{"id":753,"date":"2018-03-11T08:33:07","date_gmt":"2018-03-11T07:33:07","guid":{"rendered":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/?p=753"},"modified":"2018-03-11T08:33:07","modified_gmt":"2018-03-11T07:33:07","slug":"mai-68-parole-de-femme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/2018\/03\/11\/mai-68-parole-de-femme\/","title":{"rendered":"Mai 68: Parole de femme"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #ff0000\"><strong>En 2018, nous f\u00eaterons les 50 ans de mai 68\u2026 Que reste-t-il de mai 68 ?<\/strong><\/span><br \/>\nQuel est notre ressenti de cette lutte, 50 ans apr\u00e8s ?<br \/>\nLors des \u00ab 40 ans de mai 68 \u00bb, j\u2019avais t\u00e9moign\u00e9 pour \u00ab Empreinte \u00bb et pour le document r\u00e9alis\u00e9 par le collectif d\u2019histoire sociale du Loiret qui avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 cette occasion : \u00ab Mai 68, d\u00e9but d\u2019une lutte prolong\u00e9e dans le Loiret \u00bb. En mai 1968, J\u2019allais avoir 22 ans, je travaillais depuis pr\u00e8s de 4 ans dans le Labo du Centre de Recherche des Tabacs et Allumettes de la SEITA \u00e0 Fleury les Aubrais pr\u00e8s d\u2019Orl\u00e9ans dans le Loiret, j\u2019\u00e9tais mari\u00e9e et j\u2019avais un enfant. Je concluais ma contribution pour \u00ab Empreinte \u00bb en 2008, en disant que \u00ab les acquis de mai 68 avait dur\u00e9 longtemps et que ce que j\u2019en ressentais, c\u2019est que la soci\u00e9t\u00e9 patriarcale avait \u00e9t\u00e9 bouscul\u00e9e, \u00e9branl\u00e9e \u00bb. Je le pense toujours. Si ce mouvement a mis longtemps \u00e0 murir et \u00e0 se concr\u00e9tiser, je crois qu\u2019il est en train d\u2019aboutir.<br \/>\nA l\u2019\u00e9poque le mot \u00ab soci\u00e9t\u00e9 patriarcale \u00bb n\u2019existait pas encore, ni dans la soci\u00e9t\u00e9, ni dans la CGT ! La lutte de lib\u00e9ration des femmes men\u00e9e par \u00ab les f\u00e9ministes \u00bb (contre cette soci\u00e9t\u00e9 patriarcale, qui ne disait pas encore son nom\u2026) \u00e9tait interpr\u00e9t\u00e9e par la CGT, comme la lutte contre les hommes. Les femmes subissent une double ali\u00e9nation : celle du capitalisme et celle du patriarcat qui transcende la lutte des classes mais dont le capitalisme se sert pour asservir doublement les femmes et les maintenir dans une situation d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 dans tous les domaines, principalement salaires et promotion, mais aussi domination masculine.<br \/>\nJe pense que cette incompr\u00e9hension dans la CGT, a frein\u00e9 le mouvement d\u2019\u00e9mancipation des femmes, qui au contraire aurait eu besoin d\u2019\u00eatre soutenu par la CGT. A-t-on vraiment eu, hier, comme aujourd\u2019hui, la volont\u00e9, dans toutes les structures de la CGT, de promouvoir aux responsabilit\u00e9s, les femmes \u00e0 \u00e9galit\u00e9 avec les hommes ? Qu\u2019est devenue la \u00ab Charte d\u2019\u00e9galit\u00e9 des hommes et des femmes dans la CGT \u00bb ? O\u00f9 a-t-elle \u00e9t\u00e9 discut\u00e9e ? Dans quelles structures ? Quelle mise en \u0153uvre ? Ce que la CGT n\u2019a pas fait les f\u00e9ministes l\u2019ont fait\u2026 La CGT a-t-elle vraiment mesur\u00e9 ce que ce mouvement de lutte contre la soci\u00e9t\u00e9 patriarcale avait de positif pour les femmes et pour les hommes ? Et pour la CGT ? Pour la CGT, seule la lutte des classes existait\/comptait durant toutes ces ann\u00e9es.