{"id":728,"date":"2017-12-14T14:31:58","date_gmt":"2017-12-14T13:31:58","guid":{"rendered":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/?p=728"},"modified":"2018-01-25T13:36:17","modified_gmt":"2018-01-25T12:36:17","slug":"etre-ou-ne-pas-etre-proletaire-that-is-the-question","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/2017\/12\/14\/etre-ou-ne-pas-etre-proletaire-that-is-the-question\/","title":{"rendered":"Etre ou ne pas \u00eatre prol\u00e9taire? That is the question?"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00catre ou ne pas \u00eatre prol\u00e9taire ? That is the question!<\/strong><br \/>\n<strong> Andr\u00e9 Jaegl\u00e9<\/strong><br \/>\n<strong> Colloque \u00ab Le GNC 4 x vingt ans \u00bb<\/strong><br \/>\n<strong> 3 octobre 2017<\/strong><br \/>\n<strong> ____<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le texte qui suit est la mise au net et le d\u00e9veloppement d\u2019une intervention orale faite au cours de la Table ronde inscrite au programme du colloque. Le sujet de la table ronde \u00e9tait : \u00ab L\u2019histoire des diff\u00e9rentes cat\u00e9gories dans l\u2019entreprise et l\u2019\u00e9volution de la notion de classe ouvri\u00e8re \u00bb<\/strong><br \/>\nEn ce temps-l\u00e0, les ICTAM n\u2019existaient pas. Il n\u2019emp\u00eache que le mot ing\u00e9nieur s\u2019applique aujourd\u2019hui \u00e0 des m\u00e9tiers connus depuis l\u2019antiquit\u00e9. Le mot \u00ab cadre \u00bb est beaucoup plus r\u00e9cent et bien des langues ne poss\u00e8dent pas son exact \u00e9quivalent. On a form\u00e9 des techniciens sup\u00e9rieurs bien avant de les nommer ainsi. Nous verrons sans surprise, en cours de route, que les agents de ma\u00eetrise ont des anc\u00eatres au 19\u00e8me si\u00e8cle connus, eux aussi, sous un autre nom, les t\u00e2cherons. On ne s\u2019\u00e9tonnera donc pas de rencontrer, selon le contexte, les sigles I &amp; C, ou ICT, ou encore ICTAM. Pour bien faire il faudrait ajouter quelques professions \u00ab assimil\u00e9es \u00bb \u00e0 la cat\u00e9gorie ICTAM, lorsqu\u2019il s\u2019agit du travail syndical : m\u00e9decins salari\u00e9s, VRP, assistants sociaux et assistantes sociales et d\u2019autres encore. Mais ICTAMA, cela sonne mal. Les \u00ab assimil\u00e9s \u00bb s\u2019unissent donc \u00e0 nous, en pens\u00e9e seulement.<\/p>\n<h2>I. <strong>Quelques jalons le long de la formation de la cat\u00e9gorie ICTAM<\/strong><\/h2>\n<p>Il y a mille fa\u00e7ons de \u00ab p\u00e9riodiser \u00bb l\u2019histoire des ICTAM. Tout d\u00e9pend de ce sur quoi on veut mettre l\u2019accent. Le th\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral de cette table ronde (et de tout le colloque) \u00e9tant de situer l\u2019histoire de cette cat\u00e9gorie dans un d\u00e9bat plus g\u00e9n\u00e9ral sur la notion de classe ouvri\u00e8re, un regard plus appuy\u00e9 s\u2019impose sur l\u2019apr\u00e8s deuxi\u00e8me guerre mondiale : c\u2019est alors que la question est devenue un probl\u00e8me et que les solutions sont devenues des enjeux lourds de cons\u00e9quences \u00e0 long terme pour le syndicalisme de classe.<br \/>\nEn m\u00eame temps, il nous a sembl\u00e9 int\u00e9ressant de pousser le plus loin possible l\u2019examen des racines, en remontant \u00e0 5000 ans (3000 avant notre \u00e8re). Entre cette exploration (un peu pour le plaisir, reconnaissons-le) et la p\u00e9riode d\u2019apr\u00e8s-guerre, on ne peut \u00e9viter de r\u00e9server un place \u00e0 l\u2019incubation et aux premiers signes annonciateurs d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 devenue aveuglante, m\u00eame si tous n\u2019y pr\u00eatent pas l\u2019attention qui s\u2019impose !<br \/>\nA<strong>. Le dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle\u2026 et avant<\/strong><br \/>\n<strong> Dans l\u2019antiquit\u00e9<\/strong><br \/>\nLes arch\u00e9ologues ont mis au jour des tablettes d&rsquo;argile sur lesquelles apparaissent, d\u00e8s l&rsquo;\u00e9poque sum\u00e9rienne (IIIe mill\u00e9naire avant notre \u00e8re), des listes de carr\u00e9s ou de cubes de nombres mis en correspondance, et dans lesquelles on peut voir une forme archa\u00efque de la notion actuelle de fonction. Ces tables permettaient de calculer les surfaces et les volumes, mais aussi la r\u00e9solution d&rsquo;\u00e9quations du 1er et du 2e degr\u00e9. Les math\u00e9maticiens m\u00e9sopotamiens donnaient \u00e0 \uf070 (pi) la valeur approch\u00e9e 3. La relation, dite de Pythagore, entre le carr\u00e9 de l&rsquo;hypot\u00e9nuse et la somme des carr\u00e9s des c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;un triangle rectangle leur \u00e9tait connue, \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;avoir su la d\u00e9montrer .<br \/>\nLe savoir-faire des artisans de l\u2019\u00e9poque \u00e9tait prodigieusement d\u00e9velopp\u00e9 dans de nombreux domaines : mat\u00e9riaux, outils, transports, construction, architecture. On pense que la roue a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9e il y a 3500 ans. La combinaison, chez un m\u00eame individu, d\u2019un savoir th\u00e9orique (notamment math\u00e9matique) et d\u2019un savoir-faire personnel dans une multiplicit\u00e9 de domaines manuels marque sans doute la premi\u00e8re diff\u00e9renciation donnant naissance \u00e0 ce qui deviendra, des si\u00e8cles plus tard, une cat\u00e9gorie sociale.<br \/>\nLe mot \u00ab ing\u00e9nieur \u00bb appara\u00eet aux environs de 1155 pour d\u00e9signer les constructeurs d\u2019engin de guerre . Archim\u00e8de (287-212 av. J.-C.) en fut donc un, par excellence, quelle que soit la part de l\u00e9gende dans l\u2019affaire des miroirs destin\u00e9s \u00e0 enflammer les navires romains assi\u00e9geant Syracuse. Le lieu n\u2019est pas ici de faire la liste de ses r\u00e9alisations. L\u00e9onard de Vinci entrerait dans la cat\u00e9gorie ing\u00e9nieurs d\u2019\u00e9tudes charg\u00e9s de concevoir des prototypes. Fran\u00e7ois 1er \u00e9tait peut-\u00eatre au courant, mais certainement pas dans ces termes !<br \/>\nLes \u00e9coles d\u2019ing\u00e9nieurs<br \/>\nIl est de bon ton, aujourd\u2019hui encore, en France, d\u2019opposer les grandes \u00e9coles, dont le recrutement est s\u00e9lectif, aux formations universitaires ouvertes \u00e0 tous les bacheliers. Prenons acte de ce regard d\u00e9mocratique ! Mais si l\u2019on porte un regard diachronique sur l\u2019apparition des \u00e9coles d\u2019ing\u00e9nieurs, on se convainc rapidement qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans l\u2019histoire de la nation fran\u00e7aise et du renforcement de son \u00c9tat central. Voyez seulement :<br \/>\nLe Coll\u00e8ge maritime des Accoules est cr\u00e9\u00e9 en 1571. Il deviendra l\u2019\u00c9cole nationale de la marine marchande de Marseille. L\u2019\u00c9cole des ing\u00e9nieurs constructeurs des vaisseaux royaux est cr\u00e9\u00e9e en 1741. L\u2019\u00c9cole royale des ponts et chauss\u00e9es est cr\u00e9\u00e9e en 1747. La Grande Encyclop\u00e9die nous offre en 1765 une classification distinguant les ing\u00e9nieurs militaires, les ing\u00e9nieurs de la marine et les ing\u00e9nieurs civils pour les ponts et chauss\u00e9es.<br \/>\n1780 : c\u2019est la fondation de l\u2019\u00c9cole des enfants de l\u2019arm\u00e9e, qui deviendra l\u2019\u00c9cole nationale des arts et m\u00e9tiers. Le dipl\u00f4me d\u2019ing\u00e9nieur A. &amp; M. a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 1907 . Citons encore l\u2019\u00c9cole royale foresti\u00e8re n\u00e9e en 1824 et devenue l\u2019\u00c9cole nationale des eaux et for\u00eats. Cette liste est incompl\u00e8te.<br \/>\nIl s\u2019agit jusqu\u2019ici d\u2019ing\u00e9nieurs form\u00e9s pour les besoins de ce qu\u2019on n\u2019appelle pas encore les \u00ab services publics \u00bb. L\u2019\u00c9cole nationale d\u2019administration ne verra le jour qu\u2019en 1945. Reconnaissons cependant \u00e0 Hippolite Lazare Carnot (le fils du Grand Carnot) le m\u00e9rite d\u2019en avoir eu l\u2019id\u00e9e en 1848.<br \/>\nEt nous arrivons \u00e0 l\u2019ann\u00e9e 1829 : \u00c9cole centrale des arts et manufactures. Il s\u2019agit d\u00e9sormais de r\u00e9pondre aussi aux besoins de l\u2019industrie. Ce n\u2019\u00e9tait pas la seule voie : ainsi, en Alsace, les fils de la bourgeoisie se pr\u00e9paraient \u00e0 g\u00e9rer la manufacture familiale en accomplissant une s\u00e9rie de stages en Suisse, notamment \u00e0 B\u00e2le, \u00e0 deux pas de Mulhouse, ou en France .<br \/>\nLes inventeurs<br \/>\n\u00ab Laissez-nous bien travailler \u00bb s\u2019\u00e9crient Marie-Jos\u00e9 Kotlicki et Jean-Fran\u00e7ois Bolzinger dans le titre de leur dernier livre. Cela fut probablement la pri\u00e8re silencieuse ou la plainte d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e d\u2019une multitude d\u2019ing\u00e9nieurs, dipl\u00f4m\u00e9s ou non, r\u00e9els ou virtuels mais t\u00e9moins indiscutables de la formation de la \u00ab cat\u00e9gorie sociale \u00bb ing\u00e9nieurs.