\u2019actions<br \/>\nLes exemples de luttes et d\u2019actions de Bull \u00e0 la CGR (Compagnie G\u00e9n\u00e9rale de Radiologie), au CNAM, des ICTAM avec leur Ugict, d\u00e9montrent que les propositions faites sont tr\u00e8s interprofessionnelles, pour allier champ de la Recherche, utilisateurs et formateurs, \u00e0 la production de hautes technologies. Ces actions r\u00e9v\u00e8lent un caract\u00e8re tr\u00e8s sp\u00e9cifique \u00e0 ces cat\u00e9gories de salari\u00e9s. Elles sont aussi le reflet d\u2019une intervention dans la gestion mise en avant par l\u2019Ugict \u00e0 son congr\u00e8s de Toulouse (1985) face au d\u00e9clin industriel et technologique de la France.<\/p>\n<p>Autres r\u00e9volutions<br \/>\nAvec la r\u00e9volution informationnelle, il y a entre les deux processus une diff\u00e9rence fondamentale dans la fa\u00e7on d\u2019\u00e9lever la productivit\u00e9 : c\u2019est un nouveau type, de productivit\u00e9 qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre, de relation entre les hommes, les peuples. Il s\u2019agit d\u2019autre chose que la simple poursuite de la r\u00e9volution industrielle pr\u00e9c\u00e9dente.<br \/>\nDans le premier cas, on diminue le travail vivant et on augmente le travail mort (cristallis\u00e9 dans les machines et correspondant au travail vivant n\u00e9cessaire pour les r\u00e9aliser dans d\u2019autres usines). Si la diminution du travail vivant est sup\u00e9rieure \u00e0 l\u2019augmentation du travail mort, il faut au total moins de travail pour le m\u00eame produit.<\/p>\n<p>Second cas, l\u2019introduction de machines va supprimer aussi du travail vivant comme dans le premiers cas, mais en m\u00eame temps, leur complexit\u00e9, l\u2019information n\u00e9cessaire, le traitement et la circulation de cette information vont demander plus de travail manuel, plus de travail d\u2019implantation de programmation, de maintenance. Donc plus de qualification et donc de formation. Nous n\u2019en sommes plus \u00e0 une simple adaptation de l\u2019individu \u00e0 un poste de travail donn\u00e9, comme cela a \u00e9t\u00e9 le cas dans la seconde r\u00e9volution industrielle. L\u2019autonomie de l\u2019individu \u00e0 penser, \u00e0 proposer est une des cl\u00e9s. Seul l\u2019Homme est capable de tirer toutes les ressources d\u2019un ordinateur, de robots, etc.<\/p>\n<p>Cela demande aussi des \u00e9changes entre entreprises. Car une seule ne peut avoir toute les informations et les capacit\u00e9s n\u00e9cessaires. La formation et l\u2019initiative, la circulation de l\u2019information, l\u2019\u00e9change, remettent en cause la centralisation, les cloisonnements, la hi\u00e9rarchie militaire descendante, poussent \u00e0 la d\u00e9centralisation et \u00e0 la recherche d\u2019une coh\u00e9rence par la concertation d\u2019entit\u00e9s autonomes et non la tutelle d\u2019un centre unique.<br \/>\nCette r\u00e9volution rec\u00e8le des gains de productivit\u00e9 consid\u00e9rables pour satisfaire les besoins immenses des hommes et en m\u00eame temps n\u00e9cessite comme jamais leur d\u00e9veloppement. Cela n\u00e9cessite de forts investissements en ressources humaines, c\u2019est la cl\u00e9 d\u2019une r\u00e9ussite.<br \/>\nA l\u2019inverse, accro\u00eetre le travail vivant pour accro\u00eetre la productivit\u00e9 est contraire aux r\u00e8gles lib\u00e9rales.<br \/>\n. Cette question concerne et interpelle directement le syndicalisme qui se doit d\u2019\u00eatre un \u00e9l\u00e9ment moteur de l\u2019\u00e9panouissement humain et doit pousser \u00e0 ce que l\u2019intelligence humaine pr\u00e9vale sur le profit \u00e0 tou<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La question industrielle Contribution de G\u00e9rard Salkovski, pr\u00e9sident d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 de l\u2019IHS-Ugict- Octobre 2017 \u00ab En France : l\u2019industrie \u00e0 contre-emploi qualifi\u00e9! \u00bb Ce texte se veut \u00eatre une r\u00e9flexion historique sur le pourquoi et le comment on en est arriv\u00e9 \u00e0 ce point de d\u00e9sertification industrielle. 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