<br \/>\n<strong>Cette parole des femmes<\/strong> qui se lib\u00e8re aujourd\u2019hui et qui d\u00e9nonce publiquement ce qu\u2019elles enfouissaient au plus profond d\u2019elles-m\u00eames avec honte, les violences sexuelles et le harc\u00e8lement sexuel, est de mon point de vue, dans le prolongement de ce mouvement. Maintenant qu\u2019il est lanc\u00e9, je pense (et j\u2019esp\u00e8re !) qu\u2019il ne s\u2019arr\u00eatera plus ! Les jeunes femmes \u00e9touffaient dans la soci\u00e9t\u00e9 en 1968. Elles avaient des revendications \u00e9conomiques et sociales, mais elles voulaient avant tout l\u2019\u00e9galit\u00e9 au travail, dans la vie et dans leur couple, disposer de leur corps. Elles voulaient aussi plus de libert\u00e9 dans la vie, secouer l\u2019ali\u00e9nation mill\u00e9naire qui les emp\u00eachait de vivre leur vie, de choisir leur vie et leur fa\u00e7on de vivre\u2026 Il a fallu tout ce temps pour que leur parole et leurs souffrances commencent \u00e0 devenir audibles aujourd\u2019hui !<br \/>\nEn 1968, ce qui a \u00e9t\u00e9 le moteur des luttes de la jeunesse, particuli\u00e8rement des jeunes femmes, c\u2019est <strong>le refus de la soumission<\/strong>. Pour en donner un exemple significatif de mon point de vue, c\u2019est la lutte des jeunes filles de l\u2019\u00e9cole normale d\u2019institutrices d\u2019Orl\u00e9ans. La directrice de l\u2019\u00e9cole normale imposait un r\u00e8glement extr\u00eamement strict, une surveillance tr\u00e8s dure, une discipline de fer pour ces jeunes \u00e9l\u00e8ves qui, pour beaucoup, venaient de la campagne et n\u2019\u00e9taient pas habitu\u00e9es \u00e0 vivre enferm\u00e9es (emprisonn\u00e9es !) et brim\u00e9es de cette fa\u00e7on. Elles n\u2019avaient pas non plus le droit d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la biblioth\u00e8que\u2026 Ce qui est tout de m\u00eame un comble pour de futures institutrices ! En mai\/juin 68 elles se sont mises en gr\u00e8ve et ont occup\u00e9 l\u2019\u00e9cole pour demander plus de libert\u00e9 et le d\u00e9part de la directrice. Ce qu\u2019elles ont obtenu. Cet \u00e9v\u00e8nement a d\u00e9fray\u00e9 la chronique orl\u00e9anaise et fait la Une des journaux de la r\u00e9gion.<br \/>\nDans le service o\u00f9 je travaillais, le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne s\u2019est produit. Nous \u00e9tions une majorit\u00e9 de jeunes femmes techniciennes et nous aussi nous avions notre \u00ab r\u00e8glement int\u00e9rieur \u00bb tr\u00e8s strict, m\u00eame s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas \u00e9crit ! Par exemple la chef de service nous interdisait de venir travailler en pantalon ! Chaque matin et chaque soir nous devions d\u00e9filer \u00e0 son bureau pour aller lui dire bonjour et bonsoir\u2026 Apr\u00e8s la gr\u00e8ve, nous nous sommes r\u00e9volt\u00e9es contre la chef de service. Nous refusions de travailler sous son joug et nous avons gagn\u00e9 notre libert\u00e9 pied \u00e0 pied, avec l\u2019implantation de la CGT dans le service !<br \/>\nDans de nombreuses entreprises nous avons ainsi gagn\u00e9 des libert\u00e9s, des acquis sociaux et l\u2019am\u00e9lioration des conditions de travail. Le travail impuls\u00e9 par \u00ab les Collectifs f\u00e9minins \u00bb y a beaucoup contribu\u00e9 et a cr\u00e9\u00e9 des solidarit\u00e9s interentreprises qui nous y ont aid\u00e9. Le droit \u00e0 la contraception et \u00e0 l\u2019avortement sont issus de ces luttes.<br \/>\nComme nous \u00e9tions beaucoup de jeunes femmes, dans mon service, nos revendications avaient trait pour beaucoup \u00e0 la maternit\u00e9 : r\u00e9duction des horaires de travail pour les femmes enceintes, absences r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es pour soigner les enfants malades, indemnit\u00e9s de garde d\u2019enfant, r\u00e9duction du temps de travail, etc\u2026 Ces revendications nous les d\u00e9fendions avec la CGT, mais nos camarades, dirigeants du syndicat allaient les d\u00e9fendre aupr\u00e8s de la direction, sans les militantes concern\u00e9es\u2026 Souvent je leur disais \u00ab qu\u2019ils n\u2019avaient pas la sant\u00e9 \u00bb, car ils \u00e9taient toujours pr\u00eats \u00e0 accepter des demi-mesures qui ne nous convenaient pas ! Un jour, \u00e0 force de m\u2019entendre le leur reprocher, les camarades m\u2019ont emmen\u00e9e avec eux \u00ab chez le patron \u00bb, comme on disait. Sans doute a-t-il \u00e9t\u00e9 surpris par ma virulence car \u00e0 un moment il s\u2019est lev\u00e9 et m\u2019a dit : \u00ab Prenez ma place \u00bb en me montrant son si\u00e8ge. Je me suis lev\u00e9e \u00e0 mon tour et je me suis dirig\u00e9e vers son si\u00e8ge\u2026 o\u00f9 il s\u2019est d\u00e9p\u00each\u00e9 de se rassoir !