<br \/>\nAinsi Thimonnier pour la machine \u00e0 coudre ou Ni\u00e8pce l\u2019inventeur de la photographie et Daguerre (son \u00ab commercialisateur \u00bb). Ils n\u2019entrent pas en sc\u00e8ne en tant qu\u2019Ictam. Ni en tant que salari\u00e9s. C\u2019est une cat\u00e9gorie en formation \u00e0 partir d\u2019histoires individuelles. Cl\u00e9ment Ader n\u2019est pas seulement le concepteur de l\u2019avion. Il faut mettre \u00e0 son actif un v\u00e9locip\u00e8de, un pose-rail, un t\u00e9l\u00e9phone et d\u2019autres choses qu\u2019on n\u2019appelait pas encore des innovations.<br \/>\nCela c\u2019est pour le r\u00e9el. Pour le virtuel nous avons Balzac avec \u00ab Les illusions perdues \u00bb, \u00ab C\u00e9sar Birotteau \u00bb&#8230; Et voici Jules Verne, enchantement de notre jeunesse ! (\u00ab Les 500 millions de la Begum \u00bb, \u00ab L\u2019invasion de la mer \u00bb, etc. etc. ). Et encore ceci : dans le film fran\u00e7ais \u00ab Ridicule \u00bb de Patrice Leconte (1996), Gr\u00e9goire Ponceludon de Malavoy, jeune aristocrate, se rend \u00e0 la cour de Louis XVI \u00e0 Versailles afin d&rsquo;obtenir les moyens d&rsquo;ass\u00e9cher les marais de la Dombes, sa r\u00e9gion natale.<br \/>\nL\u2019inventeur est un individu qui veut tirer parti de son invention\u2026 mais a besoin d\u2019un financeur.<br \/>\nLes associations \u00e0 vocation professionnelle et plus ou moins syndicale et\/ou sociale<br \/>\nLa fonction d\u2019ing\u00e9nieur ne tarde pas \u00e0 construire son existence collective. Les ing\u00e9nieurs issus de l\u2019\u00c9cole centrale des arts et manufactures fondent la Soci\u00e9t\u00e9 des ing\u00e9nieurs civils en 1848. Nous avons le Syndicat des chimistes et essayeurs de France en 86, le Syndicat professionnel des industries \u00e9lectriques en 92, le Syndicat professionnel des industries chimiques en 92 aussi, puis la Soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise des ing\u00e9nieurs coloniaux en 95.<br \/>\nPassons au 20\u00e8me si\u00e8cle. L\u2019Union sociale des ing\u00e9nieurs catholiques est fond\u00e9e en 1906, le Syndicat des produits chimiques en 1912. Au lendemain de la Grande guerre, en 1919, la dimension \u00ab de classe \u00bb se pr\u00e9cise avec l\u2019Union syndicale des techniciens de l\u2019industrie, du commerce et de l\u2019agriculture (USTICA). En 1920 se cr\u00e9e la Conf\u00e9d\u00e9ration des travailleurs intellectuels (CTI). Nous entrons dans une nouvelle phase historique.<br \/>\nLes t\u00e2cherons<br \/>\nOn se fait \u00e0 tort une id\u00e9e homog\u00e8ne du prol\u00e9tariat du 19\u00e8me si\u00e8cle. Claude Didry, dans son ouvrage \u00ab L\u2019institution du travail \u00bb, montre comment le Code civil de 1804 d\u00e9finit juridiquement le \u00ab louage d\u2019ouvrage \u00bb et en distingue trois sortes : \u00ab le louage des domestiques et ouvriers, celui des voituriers par eau et par terre et celui des entrepreneurs d\u2019ouvrage par devis et march\u00e9s \u00bb.<br \/>\nLe Code civil rapproche donc les ouvriers des domestiques. En revanche, dans le cas des entrepreneurs d\u2019ouvrage par devis et march\u00e9s, il introduit la notion de responsabilit\u00e9 de l\u2019ouvrier \u00e0 l\u2019\u00e9gard de cet ouvrage selon qu\u2019il fournisse ou non la mati\u00e8re . Est aussi consid\u00e9r\u00e9e dans cette m\u00eame partie du Code civil la responsabilit\u00e9 conjointe des \u00ab architectes et entrepreneurs \u00bb, le paiement de l\u2019\u00ab ouvrier \u00bb par un \u00ab ma\u00eetre \u00bb. Claude Didry cite encore le cas de la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00ab entrepreneur \u00bb des faits de ceux qu\u2019il emploie. Et encore cet article du code de 1804 : \u00ab Les ma\u00e7ons, charpentiers, serruriers et autres ouvriers qui font directement des march\u00e9s \u00e0 prix faits sont astreints aux r\u00e8gles prescrites dans la pr\u00e9sente section ; ils sont entrepreneurs en ce qu\u2019ils font . \u00bb<br \/>\nLa phras\u00e9ologie juridique du d\u00e9but du 18\u00e8me si\u00e8cle est certes d\u00e9routante et notre lecture de chaque phrase nous renvoie \u00e0 un contexte langagier qu\u2019il nous faut tenter de reconstruire mentalement. Mais qui ne reconna\u00eet dans ces extraits les premi\u00e8res traces de probl\u00e9matiques modernes et, particuli\u00e8rement, la localisation de la responsabilit\u00e9 en fonction de la place exacte de la personne dans le processus de production ? Et l\u2019adverbe \u00ab directement \u00bb n\u2019annonce-t-il pas la question de la sous-traitance ?<br \/>\n\u00c0 partir de 1806 apparaissent les conseils de prud\u2019hommes \u00e0 propos desquels les d\u00e9crets de cr\u00e9ation stipulent : \u00ab Nul ne sera justiciable des conseils de prud\u2019hommes, s\u2019il n\u2019est marchand-fabricant, chef d\u2019atelier, contrema\u00eetre, teinturier, ouvrier, compagnon ou apprenti \u00bb. On le voit, les mots existent d\u00e9sormais pour d\u00e9signer les fonctions. Si la loi les emploie, c\u2019est qu\u2019ils ont une signification plus ou moins stabilis\u00e9e depuis un certain temps. Claude Didry reproduit les pr\u00e9cisions suivantes :<br \/>\n\u00ab Le marchand ou n\u00e9gociant-fabricant est celui qui, propri\u00e9taire de machines, m\u00e9tiers et ustensiles, propri\u00e9\u00actaire des mati\u00e8res premi\u00e8res, des dessins, des mod\u00e8les et des proc\u00e9d\u00e9s de fabrication, fait confectionner, soit dans ses ateliers, soit en dehors, par des chefs d&rsquo;atelier ou des ouvriers qu&rsquo;il paie, les objets qu&rsquo;il livre ensuite au commerce.<br \/>\n\u00ab Le chef d&rsquo;atelier est un entrepreneur d&rsquo;ouvrages \u00e0 fa\u00e7on qui, recevant les mati\u00e8res premi\u00e8res du marchand-fabricant, a chez soi un atelier et des ouvriers pour les y confectionner. On peut ajouter : ou qui fait marcher un ou plusieurs m\u00e9tiers chez le fabricant.<br \/>\n\u00ab Le contrema\u00eetre est celui qui dirige les ouvriers d&rsquo;une fabrique pour le compte du fabricant ; c&rsquo;est l&rsquo;ouvrier principal.<br \/>\n[&#8230;].<br \/>\n\u00ab Quant \u00e0 l&rsquo;ouvrier patent\u00e9, \u00ab\u00a0c&rsquo;est celui qui travaille chez soi pour des fabricants la mati\u00e8re premi\u00e8re \u00e0 \u00e9laborer, les dessins ou mod\u00e8les \u00e0 suivre, m\u00eame sans compagnon, enseigne ni boutique\u00a0\u00bb (loi du 1er brumaire an VII). Il re\u00e7oit des fabricants la mati\u00e8re premi\u00e8re \u00e0 \u00e9laborer, les dessins ou mod\u00e8les \u00e0 suivre, et souvent tout ou partie des outils et instruments qui servent \u00e0 la fabrication. Semblable au fabricant, il a quelquefois sous ses ordres plusieurs ouvriers \u00e0 fa\u00e7on. \u00bb<br \/>\nTelles sont les premi\u00e8res racines de ce qu\u2019on ne tardera pas \u00e0 d\u00e9signer comme \u00e9tant des \u00ab tacherons \u00bb. Claude Didry caract\u00e9rise le louage d\u2019ouvrage comme une \u00ab coupure entre deux transactions qui s\u2019enchainent : la premi\u00e8re entre un donneur d\u2019ordre attach\u00e9 au n\u00e9goce et un preneur d\u2019ouvrage, la seconde entre ce dernier et ceux qu\u2019il engage \u00e0 son tour pour r\u00e9aliser l\u2019ouvrage \u00bb. Le preneur d\u2019ouvrage peut travailler \u00e0 domicile avec sa famille ou en distribuant l\u2019ouvrage dans son entourage. Mais, au fur et \u00e0 mesure de la croissance industrielle, il travaillera de plus en plus en usine, sous l\u2019autorit\u00e9 d\u2019un directeur, tout en poursuivant sa propre relation avec ses ouvriers. C\u2019est ce qu\u2019on appellera le marchandage ou t\u00e2cheronnat qui d\u00e9signeront principalement, \u00e9crit Claude Didery \u00ab \u2026moins l\u2019exploitation ouvri\u00e8re par un \u00ab\u00a0patron\u00a0\u00bb que l\u2019exploitation des ouvriers par d\u2019autres ouvriers\u2026 \u00bb. Des ouvriers, faut-il le pr\u00e9ciser, recrut\u00e9s par l\u2019ouvrier preneur d\u2019ouvrage, en fait salari\u00e9 du premier niveau. La r\u00e9volution de f\u00e9vrier 1848 abolira le marchandage, ce qui ne l\u2019emp\u00eachera pas de se perp\u00e9tuer presque jusqu\u2019\u00e0 la fin du 19\u00e8me si\u00e8cle.<br \/>\nB<strong>. De la fin du 19\u00e8me \u00e0 1945<\/strong><br \/>\nL\u2019industrialisation du pays se poursuit et le monde salarial l\u2019aborde avec un d\u00e9but d\u2019exp\u00e9rience syndicale. L\u2019entr\u00e9e des ICTAM dans le camp des salari\u00e9s syndiqu\u00e9s sera \u00e0 l\u2019ordre du jour.<br \/>\nL\u2019USTICA \u00e9volue, devient l\u2019UST , puis l\u2019USTEI et affirme son caract\u00e8re syndical. Une section syndicale de dessinateurs se transforme en syndicat agissant pour des revendications professionnelles . La Conf\u00e9d\u00e9ration des travailleurs intellectuels n\u2019est pas une organisation syndicale, mais coop\u00e8re avec la CGTU notamment \u00e0 propos des brevets d\u2019invention, du statut de la radiodiffusion, et de la dur\u00e9e du travail .<br \/>\nBref, ces salari\u00e9s s\u2019affirment en tant que cat\u00e9gorie de salari\u00e9s. La victoire \u00e9lectorale du Front populaire en 1936, puis les gr\u00e8ves de mai-juin interpellent la cat\u00e9gorie : les ICTAM ont des revendications. Ils veulent \u00eatre \u00ab dans le coup \u00bb. Une f\u00e9d\u00e9ration des dessinateurs s\u2019affilie \u00e0 la CGT r\u00e9unifi\u00e9e. C\u2019est alors que se posera la question des structures, loin d\u2019\u00eatre anodine. Les ICTAM, ce n\u2019est pas une branche d\u2019industrie. C\u2019est un ensemble de m\u00e9tiers, en attendant de signifier, beaucoup plus tard, une place et un niveau de responsabilit\u00e9 dans le processus de production. Mais la CGT, elle, n\u2019est pas structur\u00e9e par m\u00e9tiers. Elle est organis\u00e9e en f\u00e9d\u00e9rations d\u2019industries. Il faudrait pour les ICTAM une f\u00e9d\u00e9ration qui ne soit pas une f\u00e9d\u00e9ration : une f\u00e9d\u00e9ration parce qu\u2019ils ont leurs probl\u00e8mes \u00e0 eux et qu\u2019ils ne croient pas possible de traiter ces probl\u00e8mes dans les structures existantes ; mais pas une f\u00e9d\u00e9ration \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres f\u00e9d\u00e9rations car, en face, il y a les m\u00eames structures patronales, et c\u2019est avec elles qu\u2019on n\u00e9gocie, ce qui exige un rapport de forces donc une \u00e9troite coordination.<br \/>\nIl y a certes des exceptions, comme la F\u00e9d\u00e9ration des officiers de la marine marchande, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te avec la F\u00e9d\u00e9ration des gens de mer. Il y a aussi la F\u00e9d\u00e9ration des VRP qui vient de se cr\u00e9er et n\u2019aura de cesse qu\u2019elle n\u2019ait obtenue un statut professionnel (loi du 18 juillet 1937). Mais la r\u00e9ponse durable viendra des F\u00e9d\u00e9rations de deux grandes branches : l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et la m\u00e9tallurgie.<br \/>\nLa cr\u00e9ation du GNC, cette ann\u00e9e-l\u00e0, est voulue par la direction ouvri\u00e8re du syndicat. Marcel Paul, alors secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la F\u00e9d\u00e9ration des services publics et de l\u2019\u00e9clairage, voyait loin. Comme son camarade Croizat.<br \/>\nCe dernier est connu comme le fondateur de la S\u00e9curit\u00e9 sociale, mais il \u00e9tait aussi, en 1937, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la F\u00e9d\u00e9ration Cgt des ouvriers des m\u00e9taux. Une Union syndicale des techniciens de l&rsquo;aviation (USTA) fond\u00e9e en juin 1936, et comptant 3 000 adh\u00e9rents manifeste le souhait d\u2019adh\u00e9rer \u00e0 cette F\u00e9d\u00e9ration. Elle \u00e9tait jusque-l\u00e0 directement rattach\u00e9e \u00e0 la Cgt. Comment faire ?<br \/>\n\u00ab Ambroise Croizat, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la F\u00e9d\u00e9ration des M\u00e9taux, exposa le point de vue de son organisation qui voulait que les techniciens soient group\u00e9s par sections nationales en adh\u00e9rant aux f\u00e9d\u00e9rations d&rsquo;industrie correspondantes, tout en \u00e9tant d&rsquo;accord pour laisser subsister dans les usines et les localit\u00e9s un syndicat d&rsquo;ouvriers et un syndicat de techniciens de la m\u00eame branche d&rsquo;industrie\uf02a. Apr\u00e8s avoir demand\u00e9 certaines explications \u00e0 la F\u00e9d\u00e9ration des techniciens, notamment en ce qui concerne son attitude envers le Syndicat national des techniciens de l&rsquo;aviation, notre camarade Croizat marqua la n\u00e9cessit\u00e9 de coordonner l&rsquo;action syndicale entre les ouvriers et les techniciens et d&rsquo;obliger la F\u00e9d\u00e9ration des techniciens \u00e0 se conformer, dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de tous, aux d\u00e9cisions prises . \u00bb<br \/>\nAinsi, dans deux grandes f\u00e9d\u00e9rations syndicales, la sp\u00e9cificit\u00e9 de structure s\u2019installe. Elle sera appel\u00e9e \u00e0 se pr\u00e9ciser et se d\u00e9velopper. Mais dans l\u2019imm\u00e9diat, on assiste \u00e0 un rapide affaiblissement des organisations syndicales I &amp; C. La deuxi\u00e8me guerre mondiale approche en d\u00e9pit des avertissements de citoyens lucides. Ce demi-si\u00e8cle restera aussi celui de deux guerres mondiales, une boucherie franco-allemande suivie, vingt et quelques ann\u00e9es plus tard, d\u2019une boucherie encore plus \u00e9tendue, d\u2019un g\u00e9nocide, et l\u2019arme atomique. Pour le sujet qui nous occupe signalons seulement la \u00ab Charte du travail \u00bb, promulgu\u00e9e le 4 octobre 1941 par le gouvernement de Vichy. Traitant des organisations professionnelles elle indique en son article 10 que les syndicats professionnels sont constitu\u00e9s par cat\u00e9gories distinctes de membres. Sont consid\u00e9r\u00e9s comme pouvant former une cat\u00e9gorie distincte : les employeurs, les ouvriers, les employ\u00e9s, les agents de ma\u00eetrise, et enfin les ing\u00e9nieurs, cadres administratifs et commerciaux. On passe donc d\u2019une \u00e9mergence sociale \u00e0 une existence juridique de la \u00ab cat\u00e9gorie ICTAM \u00bb. Il est plus int\u00e9ressant rappeler que certains des militants I &amp; C de l\u2019\u00e9poque entr\u00e8rent dans la r\u00e9sistance au c\u00f4t\u00e9 d\u2019autres non syndiqu\u00e9s et fond\u00e8rent l\u2019UNITEC qui a exist\u00e9 jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1960. Ces militants seront en premi\u00e8re ligne pour la relance du syndicalisme cadre CGT, \u00e0 la Lib\u00e9ration.<br \/>\nC. <strong>La CGT syndicat de tous les salari\u00e9s, les Ictam et la notion de sp\u00e9cificit\u00e9<\/strong><br \/>\nDans une approche syndicale plut\u00f4t que sociologique, nous distinguerons 3 \u00e9tapes dont la caract\u00e9risation para\u00eet ins\u00e9parable de la prise en charge des revendications par la CGT.<br \/>\n1.<strong> 1946 : la chose sans le mot<\/strong><br \/>\nD\u00e8s le lendemain de la guerre, la Cgt r\u00e9unifi\u00e9e se veut le syndicat de tous les salari\u00e9s. Ainsi, dans son rapport d\u2019ouverture au 26\u00e8me congr\u00e8s conf\u00e9d\u00e9ral (avril 1946), Beno\u00eet Frachon signale \u00ab l\u2019entr\u00e9e dans une opposition active de cat\u00e9gories non prol\u00e9tariennes de la population laborieuse, m\u00e9contentes et entrain\u00e9es par l\u2019\u00e9lan de la classe ouvri\u00e8re . \u00bb<br \/>\nCela appara\u00eet dans des passages significatifs du rapport \u00e0 propos des d\u00e9fis qu\u2019il faut relever parmi d\u2019autres dans la construction d\u2019une politique. S\u2019agissant des salaires, pour ne citer qu\u2019un exemple, on reconna\u00eet \u00ab qu\u2019il est difficile d\u2019\u00e9tablir une classification professionnelle pour les agents de ma\u00eetrise, techniciens, ing\u00e9nieurs et cadres. La CGT a donc d\u00e9cid\u00e9 de laisser les commissions professionnelles \u00e9tablir leur propre classification et de limiter \u00e0 cet \u00e9gard le r\u00f4le de la Commission nationale \u00e0 surveiller et \u00e0 h\u00e2ter le travail des commissions d\u2019industrie \u00bb. La cat\u00e9gorie \u00ab I &amp; C \u00bb en tant que telle est donc reconnue au niveau conf\u00e9d\u00e9ral par le fait qu\u2019on ne peut pas la traiter de la m\u00eame fa\u00e7on que les ouvriers, d\u2019o\u00f9 la cr\u00e9ation du Cartel conf\u00e9d\u00e9ral en des cadres qui deviendra l\u2019UGIC en 1948. Mais, au m\u00eame moment, la CGT se trouve plac\u00e9e devant le refus de la CFTC d\u2019aller vers une r\u00e9unification syndicale. Beno\u00eet Frachon en conclut qu\u2019il faut se tourner vers la base : \u00ab une seule section syndicale par entreprise \u00bb. On trouve l\u00e0, peut-\u00eatre, l\u2019une des racines \u2013 certainement pas la seule \u2013 de la r\u00e9pugnance durable \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019organisations sp\u00e9cifiques : l\u2019espoir de la r\u00e9unification. Oui, mais sur quelles bases ?<br \/>\nPar ailleurs, le 26\u00e8me congr\u00e8s proc\u00e8de \u00e0 une sorte d\u2019\u00e9tat des lieux o\u00f9 quelques f\u00e9d\u00e9rations exposent des probl\u00e8mes particuliers aux ing\u00e9nieurs et cadres, et mentionnent l\u2019existence en leur sein d\u2019une organisation propre \u00e0 cette cat\u00e9gorie : M\u00e9tallurgie : les Ictam \u00ab contestent la mise en ordre des salaires \u00bb ; Papier-Carton : existence d\u2019un \u00ab important syndicat national de cadres et techniciens \u00bb ; Sous-sol : l\u2019exigence d\u2019une \u00ab v\u00e9ritable nationalisation [devant permettre] aux mineurs, techniciens et cadres de participer \u00e0 la gestion \u00bb ; Transports : discussion sur les salaires des Ictam . La F\u00e9d\u00e9ration de l\u2019\u00e9clairage et des forces motrices annonce l\u2019existence d\u2019\u00ab un puissant syndicat des cadres et agents de ma\u00eetrise qui groupe 8000 adh\u00e9rents sur les 10000 existant dans les industries du gaz et de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 \u00bb ; la F\u00e9d\u00e9ration nationale des industries chimiques d\u00e9nonce la lutte [du patronat] contre \u00ab la remise en ordre des appointements des employ\u00e9s, ing\u00e9nieurs et cadres \u00bb et pose la question du \u00ab perfectionnement professionnel \u00bb.