<br \/>\nCe que nous voulions, c\u2019\u00e9tait<strong> changer la soci\u00e9t\u00e9<\/strong>, supprimer les injustices, respirer, \u00eatre libres, \u00e9gales aux hommes\u2026 Pour quelle autre soci\u00e9t\u00e9 ? Pour ma part, \u00e0 cette \u00e9poque, c\u2019\u00e9tait assez flou\u2026 C\u2019est pendant la gr\u00e8ve que j\u2019ai adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 la CGT et que je suis progressivement devenue militante. Mon premier acte militant important a \u00e9t\u00e9 de participer \u00e0 la 4\u00e8me conf\u00e9rence de la Main d\u2019\u0153uvre f\u00e9minine en 1970. Cela a inspir\u00e9 mon militantisme pour le reste de ma vie. La m\u00eame ann\u00e9e j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9lue membre de la CE de l\u2019UD, au congr\u00e8s auquel participait Georges S\u00e9guy. J\u2019ai d\u00e9couvert ensuite avec la formation syndicale et les lectures CGT, comment fonctionnait la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste, et comment l\u2019exploitation \u00e9tait organis\u00e9e. Mais m\u00eame dans la CGT, les femmes n\u2019\u00e9taient pas \u00e9gales aux hommes, elles \u00e9taient aussi invisibles et inaudibles que dans la soci\u00e9t\u00e9\u2026 Ce que j\u2019ai toujours combattu pour faire entendre la voix des femmes et leurs revendications. Ce n\u2019est que bien plus tard que j\u2019ai d\u00e9couvert que la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas que capitaliste, qu\u2019elle \u00e9tait aussi patriarcale, mot tabou dans la CGT\u2026 Presqu\u2019encore aujourd\u2019hui !<br \/>\nEn lisant les \u00e9crits de l\u2019IHS, j\u2019ai d\u00e9couvert que dans la d\u00e9l\u00e9gation CGT qui est all\u00e9e n\u00e9gocier \u00e0 Grenelle, il n\u2019y avait pas de femme\u2026 Etonnant car elles n\u2019\u00e9taient pas les derni\u00e8res dans la lutte, mais sans doute invisibles ! Dans les actes du colloque \u00ab<strong> Autour de l\u2019histoire du magazine Antoinette<\/strong> \u00bb auquel j\u2019avais particip\u00e9, car je l\u2019avais diffus\u00e9 pendant des ann\u00e9es et j\u2019avais combattu sa disparition comme beaucoup de mes camarades militantes, je lis :<br \/>\n\u00ab \u2026 Pour qui sait observer la CGT, cette Conf\u00e9rence \u2013 la 5\u00e8me conf\u00e9rence sur la main d\u2019\u0153uvre f\u00e9minine, en 1973\u2014 est le signal d\u2019une modification des raisonnements et des comportements des militantes. Mais la direction conf\u00e9d\u00e9rale ne saura pas (ou ne voudra pas ?) y \u00eatre attentive \u00bb \u2026 (page 18) *<br \/>\n\u00ab \u2026 Comme si le f\u00e9minisme \u00e9tait un combat \u00e0 r\u00e9server pour des jours meilleurs \u00bb \u2026. \u00ab Et la surexploitation de la main d\u2019\u0153uvre f\u00e9minine est peu prise en compte. \u00bb (Page 19) *<br \/>\n\u00ab \u2026 En mai 1977, la 6\u00e8me conf\u00e9rence r\u00e9unit 835 participants dont 143 membres du CCN. La parole se lib\u00e8re, les id\u00e9es s\u2019entrechoquent. Quasiment tous les dirigeants de la CGT sont surpris d\u2019entendre tant de femmes d\u00e9fendre avec conviction et arguments leur point de vue qui d\u00e9passe le cadre habituel des travaux CGTistes. Elles veulent, sans attendre, l\u2019\u00e9galit\u00e9 au travail et dans la vie et elles le disent avec clart\u00e9.<br \/>\nCet engagement de haut niveau pour l\u2019\u00e9mancipation de 40% de la classe ouvri\u00e8re ne sera pas appr\u00e9ci\u00e9 \u00e0 sa juste valeur dans toutes les organisations conf\u00e9d\u00e9r\u00e9es, ni sans doute au Bureau Conf\u00e9d\u00e9ral \u00bb \u2026.