<br \/>\nOn lit, dans la r\u00e9solution du congr\u00e8s consacr\u00e9e aux structures, que : \u00ab Aucune structure rigide ne peut r\u00e9soudre tous les probl\u00e8mes qui se posent au mouvement. S\u2019il y a lieu de la rationaliser quant \u00e0 la composition industrielle et g\u00e9ographique des syndicats, pour lui donner une structure harmonieuse qu\u2019il est loin d\u2019avoir, il doit conserver la souplesse vivante dont d\u00e9pendent sa vie et son destin . \u00bb Une \u00ab Annexe sp\u00e9ciale au rapport d\u2019activit\u00e9 \u00bb s\u2019intitule \u00ab le Mouvement des Ing\u00e9nieurs et Cadres \u00bb. On y trouve une d\u00e9finition du r\u00f4le du Cartel conf\u00e9d\u00e9ral des Cadres (C.C.C.) \u00ab organisme de liaison entre les diff\u00e9rents syndicats nationaux et seize cartels d\u00e9partementaux . \u00bb<br \/>\nLa consultation de \u00ab Travail et technique \u00bb, publication du Cartel conf\u00e9d\u00e9ral des cadres puis de l\u2019UGIC, nous \u00e9claire sur les questions dont se saisit l\u2019Organisation sp\u00e9cifique des I &amp; C : la hi\u00e9rarchie des salaires, laquelle donne lieu \u00e0 un d\u00e9bat interne \u00e0 la Conf\u00e9d\u00e9ration ; les retraites, avec la cr\u00e9ation de l\u2019Agirc, dont nous pourrions dire aujourd\u2019hui qu\u2019\u00eatre force de proposition, pour l\u2019UGIC, ce n\u2019\u00e9tait pas un vain mot ; mais aussi la responsabilit\u00e9 en mati\u00e8re d\u2019accidents du travail ; la reconstruction (nous sommes au lendemain de la guerre) ; les questions \u00e9conomiques, \u00e9videmment.<br \/>\nOr voici qu\u2019un autre probl\u00e8me se pose lorsque la question dite de \u00ab la discipline syndicale \u00bb est soulev\u00e9e du fait de la non-participation d\u2019I &amp; C syndiqu\u00e9s aux ordres de gr\u00e8ves lanc\u00e9s par la CGT, notamment en novembre 1947. Il ne suffira \u00e9videmment pas de transformer le Cartel conf\u00e9d\u00e9ral en Union g\u00e9n\u00e9rale pour r\u00e9soudre le probl\u00e8me. Car il ne s\u2019agissait pas d\u2019une meilleure coordination comme on a voulu l\u2019esp\u00e9rer \u00e0 l\u2019\u00e9poque mais de l\u2019\u00e9mergence d\u2019une question g\u00e9n\u00e9rale et fondamentale dont on ne savait pas encore qu\u2019elle deviendrait la grande question \u00ab d\u00e9mocratie syndicale \/d\u00e9mocratie ouvri\u00e8re \u00bb. Les I &amp; C n\u2019\u00e9taient pas les seuls concern\u00e9s. Mais la question n\u2019\u00e9tait pas m\u00fbre. Et deux obstacles sont venus contrarier le d\u00e9veloppement d\u2019une CGT de vraiment tous les salari\u00e9s. D\u2018abord la guerre froide et la phase de r\u00e9pression qui l\u2019a accompagn\u00e9e : il a tr\u00e8s vite \u00e9t\u00e9 difficile d\u00e8s 1947 de s\u2019afficher cadre adh\u00e9rent, et pire encore militant, \u00e0 la Cgt. Il faudra attendre les ann\u00e9es 60 pour que change la situation. Deuxi\u00e8mement, il nous faut porter un regard sur un courant d\u2019id\u00e9es m\u00e9ritant r\u00e9flexion.<br \/>\n2.<strong> Le sens des mots<\/strong><br \/>\nLe moment est en effet venu de rappeler que notre sujet est \u00ab L\u2019histoire des diff\u00e9rentes cat\u00e9gories dans l\u2019entreprise et l\u2019\u00e9volution de la notion de classe ouvri\u00e8re \u00bb. Nous sommes en pr\u00e9sence de l\u2019un des n\u0153uds de la question : qu\u2019est-ce que la classe ouvri\u00e8re ? Comment cette notion \u00e9volue-t-elle ?<br \/>\nLorsqu\u2019au sortir de la guerre, en 1945, la CGT forte du r\u00f4le jou\u00e9 par ses dirigeants dans la R\u00e9sistance, reprit son activit\u00e9 au grand jour, les ICTAM, on l\u2019a vu, ne furent pas oubli\u00e9s. Mais la composition sociale du salariat ne cessait d\u2019\u00e9voluer et, avec elle, la situation sociale des travailleurs et notamment celle des ICTAM en voie d\u2019accroissement num\u00e9rique. L\u2019opposition \u00e0 l\u2019\u00e9crasement de la hi\u00e9rarchie des salaires est, \u00e0 ce moment-l\u00e0, de loin la revendication la plus criante des I &amp; C. Bien que soutenant des solutions diff\u00e9rentes, toutes les organisations syndicales de cadres s\u2019accordent sur ce point. Des sociologues ont commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019int\u00e9resser \u00e0 l\u2019accroissement num\u00e9rique de cette nouvelle cat\u00e9gorie, et \u00e0 la pression sur le niveau des salaires qui a accompagn\u00e9 cette \u00e9volution. On a caract\u00e9ris\u00e9 le ph\u00e9nom\u00e8ne en le d\u00e9signant comme une prol\u00e9tarisation des I &amp; C, ce qui induisait l\u2019id\u00e9e d\u2019un rapprochement avec la situation ouvri\u00e8re. Or la \u00ab notion \u00bb de classe ouvri\u00e8re n\u2019est pas seulement un sujet de sociologie. C\u2019est aussi un facteur du d\u00e9bat politique. L\u2019enjeu du devenir de la classe ouvri\u00e8re, de sa disparition pr\u00e9dite par les uns, d\u00e9ni\u00e9e par les autres, n\u2019est ni plus ni moins que le r\u00f4le reconnu aux organisations syndicales ou politiques qui se r\u00e9clament de la classe ouvri\u00e8re et aux strat\u00e9gies de lutte qui s\u2019y rattachent.<br \/>\nL\u2019analyse marxiste attribue au prol\u00e9tariat une fonction historique r\u00e9volutionnaire en raison de sa place dans la production et de la nature irr\u00e9ductible de la contradiction d\u2019int\u00e9r\u00eats, elle-m\u00eame sous-tendue par la contradiction fondamentale forces productives \/ rapports de production. Dans le langage courant on identifie classes laborieuses et prol\u00e9tariat. Dans le m\u00eame temps on fait de la situation des classes laborieuses (ou du prol\u00e9tariat) une sorte rep\u00e8re dans une \u00e9chelle de mesure d\u2019un \u00ab degr\u00e9 de prol\u00e9tarisation \u00bb. Le concept de prol\u00e9tarisation, perdant de vue ses racines et, avec elles, la plupart de ses d\u00e9terminations, s\u2019identifie \u00e0 son tour \u00e0 la baisse des conditions mat\u00e9rielles. Cela ne constitue pas une analyse de la place de telle ou telle cat\u00e9gorie dans les rapports de productions, lesquels ont \u00e9volu\u00e9 depuis Marx. Un pas de plus, et l\u2019on s\u2019est mis \u00e0 puiser chez Marx la notion de forces productives directes, cens\u00e9es induire une contradiction capital\/travail chimiquement pure, donc une assignation r\u00e9volutionnaire exempte de toute faille.<br \/>\nLa reconnaissance d\u2019une prol\u00e9tarisation des I &amp; C pouvait passer pour la d\u00e9monstration que la classe ouvri\u00e8re n\u2019\u00e9tait pas promise \u00e0 la disparition du fait de la r\u00e9duction suppos\u00e9e de ses effectifs. On mesure l\u2019enjeu d\u2019une telle question dans un d\u00e9bat profond\u00e9ment marqu\u00e9 par l\u2019\u00e9clairage marxiste sur le r\u00f4le historique de la classe ouvri\u00e8re, celui de transformation radicale de la soci\u00e9t\u00e9. La tentation \u00e9tait forte d\u2019appeler \u00e0 la rescousse \u00ab les ICT en voie de prol\u00e9tarisation. \u00bb Comme la d\u00e9monstration est malgr\u00e9 tout peu convaincante, on a parfois cru pouvoir la limiter \u00e0 une soi-disant cat\u00e9gorie, les ing\u00e9nieurs de production.<br \/>\nIl n\u2019est pas dans notre intention de faire l\u2019analyse d\u00e9taill\u00e9e, r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l\u2019appui, des tenants et aboutissants de ce d\u00e9bat, mais seulement de le caract\u00e9riser. Ce courant d\u2019id\u00e9es non d\u00e9nu\u00e9 de \u00ab bonnes intentions \u00bb du point de vue de la lutte des classes, a accr\u00e9dit\u00e9 l\u2019opinion qu\u2019il n\u2019\u00e9tait plus n\u00e9cessaire d\u2019avoir une organisation particuli\u00e8re, au sein de la CGT, pour les cadres. Il suffit pourtant d\u2019\u00eatre soi-m\u00eame cadre ou ing\u00e9nieur pour \u00eatre convaincu de cette n\u00e9cessit\u00e9, sauf \u00e0 renoncer \u00e0 une partie de ses fonctions. En sociologie comme en tout domaine scientifique, il est toujours risqu\u00e9 de se fixer comme but de prouver la justesse d\u2019une conclusion fix\u00e9e par avance . En d\u00e9finitive, il ne s\u2019agit plus de l\u2019histoire des cat\u00e9gories mais de l\u2019histoire des id\u00e9es plus pr\u00e9cis\u00e9ment de l\u2019histoire d\u2019une bataille d\u2019id\u00e9es<br \/>\n3.<strong> 1963 : La chose et le mot<\/strong><br \/>\nLa refondation de l\u2019Ugic appelle une structure originale. On d\u00e9cide de la doter de statuts. Il n\u2019y avait jusqu\u2019alors qu\u2019un organigramme. Plus encore que la d\u00e9signation \u00ab organisation sp\u00e9cifique \u00bb dont l\u2019emploi se g\u00e9n\u00e9ralise, c\u2019est le slogan \u00ab en adh\u00e9rant \u00e0 la Cgt un cadre ne se mutile pas \u00bb qui marque avec force la rupture avec une conception rigide de ce que signifie l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 un syndicalisme \u00ab de classe \u00bb et annonce qu\u2019il entendra \u00eatre aussi un syndicalisme \u00ab d\u00e9mocratique et de masse \u00bb. Chacun, militants ouvriers comme militants cadres, doit donc se mettre dans la t\u00eate \u00ab la notion \u00bb que le boulot d\u2019un cadre ce n\u2019est pas celui d\u2019un ouvrier et que les deux peuvent m\u00eame entrer en conflit.<br \/>\nDe 1963, date de la Conf\u00e9rence nationale de la CGT qui d\u00e9cidera de la r\u00e9novation de l\u2019Ugic, \u00e0 1965, date de son congr\u00e8s constitutif, puis \u00e0 1968 qui fut en quelque sorte l\u2019\u00e9preuve du feu, l\u2019Ugic construit \u00e0 marche forc\u00e9e sa plateforme revendicative et \u00ab produit \u00bb des postions sp\u00e9cifiques sur tout ce qui touche les ICTAM. La revendication d\u2019une grille unique de salaires du man\u0153uvre \u00e0 l\u2019ing\u00e9nieur figure \u00e9videmment en t\u00eate de la plateforme. Le temps de travail n\u2019est pas encore la question du forfait jour, mais c\u2019est d\u00e9j\u00e0 clairement l\u2019expression d\u2019une d\u2019autonomie n\u00e9cessaire ; rien ne montrait mieux ce qui distinguait les I &amp; C de la condition ouvri\u00e8re : ils ne pointent pas (pas tous, du moins). L\u2019Ugic, puis l\u2019Ugict, une fois venus les techniciens, se fit entendre (sans succ\u00e8s) sur la question des inventeurs salari\u00e9s. On rechercha, avec la Bureau conf\u00e9d\u00e9ral, la possibilit\u00e9 de sections propres aux I &amp; C au sein des conseils prudhommaux. Enfin, la n\u00e9cessit\u00e9 absolue d\u2019introduire dans un parcours professionnel le temps de la mise \u00e0 jour et du d\u00e9veloppement des connaissances conduisit l\u2019Ugic \u00e0 lancer l\u2019id\u00e9e totalement novatrice d\u2019un droit pour tous \u00e0 la formation sur le temps de travail, sans perte de salaire, \u00e9valuant le besoin \u00e0 10% du temps de travail. Lorsque de premi\u00e8res avanc\u00e9es se produisirent dans ce domaine apr\u00e8s 1968, suite aux n\u00e9gociations avec le patronat et aux lois des ann\u00e9es 70 sur la formation professionnelle, une r\u00e9probation se manifesta contre le fait que les sommes consacr\u00e9es \u00e0 la formation permanente allaient davantage vers les ICTAM que vers les ouvriers qui en avaient pourtant le plus besoin. R\u00e9probation l\u00e9gitime, ou pour le moins compr\u00e9hensible, mais qui refl\u00e9tait cette contradiction : les ICTAM \u00e9taient bien des salari\u00e9s mais pas une composante de la classe ouvri\u00e8re. Ils \u00e9taient le \u00ab produit \u00bb d\u2019une formation int\u00e9grant (comme il y a 5 000 ans !) un savoir th\u00e9orique et un apprentissage professionnel. Le probl\u00e8me de la fusion du travail manuel et du travail intellectuel \u00e9tait pos\u00e9 mais pas encore r\u00e9solu !<br \/>\nC\u2019est dans cette p\u00e9riode que se pose une question dont on ne devinait pas \u00e0 l\u2019\u00e9poque, l\u2019importance qu\u2019elle devait prendre ces derni\u00e8res ann\u00e9es : fallait-il soutenir la revendication de la cr\u00e9ation d\u2019un statut de cadre ? La Conf\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale des cadres liait cette demande \u00e0 la \u00ab notion \u00bb de cadres comme cat\u00e9gorie interm\u00e9diaire entre le patronat et les ouvriers, ce qui n\u2019\u00e9tait \u00e9videmment pas la conception de l\u2019Ugic. Parmi toutes les raisons de ne pas se ranger derri\u00e8re cette revendication, il y en avait une qui n\u2019\u00e9tait en rien th\u00e9orique ni sociologique : c\u2019\u00e9tait la position des syndicats Cgt des I &amp; C du secteur priv\u00e9 en faveur d\u2019une \u00ab grille unique de salaires du man\u0153uvre \u00e0 l\u2019ing\u00e9nieur \u00bb dans les conventions collectives. Cette position avait \u00e9t\u00e9 formul\u00e9e, d\u00e8s l\u2019apr\u00e8s-guerre, comme forme de lutte contre l\u2019\u00e9crasement de la hi\u00e9rarchie des salaires. Il n\u2019est pas un num\u00e9ro de \u00ab Travail et technique \u00bb qui ne le rappelle. Demander un statut de cadre revenait \u00e0 renoncer \u00e0 la grille unique. L\u2019affaire disparut des \u00e9crans radar. Mais l\u2019histoire n\u2019\u00e9tait pas finie !<br \/>\nD. <strong>La place des ICTAM dans la production<\/strong><br \/>\nLes mutations industrielles qui, d\u00e8s les ann\u00e9es 50, s\u2019accompagn\u00e8rent d\u2019une transformation de la composition du salariat (les fameuses trente glorieuses) donn\u00e8rent naissance \u00e0 un nouveau type de revendications. Il ne s\u2019agit plus de reconna\u00eetre seulement la sp\u00e9cificit\u00e9 du cas des ICTAM, mais aussi la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une diversification des r\u00e9ponses aux probl\u00e8mes revendicatifs en g\u00e9n\u00e9ral. Les \u00ab deux notions \u00bb, sp\u00e9cificit\u00e9 et diversification sont souvent confondues, aujourd\u2019hui encore. D\u00e8s le Congr\u00e8s conf\u00e9d\u00e9ral de 1992, on critique le \u00ab g\u00e9n\u00e9ralisme \u00bb Un salari\u00e9 n\u2019est pas seulement un exploit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral. Il a des revendications particuli\u00e8res, parfois individuelles mais le plus souvent communes \u00e0 une cat\u00e9gorie. Le n\u00e9cessit\u00e9 de la diversification s\u2019est \u00e9videmment pos\u00e9e aussi \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019organisation sp\u00e9cifique qu\u2019\u00e9tait l\u2019Ugict, les ing\u00e9nieurs d\u2019un c\u00f4t\u00e9, les techniciens de l\u2019autre, etc. Cette question commenc\u00e9 \u00e0 se poser dans les ann\u00e9es 70 en r\u00e9action aux tentatives patronales de remplacer la notion de qualification par celle de poste de travail. Voici comment Alain Obadia analyse le probl\u00e8me dans son rapport au 9\u00e8me congr\u00e8s de l\u2019Ugict en 1985. Il demande plus de diversit\u00e9 dans les r\u00e8gles sociales, tout en sauvegardant les garanties collectives et se f\u00e9licite du rejet, en 1984, d\u2019un projet patronal d\u2019accord sur la flexibilit\u00e9 :<br \/>\n\u00ab Mais, en m\u00eame temps, cela suppose de ne pas nous fragiliser nous-m\u00eames en tombant dans les pi\u00e8ges qui nous sont tendus et en pr\u00eatant le flanc \u00e0 ceux qui veulent nous faire passer pour les partisans de l&rsquo;uniformit\u00e9 face \u00e0 des patrons qui l\u00e8veraient tr\u00e8s haut le drapeau de l&rsquo;adaptation aux besoins. Non ! Nous devons montrer, et nous le pouvons, qu&rsquo;il y a des solutions possibles dans la plupart des cas dans l&rsquo;\u00e9tat actuel de la l\u00e9gislation pour s&rsquo;adapter \u00e0 la diversit\u00e9 des besoins et des salari\u00e9s. Parfois, ces solutions peuvent conduire \u00e0 des modifications de la r\u00e9glementation, mais le probl\u00e8me pos\u00e9 est le suivant : est-ce que ces modifications se traduisent par un progr\u00e8s social, par un plus pour les salari\u00e9s, ou, au contraire, par une r\u00e9gression ? Nous disons avec force, on peut aboutir \u00e0 une plus grande diversit\u00e9 dans les r\u00e8gles sociales tout en sauvegardant, voire en am\u00e9liorant le niveau des garanties collectives. Le vrai d\u00e9bat, c&rsquo;est celui-l\u00e0 et nous pouvons \u00eatre offensifs. A partir de l&rsquo;exp\u00e9rience de ces derniers mois, cela doit \u00eatre un des th\u00e8mes importants de notre discussion. \u00bb<br \/>\n[&#8230;]<br \/>\n\u00ab Par exemple, en ce qui concerne les probl\u00e8mes de la dur\u00e9e du travail, qui est une question d\u00e9licate que j&rsquo;aborde volontairement, il est clair que le patronat veut se servir des cadres pour aboutir \u00e0 sa conception de la flexibilit\u00e9 en la mati\u00e8re. Il nous faut repousser avec force cette tentative et bien tenir la ligne que nous avons d\u00e9finie globalement. En m\u00eame temps, pour les cadres eux-m\u00eames, nous devons bien avoir conscience que la dur\u00e9e hebdomadaire du travail est un concept totalement abstrait. C&rsquo;est dans cet esprit que nous avan\u00e7ons des revendications adapt\u00e9es. Tenant compte : a) des charges de travail, b) des modalit\u00e9s de r\u00e9cup\u00e9ration des d\u00e9passements d&rsquo;horaires moyens.<br \/>\n\u00ab Mais l&rsquo;inqui\u00e9tude des ing\u00e9nieurs, cadres et techniciens porte aussi sur des questions qui tournent autour de la nature du travail et d&rsquo;abord des probl\u00e8mes de la qualification. L\u00e0 encore, la politique de flexibilit\u00e9 tente de revenir sur toute notion d&rsquo;objectivit\u00e9 en la mati\u00e8re. L\u00e0 encore, nos propositions peuvent permettre de r\u00e9sister et d&rsquo;avancer vers une reconnaissance effective de la qualification dans les classifications. C&rsquo;est, d&rsquo;ailleurs, un probl\u00e8me tr\u00e8s sensible parmi nos cat\u00e9gories, notamment parmi les techniciens. Probl\u00e8me tr\u00e8s sensible parce qu&rsquo;il a sa traduction au niveau du pouvoir d&rsquo;achat mais aussi au niveau du contenu du travail et de l&rsquo;efficacit\u00e9 de l&rsquo;entreprise . \u00bb<\/p>\n<h2>II <strong>Le statut de l\u2019encadrement<\/strong><\/h2>\n<p>C\u2019est peu de dire que la notion de classe ouvri\u00e8re est en constante \u00e9volution depuis le contrat de louage jusqu\u2019\u00e0 la g\u00e9n\u00e9ralisation par \u00e9tapes, au cours des ann\u00e9es vingt, du code du travail o\u00f9 est d\u00e9fini le contrat de travail . Elle est aussi en constante diversification. La diversification, r\u00e9p\u00e9tons-le, ne doit pas \u00eatre confondue avec le probl\u00e8me de la sp\u00e9cificit\u00e9, ce que traduit avec force la revendication moderne d\u2019un \u00ab Statut de l\u2019encadrement \u00bb.<br \/>\nUne nouvelle \u00e9tape :<br \/>\nTraditionnellement, on est \u00ab cadre \u00bb soit parce qu\u2019on a un dipl\u00f4me d\u00e9livr\u00e9 par une \u00e9cole d\u2019ing\u00e9nieur et reconnu par la Commission du titre d\u2019ing\u00e9nieur, soit parce que l\u2019employeur accorde cette classification \u00e0 l\u2019int\u00e9ress\u00e9, soit du fait qu\u2019on cotise \u00e0 l\u2019Agirc. Ces crit\u00e8res sont li\u00e9s les uns aux autres. Dans la fonction publique on est cadre A par recrutement sur concours externe ou interne, ou par d\u00e9veloppement de carri\u00e8re. Les fonctions occup\u00e9es dans l\u2019entreprise ou le service public par ces cadres incluent le plus souvent une fonction de commandement impliquant la responsabilit\u00e9 de r\u00e9aliser les objectifs de l\u2019employeur..<br \/>\nToute confusion entre le cadre et l\u2019ouvrier est impossible dans ces conditions, quel que soit le regard port\u00e9 sur cette relation par le sociologue, l\u2019historien ou le syndicaliste. Mais, nous l\u2019avons dit, une \u00e9volution rapide est en cours d\u00e8s les ann\u00e9es 50\u2026 et se poursuit \u00e0 l\u2019heure actuelle. Le niveau technico-scientifique de l\u2019ing\u00e9nieur implique moins qu\u2019auparavant l\u2019exercice d\u2019un commandement. On voit appara\u00eetre, venue du monde anglo-saxon, la distinction manager\/sp\u00e9cialiste.<br \/>\nEn France, l\u2019accord du 25 avril 1983 prend acte de cette \u00e9volution en constatant que : \u00ab La complexit\u00e9 de l\u2019appareil de production, le d\u00e9veloppement \u00e9conomique, l\u2019introduction de nouvelles techniques et l\u2019\u00e9volution sociale ont entrain\u00e9 une croissance rapide de l\u2019importance du personnel d\u2019encadrement et une extension du domaine de son action et des responsabilit\u00e9s qu\u2019il doit assumer. Celles-ci justifient que soient adopt\u00e9es voire am\u00e9nag\u00e9es des dispositions conventionnelles r\u00e9pondant aux probl\u00e8mes de ce personnel. \u00bb La question d\u2019un statut de l\u2019encadrement, mise de c\u00f4t\u00e9 pour un temps par l\u2019UGIC, revient \u00e0 l\u2019ordre du jour.<br \/>\nLe changement n\u2019a pas lieu du seul c\u00f4t\u00e9 du monde salarial. La mondialisation \u00e0 bride abattue, depuis le passage de Margaret Thatcher et Ronald Reagan \u00e0 la t\u00eate de leurs pays respectifs, aboutit \u00e0 ce qu\u2019on conna\u00eet aujourd\u2019hui : une concentration inou\u00efe du capital financier. Les termes de la contradiction force-productive \/ rapports de production changent eux aussi, au point que le directeur d\u2019une PME est autant cadre que patron au sens traditionnel, m\u00eame s\u2019il est v\u00e9cu comme tel par au moins une partie des salari\u00e9s. Ce n\u2019est pas lui le propri\u00e9taire des moyens de production. Mais il n\u2019occupe ce poste qu\u2019\u00e0 la condition de satisfaire aux exigences des vrais propri\u00e9taires\u2026 ceux qui financent.<br \/>\nLes fonctions d\u2019encadrement s\u2019en trouvent boulevers\u00e9es : d\u2019un c\u00f4t\u00e9 apparaissent ceux que Marie-Anne Dujarier appelle les planeurs, mandat\u00e9s pour am\u00e9liorer les performances des entreprises et des services publics au moyen de plans \u00e9labor\u00e9s dans l\u2019ignorance \u2013 parfois m\u00eame dans une indiff\u00e9rence assum\u00e9e \u2013 par rapport \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du travail de terrain ; de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, les cadres de toutes sp\u00e9cialit\u00e9s dont la fonction est de r\u00e9aliser\u2026 mais r\u00e9aliser quoi ? Les objectifs abstraits de plans \u00e9labor\u00e9s sans qu\u2019ils aient \u00e9t\u00e9 consult\u00e9s et parfois sans rapport avec la r\u00e9alit\u00e9, celle qu\u2019ils vivent .<br \/>\nDes revendications nouvelles accompagnent ce changement de situation. L\u2019Ugict les rassemble dans une \u00ab Charte pour l\u2019encadrement \u00bb publi\u00e9e en 2009 dont voici la pr\u00e9sentation :<br \/>\n\u00ab Etre cadre aujourd\u2019hui, consiste de plus en plus, \u00e0 \u00eatre le porteur et le garant de l\u2019id\u00e9ologie patronale, \u00e0 jouer le r\u00f4le que les directions d\u2019entreprises tentent de nous imposer, \u00e0 nous sentir responsable et sans condition, de la mise en \u0153uvre de directives impos\u00e9es. Nous sommes suppos\u00e9s laisser au vestiaire nos convictions profondes, notre libert\u00e9 de pens\u00e9e et d\u2019opinion, nos droits citoyens les plus fondamentaux.<br \/>\n\u00ab Au fur et \u00e0 mesure que les conditions sont cr\u00e9\u00e9es pour pr\u00e9cariser la situation des cadres, l\u2019exigence d\u2019adh\u00e9sion \u00e0 la politique de l\u2019entreprise est plus forte. De m\u00eame que le patronat pousse pour que le contrat de travail passe d\u2019une mise \u00e0 disposition de moyens pendant un temps donn\u00e9, \u00e0 une obligation de r\u00e9sultats quasi-permanente, le glissement s\u2019op\u00e8re : nous devrions non seulement engager notre savoir-faire au service de l\u2019entreprise mais \u00e9galement \u00ab un savoir-\u00eatre \u00bb pr\u00e9d\u00e9fini par une charte \u00ab \u00e9thique \u00bb ou un \u00ab code de bonne conduite \u00bb.<br \/>\nQuelle est cette \u00ab \u00e9thique \u00bb qui vise \u00e0 priver l\u2019individu de son libre arbitre pour le transformer en ex\u00e9cutant sans aucun droit statutaire ?<br \/>\nNous nous reconnaissons comme des salari\u00e9s, au m\u00eame titre que les autres. Mais nos fonctions, nos niveaux de responsabilit\u00e9s, notre technicit\u00e9 et notre r\u00f4le dans l\u2019organisation du travail nous conf\u00e8rent une sp\u00e9cificit\u00e9.<br \/>\nLa CGT des Cadres et des Techniciens propose un statut de l\u2019encadrement assurant \u00e0 chacun des droits et libert\u00e9s garantis collectivement et le plein exercice de ses responsabilit\u00e9 \u00bb<br \/>\nLa charte d\u00e9cline ensuite les grands axes revendicatifs: 1) Salaires et carri\u00e8res, 2) Sant\u00e9 au travail, 3) Formation, 4) Rythme de travail, 5) Objectifs et \u00e9valuation, 6) N\u00e9gocier les objectifs et les moyens de la responsabilit\u00e9, 7) Responsabilit\u00e9 sociale des cadres, ce qui implique de promouvoir l\u2019\u00e9thique professionnelle et le sens du travail<br \/>\nAnn\u00e9es 2015-2017 : la m\u00e9t\u00e9orologie socio-politique nous am\u00e8ne la disparition de l\u2019Agirc, la r\u00e9f\u00e9rence la plus solide \u00e0 la qualit\u00e9 de cadre et aux garanties qui \u2018y attachent. L\u2019Ugict n\u2019est pas prise au d\u00e9pourvu.<br \/>\nLe Wall Street management<br \/>\nMarie-Jo Kotlicki et Jean-Fran\u00e7ois Bolzinger, dirigeants de l\u2019Ugict, placent l\u2019action syndicale sur une position constructive. Ils publient successivement \u00ab Pour en finir avec le Wall Street management \u00bb en 2009 puis \u00ab Laissez-nous bien travailler : manager sans Wall Street \u00bb en 2012 \u00bb.<br \/>\n\u00ab Que faire, disent-ils en pr\u00e9sentant ces deux ouvrages, face aux d\u00e9g\u00e2ts humains et aux g\u00e2chis \u00e9conomiques d&rsquo;un \u00ab Wall Street management \u00bb qui s&rsquo;apparente de plus en plus \u00e0 une injonction de rendement ? Comment replacer les salari\u00e9s au c\u0153ur de l&rsquo;entreprise, qu&rsquo;elle soit publique ou priv\u00e9e ? Comment redonner place \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9, \u00e0 l&rsquo;innovation et \u00e0 une efficacit\u00e9 qui soit aussi sociale et environnementale ? Un autre management est-il possible ?<br \/>\n\u00ab [&#8230;] Tout en analysant les syst\u00e8mes qui ont engendr\u00e9 la crise \u00e9conomique et financi\u00e8re, Marie-Jos\u00e9 Kotlicki et Jean-Fran\u00e7ois Bolzinger proposent des rep\u00e8res pour un management alternatif. Un management qui conjugue les aspirations des salari\u00e9s et le travail d&rsquo;\u00e9quipe, et remet en cause les dogmes actuels : l&rsquo;\u00e9conomique aux actionnaires, le social aux DRH et aux syndicats. [&#8230;] \u00c0 chaque crise financi\u00e8re, c&rsquo;est la m\u00eame recette : pour s&rsquo;en sortir, les cotisations sociales des entreprises devraient \u00eatre toujours plus l\u00e9g\u00e8res, les salari\u00e9s toujours plus flexibles pour atteindre des objectifs de rendement toujours plus hauts. Qui croit encore aux vertus de ce cat\u00e9chisme de l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 qui fait perdre de vue le sens m\u00eame du travail et d\u00e9truit la notion de service public ?<br \/>\n\u00ab [&#8230;] Rendre les organisations flexibles pour que chaque salari\u00e9 d\u00e9veloppe ses capacit\u00e9s, donner le droit \u00e0 tous de participer \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration de la strat\u00e9gie des entreprises, imaginer un dialogue social* qui porte aussi sur les choix \u00e9conomiques, se donner le temps de bien travailler, etc., autant de leviers pour inventer une nouvelle comp\u00e9titivit\u00e9 qui r\u00e9concilie l&rsquo;humain et le bien commun avec l&rsquo;industrie, le social et l&rsquo;\u00e9cologie. \u00bb<br \/>\nStatut de l\u2019encadrement<br \/>\nL\u2019Ugict passe de la parole aux actes et publie un Statut de l\u2019encadrement qui marque l\u2019\u00e9tat actuel de la notion d\u2019Ictam en tant que cat\u00e9gorie dans ses relations avec le monde du travail. Le site de Web de l\u2019Ugict nous en donne la philosophie :<br \/>\n\u00ab En octobre 2015, CFDT, CFE-CGC et CFTC signent un accord sur les retraites compl\u00e9mentaires AGIRC-ARRCO avec le patronat. La CGT comme FO ne l\u2019ont pas sign\u00e9 et d\u00e9noncent d\u2019une part la restriction des droits \u00e0 retraite et, d\u2019autre part, la disparition de l\u2019AGIRC, l\u2019un des piliers du statut de l\u2019encadrement\uf02a et son remplacement par un nouveau r\u00e9gime qui \u00e9quilibrera ses comptes en baissant les prestations<br \/>\n\u00ab L\u2019accord AGIRC-ARRCO pr\u00e9voit une n\u00e9gociation sur la \u00ab notion d\u2019encadrement \u00bb avant la fin 2016. Pour l\u2019Ugict, cette n\u00e9gociation est d\u00e9terminante et doit aller bien plus loin que la simple \u00ab notion d\u2019encadrement \u00bb. L\u2019enjeu est de reconstruire un statut de l\u2019encadrement assurant une reconnaissance de la qualification et des droits pour nous permettre d\u2019exercer notre expertise et notre professionnalisme.<br \/>\n\u00ab Le statut de l\u2019encadrement doit \u00eatre d\u00e9fini au niveau de l\u2019ensemble des branches professionnelles. Pas question que ce soit le patronat, qui, dans l\u2019entreprise ou la branche, puisse d\u00e9cider unilat\u00e9ralement qui rel\u00e8ve ou non de l\u2019encadrement.<br \/>\n\u00ab Le p\u00e9rim\u00e8tre du statut de l\u2019encadrement doit \u00eatre d\u00e9fini \u00e0 partir du contenu du travail, des fonctions exerc\u00e9es, du niveau de qualification et de responsabilit\u00e9. Il doit couvrir la diversit\u00e9 de l\u2019encadrement, et ne peut donc se limiter aux seuls encadrants. L\u2019Ugict-CGT se battra pour que le p\u00e9rim\u00e8tre soit au moins \u00e9quivalent \u00e0 celui des actuels affili\u00e9s \u00e0 l\u2019AGIRC et \u00e0 ceux qui votent dans le coll\u00e8ge cadre.<br \/>\n\u00ab Il s\u2019agit d\u2019arrimer les missions des ICTAM \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, gagner la reconnaissance et le paiement de nos qualifications, relancer l\u2019ascenseur social avec de vrais d\u00e9roul\u00e9s de carri\u00e8re, construire le \u00ab professionnellement engag\u00e9s et socialement responsables \u00bb.<br \/>\n\u00ab [&#8230;]<br \/>\n\u00ab L\u2019Ugict-CGT propose la mise en place d\u2019un droit d\u2019alerte, de refus et d\u2019alternative (dans lequel s\u2019int\u00e8grerait un statut pour les lanceurs d\u2019alerte), pour garantir l\u2019exercice du professionnalisme contre le Wall Street management. \u00bb<br \/>\nL\u2019Ugict, de longue date \u00e9trang\u00e8re aux postures purement d\u00e9fensives, ne se contente plus de proposer, avec la d\u00e9finition d\u2019un statut de l\u2019encadrement, une perspective d\u2019action constructive. Elle s\u2019int\u00e9resse non plus seulement aux acteurs, mais d\u00e9sormais au terrain lui-m\u00eame de l\u2019affrontement de classe. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, on a vu s\u2019opposer la notion de dialogue social \u00e0 celle de lutte de classe. Eh bien chiche ! Le dialogue, on est pour. Toute la Cgt est pour ! Encore faut-il savoir \u00e0 quoi il sert, ce qu\u2019il vaut. L\u2019Ugict rel\u00e8ve le d\u00e9fi.<br \/>\nL\u2019entreprise alternative (LEA)<br \/>\nL\u2019Ugict pr\u00e9cise ses vues en cr\u00e9ant l\u2019Institut L\u2019entreprise alternative (LEA) qui \u00e9labore et publie, en coop\u00e9ration avec l\u2019Institut international de l\u2019audit social (IAS) un document de 38 pages intitul\u00e9 \u00ab Le dialogue social dans les entreprises et les organisations \u00bb. Ce document se veut un outil d\u2019\u00e9valuation de la qualit\u00e9 du dialogue social :<br \/>\n\u00ab L\u2019institut LEA a pour ambition de r\u00e9unir des salari\u00e9s, des syndicalistes, des employeurs, des responsables des RH, des \u00e9conomistes, des chercheurs et des universitaires qui souhaitent croiser leurs approches, leurs r\u00e9flexion et leurs exp\u00e9riences sur le concept d\u2019entreprise alternative.<br \/>\n\u00ab Avec leurs exp\u00e9riences, et leurs expertises, ils font la d\u00e9monstration qu\u2019une entreprise se porte mieux \u00e9conomiquement et socialement si elle priorise la hi\u00e9rarchie des comp\u00e9tences \u00e0 la hi\u00e9rarchie du pouvoir dans son organisation et ses modes de gestions.<br \/>\nIl s\u2019agit de repenser l\u2019intervention des salari\u00e9s dans l\u2019entreprise. La recherche d\u2019alternative au Wall Street Management, pivot d\u2019une gestion au service de la finance, pousse \u00e0 encourager une conception d\u2019entreprise o\u00f9 les droits d\u2019intervention des salari\u00e9s, des populations et des diff\u00e9rents acteurs sont repens\u00e9s. Utiliser de fa\u00e7on progressiste les potentialit\u00e9s et notamment la transversalit\u00e9 nouvelle permise par le num\u00e9rique est \u00e9galement un enjeu de taille. \u00bb<br \/>\nLe guide propose un \u00ab r\u00e9f\u00e9rentiel de facteurs comprenant 69 facteurs allant de \u00ab l\u2019int\u00e9gration de la dimension RH dans a strat\u00e9gie de l\u2019entreprise \u00bb au \u00ab r\u00f4le constructif des repr\u00e9sentants du personnel \u00bb en passant par la \u00ab qualit\u00e9 des relations entre la hi\u00e9rarchie de proximit\u00e9 et les repr\u00e9sentants du personnel \u00bb Ces facteurs sont group\u00e9s en sept familles : Place de la dimension soci\u00e9tale dans la strat\u00e9gie de l\u2019entreprise ; Place et dimension des RH dans la politique de l\u2019entreprise ; Qualit\u00e9 de fonctionnement des instances de repr\u00e9sentation du personnel ; Reconnaissance du r\u00f4le des IRP et possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9volution professionnelle de leurs repr\u00e9sentants ; Information et expression du personnel sur la vie de l\u2019entreprise et sur les enjeux strat\u00e9giques ; Implication de l\u2019encadrement dans le dialogue social ; Culture d\u2019entreprise et qualit\u00e9 de mise en \u0153uvre de ses principes \u2018exemplarit\u00e9, respect et civilit\u00e9).<br \/>\nOn nous offre l\u00e0 plus qu\u2019une esquisse des d\u00e9terminations futures de la notion de \u00ab rapport de production \u00bb. Nous sommes d\u00e9sormais dans l\u2019actualit\u00e9, pour ne pas dire dans l\u2019anticipation. Il n\u2019y a aucune raison de consid\u00e9rer que ce soit l\u00e0 une d\u00e9marche r\u00e9serv\u00e9e aux \u00ab ing\u00e9nieurs, cadres, techniciens, agents de ma\u00eetrises et professions assimil\u00e9es \u00bb. De nombreux facteurs sont en cause.<br \/>\nRien n\u2019est \u00e9crit d\u2019avance<br \/>\nArriv\u00e9s au terme de ce parcours historique, toute conclusion d\u00e9finitive serait hasardeuse. \u00ab Rien n\u2019est \u00e9crit d\u2019avance \u00bb proclamera le logo du prochain congr\u00e8s de l\u2019Ugict (Perpignan, mars 2018). Il n\u2019est pas \u00e9crit d\u2019avance que les I &amp; C \u00e9chapperont \u00e0 la prol\u00e9tarisation ou, au contraire se confondront avec le monde ouvrier. Il est beaucoup plus probable que le monde ouvrier, en pleine diversification n\u2019acceptera pas \u00e9ternellement la situation de pr\u00e9carisation qui pr\u00e9vaut dans la tendance actuelle. Les changements en profondeurs seront ceux qui r\u00e9sulteront d\u2019une aspiration si \u00e9crasante dans l\u2019opinion (dans et hors du lieu de travail) que l\u2019affrontement \u00ab de classe \u00bb sera peut-\u00eatre per\u00e7u par beaucoup comme la victoire du bon sens. Alors, les notions de classe sociales conna\u00eetront un nouveau sort. Surtout dans un pays comme la France o\u00f9 la Raison ne baisse jamais la garde.<br \/>\n\uf068\uf067<br \/>\n&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p>\u00ab Histoire g\u00e9n\u00e9rale des techniques, tome 1 \u00bb, sous la direction de Maurice Daumas, PUF 1962<br \/>\n\u00ab Dictionnaire historique de la langue fran\u00e7aise \u00bb sous la direction d\u2019Alain Rey, Les dictionnaires Robert 1993.<br \/>\nCr\u00e9\u00e9e en 1780 \u00e0 Liancourt dans l\u2019Oise par la volont\u00e9 du duc Fran\u00e7ois de La Rochefoucauld-Liancourt pour \u00e9duquer les pupilles de son r\u00e9giment de cavalerie, avec le concours de Monge, Berthollet, Chaptal et Laplace. Des r\u00e9f\u00e9rences solides !<br \/>\nG\u00e9n\u00e9alogie de la famille Mieg (biblioth\u00e8que priv\u00e9e)<br \/>\nBarth\u00e9l\u00e9my Thimonnier est n\u00e9 \u00e0 L&rsquo;Abresle, dans le Rh\u00f4ne, le 19 ao\u00fbt 1793. Fils d&rsquo;un fabricant de cotonnade, il est l&rsquo;a\u00een\u00e9 de sept enfants. Il entre au s\u00e9minaire Saint-Jean \u00e0 Lyon avant de travailler comme tailleur \u00e0 Panissi\u00e8res. En 1823, il d\u00e9m\u00e9nage au lieu-dit Les Forges, pr\u00e8s de Saint-\u00c9tienne.<br \/>\nL&rsquo;id\u00e9e de construire un m\u00e9tier \u00e0 coudre lui vient progressivement, alors qu&rsquo;il passe son temps \u00e0 manier l&rsquo;aiguille. En 1829, il d\u00e9cide de s&rsquo;atteler \u00e0 la fabrication d&rsquo;une telle machine, qu&rsquo;il nomme \u00ab couseuse \u00e0 fil continu \u00bb. Il demande \u00e0 Auguste Ferrand, ing\u00e9nieur des mines, de dessiner les plans de la machine et de faire la demande de d\u00e9p\u00f4t de brevet. Celui-ci est d\u00e9livr\u00e9 le 17 juillet 1830. La m\u00eame ann\u00e9e, Thimonnier ouvre un atelier de confection \u00e0 Paris, \u00e9quip\u00e9 de 80 de ses machines, afin de produire des uniformes militaires. Mais il s&rsquo;attire l&rsquo;hostilit\u00e9 des ouvriers tailleurs qui consid\u00e8rent que cette invention, plus performante, leur vole leur travail. En 1831, une troupe d&rsquo;ouvriers saccage son atelier.<br \/>\nRuin\u00e9, Barth\u00e9l\u00e9my Thimonnier s&rsquo;installe \u00e0 Amplepuis pour reprendre son activit\u00e9 de tailleur. Parall\u00e8lement, il apporte des am\u00e9liorations \u00e0 sa machine et d\u00e9pose de nouveaux brevets. En 1847, il d\u00e9pose le brevet d&rsquo;un \u00ab cousobrodeur \u00bb. Il vend ses droits \u00e0 une firme anglaise l&rsquo;ann\u00e9e suivante. En 1855, il pr\u00e9sente une machine \u00e0 l&rsquo;Exposition universelle de Paris et obtient une r\u00e9compense. Ses couseuses obtiennent en effet de bonnes critiques dans la presse, et leur efficacit\u00e9 est reconnue. Cependant, la profession se r\u00e9v\u00e8le m\u00e9fiante et il ne parvient pas \u00e0 les vendre. La situation financi\u00e8re de Thimonnier est probl\u00e9matique, il doit reprendre une nouvelle fois son m\u00e9tier de tailleur. Il vit dans la pauvret\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort, le 5 juillet 1857, n&rsquo;ayant pu profiter de son invention. Barth\u00e9l\u00e9my a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 proposer une machine \u00e0 coudre vraiment efficace. Cet appareil a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9 tout au long du XIXe si\u00e8cle pour devenir incontournable dans la production industrielle de textile. (Selon Wikipedia)<br \/>\nD\u2019abord publi\u00e9 sous le titre \u00c8ve et David, c&rsquo;est la troisi\u00e8me partie du roman. David, au bout de nombreuses exp\u00e9riences, est parvenu \u00e0 mettre au point un nouveau proc\u00e9d\u00e9 de fabrication du papier sur lequel il travaillait depuis longtemps ; mais ses concurrents, les fr\u00e8res Cointet, r\u00e9ussissent \u00e0 s&#8217;emparer du proc\u00e9d\u00e9 avec la complicit\u00e9 d\u2019un de ses employ\u00e9s. Par des man\u0153uvres frauduleuses, ils r\u00e9ussissent \u00e0 le mettre en faillite gr\u00e2ce \u00e0 un effet financier que Lucien avait tir\u00e9 sur le compte de David en imitant sa signature alors qu&rsquo;il avait besoin d&rsquo;argent \u00e0 Paris. Incapable de payer cette dette, dont le montant a \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9 par les frais d&rsquo;avocat, David est mis en prison. Lorsqu\u2019il apprend cette nouvelle lors de son retour dans sa famille, Lucien est accabl\u00e9 de remords devant cette ruine dont il est en grande partie responsable. Ne voyant pas d&rsquo;avenir devant lui, il d\u00e9cide de se suicider. Alors qu\u2019il cherchait un endroit convenable pour se noyer, un myst\u00e9rieux abb\u00e9 espagnol qui passait par l\u00e0, Carlos Herrera, le convainc de renoncer \u00e0 ce projet en lui offrant argent, vie de luxe et possibilit\u00e9 de vengeance, \u00e0 condition qu\u2019il lui ob\u00e9isse aveugl\u00e9ment. Lucien accepte ce pacte. Il envoie alors \u00e0 David la somme n\u00e9cessaire pour sortir de prison et part pour Paris avec l\u2019\u00e9trange pr\u00eatre. David parvient alors \u00e0 un accord avec les Cointet, qui exploitent son invention. David et \u00c8ve, qui ont h\u00e9rit\u00e9 une petite fortune du vieux S\u00e9chard, se retirent \u00e0 la campagne, dans le petit village de Marsac, pour y vivre simplement, mais ais\u00e9ment.<br \/>\nComme souvent dans les romans de Balzac, le sujet a \u00e9t\u00e9 emprunt\u00e9 \u00e0 un fait r\u00e9el, l\u2019auteur ayant pris pour mod\u00e8le un certain Bully, parfumeur de son \u00e9tat, qui inventa une lotion de toilette vinaigr\u00e9e \u00e0 laquelle il donna son nom. L\u2019officine de Bully fut mise \u00e0 sac lors du soul\u00e8vement populaire de 1830 et l\u2019homme fut ruin\u00e9. Il passa de longues ann\u00e9es \u00e0 rembourser ses cr\u00e9anciers et mourut dans le plus grand d\u00e9nuement \u00e0 l\u2019h\u00f4pital.<br \/>\nBalzac y a rajout\u00e9 une affaire de sp\u00e9culation, transformant l\u2019histoire en un v\u00e9ritable roman d\u2019aventures, dans lequel C\u00e9sar Birotteau est le type m\u00eame du petit bourgeois des ann\u00e9es 1830, pur produit d&rsquo;une classe sociale avide de reconnaissance, d\u2019honneurs, dont l\u2019ambition est d\u2019acc\u00e9der aux plus hautes sph\u00e8res du monde parisien.<br \/>\nToujours prompt \u00e0 souligner la cruaut\u00e9 du monde, l\u2019auteur se pla\u00eet tout de m\u00eame \u00e0 donner une vision \u00e9mouvante de ce personnage na\u00eff (dont la fin sera moins dure que celle du mod\u00e8le de d\u00e9part). Et surtout il met en relief les qualit\u00e9s de courage et de pers\u00e9v\u00e9rance \u00e0 travers le g\u00e9n\u00e9reux Popinot, employ\u00e9 de C\u00e9sar Birotteau et son futur gendre. (Wikipedia)<br \/>\nUn Fran\u00e7ais, le docteur Fran\u00e7ois Sarrasin, et un Allemand, le professeur Schultze, sont tous deux h\u00e9ritiers d&rsquo;une fortune de 500 millions de francs d&rsquo;une richissime B\u00e9gum. Avec sa part, Sarrasin construit en Am\u00e9rique une ville id\u00e9ale, bas\u00e9e sur les plus r\u00e9centes techniques d&rsquo;urbanisme et d&rsquo;hygi\u00e8ne (techniques strictes aux allures utopiques) : France-Ville. Schultze, lui, choisit de construire Stahlstadt \u2014 la Cit\u00e9 de l&rsquo;Acier, une gigantesque usine sid\u00e9rurgique.<br \/>\nMarcel, le courageux fianc\u00e9 de la fille de Sarrasin, part espionner la Cit\u00e9 de l&rsquo;Acier en tant que simple ouvrier de nationalit\u00e9 suisse, mais ses talents le feront gravir l&rsquo;\u00e9chelle sociale de l&rsquo;usine, jusqu&rsquo;\u00e0 devenir le dessinateur adjoint de Schultze, qui finit par lui pr\u00e9senter son projet secret de d\u00e9truire France-Ville avec le gigantesque canon qu&rsquo;il a con\u00e7u.<br \/>\nUn ing\u00e9nieur, est charg\u00e9, par une soci\u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0fran\u00e7aise de la mer Saharienne\u00a0\u00bb, de relancer le projet de l&rsquo;irrigation du Sahara.<br \/>\nClaude Didry \u00ab L\u2019institution du travail \u00bb La Dispute 2016<br \/>\nIbid. p. 23<br \/>\nIbid p. 24<br \/>\nIbid, p. 25 Les mots en italiques le sont par moi, A.J.<br \/>\nIbid. p. 45<br \/>\nIbid. p. 47<br \/>\nUnion syndicale des techniciens<br \/>\nUnion syndicale des techniciens et employ\u00e9s de l\u2019industrie<br \/>\n\u00ab La CGT et les Cadres, 1936-1992 \u00bb, p. 12, par Marc Descostes, Georges Pruvost et Guy Scat \u00bb (Collection \u00c9tudes et Documents \u00e9conomiques, Centre conf\u00e9d\u00e9ral d\u2019\u00e9tudes \u00e9conomiques et sociales de la CGT)<br \/>\nConf\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale du travail unitaire (1920-1936)<br \/>\n\u00ab L\u2019impensable syndicalisme \u00bb, p. 51, G\u00e9rard Salkowsky (IHS-Ugict)<br \/>\nG\u00e9rard Salkowsky, \u00ab l\u2019impensable syndicalisme \u00bb pp. 70 &amp; 71<br \/>\nUnion nationale des Ing\u00e9nieurs et techniciens<br \/>\nArchives conf\u00e9d\u00e9rales. Congr\u00e8s de la P\u00e9riode 1946-1951. Brochure \u00ab Le rapport conf\u00e9d\u00e9ral \u00bb p.11<br \/>\nArchives conf\u00e9d\u00e9rales. Congr\u00e8s de la P\u00e9riode 1946-1951. Brochure \u00ab Les rapport conf\u00e9d\u00e9raux \u00bbp.87<br \/>\nIbid. p.27<br \/>\nIbid. p.131<br \/>\nIbid. p.132<br \/>\nIbid. p.135<br \/>\nIbid. p.138<br \/>\nIbid. p.124<br \/>\nIbid. p 128<br \/>\nIbid.<br \/>\nVoir en annexe I le texte de l\u2019\u00ab Annexe sp\u00e9ciale au rapport d\u2019activit\u00e9 intitul\u00e9e \u2018Le Mouvement des Ing\u00e9nieurs et Cadres\u2019 \u00bb<br \/>\n\u00ab Il faut donc une analyse critique, et, en \u00e9tudiant les travaux des uns et des autres, on voit tr\u00e8s clairement ceux qui ont s\u00e9rieusement envisag\u00e9 toutes les possibilit\u00e9s, ou ceux qui avancent par wishful thinking : l&rsquo;ennemi jur\u00e9 de la recherche scientifique ! Or il faut avoir une imagination cr\u00e9atrice, un enthousiasme fou, mais en m\u00eame temps se d\u00e9fier de croire que, parce qu&rsquo;on a trouv\u00e9 ce qu&rsquo;on souhaitait d\u00e9couvrir, on a automatiquement raison. C&rsquo;est justement l\u00e0 que r\u00e9side le danger : avoir une ligne de recherche trop fixe. Au fond, il ne faudrait pas avoir de but, parce qu&rsquo;ainsi vous pouvez tout aussi bien r\u00e9ussir en d\u00e9couvrant quelque chose d&rsquo;in\u00e9dit. \u00bb (Emile Baulieu \u2013 celui de la pilule)<br \/>\nSp\u00e9cial-Options n\u00b0 13 pp. 17 &amp; 18<br \/>\nClaude Didry \u00ab L\u2019institution du travail \u00bb, p. 74<br \/>\nMarie-Anne Dujarier \u00ab le management d\u00e9sincarn\u00e9 \u00bb, \u00c9ditions La d\u00e9couverte ,2015<br \/>\nhttp:\/\/www.ugict.cgt.fr\/articles\/references\/charte-pour-lencadrement<br \/>\nLes \u00c9ditions de l\u2019Atelier \/ \u00c9ditions ouvri\u00e8res<br \/>\nCes trois paragraphes sont extraits condens\u00e9s des pr\u00e9sentations (les pitchs) consultables en quatri\u00e8me de couverture.<br \/>\nhttp:\/\/www.ugict.cgt.fr\/ugict\/tracts\/urgence-statut-encadrement<br \/>\nLe guide peut \u00eatre t\u00e9l\u00e9charg\u00e9 sur<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00catre ou ne pas \u00eatre prol\u00e9taire ? That is the question! Andr\u00e9 Jaegl\u00e9 Colloque \u00ab Le GNC 4 x vingt ans \u00bb 3 octobre 2017 ____ Le texte qui suit est la mise au net et le d\u00e9veloppement d\u2019une intervention orale faite au cours de la Table ronde inscrite au programme du colloque. 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