<\/p>\n<p>\u00ab \u2026Certaines estiment que les probl\u00e8mes pos\u00e9s, de mani\u00e8re radicale \u00e0 la 6\u00e8me conf\u00e9rence, seront ensuite enterr\u00e9s. \u00bb \u2026 (Page 19) *<\/p>\n<p>Je pense que s\u2019il y a \u00ab un train que la CGT a loup\u00e9 \u00bb en 1968, ce n\u2019est pas celui de la lutte, mais c\u2019est bien, de mon point de vue, celui de la place des femmes dans la lutte et dans l\u2019organisation syndicale. Elles \u00e9taient invisibles malgr\u00e9 le fait d\u2019adh\u00e9rer en nombre \u00e0 la CGT ! Cette richesse que repr\u00e9sentait l\u2019engagement des femmes dans la CGT n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 per\u00e7ue. Et m\u00eame au contraire, encore aujourd\u2019hui, les femmes qui bousculent un peu trop les habitudes et le \u00ab train-train \u00bb masculins sont rejet\u00e9es, car elles d\u00e9rangent\u2026 pour ne pas dire plus !<br \/>\nDans \u00ab L\u2019audace de Christiane Gilles \u00bb, recueil qui reprend les interventions faites lors de l\u2019hommage \u00e0 Christiane Gilles, Philippe Martinez dit : \u00ab \u2026parce que <strong>l\u2019\u00e9volution progressiste d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 se mesure \u00e0 l\u2019aune de l\u2019\u00e9mancipation des femmes<\/strong> (il a tout \u00e0 fait raison !), cet engagement n\u2019est alors pas partag\u00e9 par toutes et tous au sein de la CGT \u00bb. Je lis aussi dans la NVO de d\u00e9cembre 2017, dans l\u2019enqu\u00eate sur les violences faites aux femmes : \u2026 \u00ab Pour autant les femmes ne repr\u00e9sentent encore que 30 % en moyenne des dirigeants et 37 % des syndiqu\u00e9s. La CGT n\u2019est pas machiste mais il y a trop de machos \u00e0 la CGT, r\u00e9sumait Philippe Martinez en septembre 2016\u2026 \u00bb Moi j\u2019ajoute : \u00ab ce sont eux qui dirigent la CGT \u00bb ! Dans le cahier d\u2019histoire sociale N\u00b0 143 de septembre 2017, page 4 dans l\u2019hommage rendu \u00e0 Louis Viannet, dans l\u2019encadr\u00e9 \u00ab Aller vers le monde du travail tel qu\u2019il est \u00bb, je lis \u2026 \u00ab Lucide, il affirmait que la CGT \u00ab pouvait se revendiquer f\u00e9ministe, mais qu\u2019elle avait encore beaucoup \u00e0 faire pour que ses pratiques quotidiennes soient \u00e0 la hauteur. \u00bb<\/p>\n<p><strong>Est-ce que cela a vraiment chang\u00e9 aujourd\u2019hui dans la CGT<\/strong> ? Est-ce que les id\u00e9es et la parole d\u2019une femme compte autant que celle d\u2019un homme ? Bien que dans la CGT, on chante avec jean Ferrat, \u00ab La femme est l\u2019avenir de l\u2019homme \u00bb, en est-on vraiment convaincu ? Est-il acceptable que pr\u00e8s de 50 ans apr\u00e8s \u00ab mai 68 \u00bb, des camarades dirigeants (hommes) me reprochent d\u2019avoir accept\u00e9 d\u2019\u00eatre membre du CA de l\u2019IHS, sans leur avoir demand\u00e9 leur avis ? Pour ces camardes les femmes sont encore des \u00eatres humains inf\u00e9rieurs, qui ont besoin qu\u2019on r\u00e9fl\u00e9chisse \u00e0 leur place et qu\u2019il est n\u00e9cessaire de \u00ab diriger \u00bb !<\/p>\n<p>Je pense que d\u2019avoir transform\u00e9 les \u00ab Collectifs f\u00e9minins \u00bb en collectifs \u00ab Femmes-mixit\u00e9 \u00bb, n\u2019a pas aid\u00e9 \u00e0 transformer \u00ab les pratiques quotidiennes pour qu\u2019elles soient \u00e0 la hauteur\u2026 \u00bb (selon les propos de Louis Viannet) car c\u2019\u00e9tait nier l\u2019existence de la soci\u00e9t\u00e9 patriarcale et continuer de mettre les femmes sous la tutelle des hommes, (afin qu\u2019elles puissent \u00eatre dirig\u00e9es ? \u2026) alors que les collectifs f\u00e9minins permettaient de s\u2019en lib\u00e9rer\u2026 C\u2019est ce qui \u00ab a surpris les dirigeants de la CGT \u00bb lors de la 6\u00e8me Conf\u00e9rence de la Main d\u2019\u0153uvre f\u00e9minine de 1977 et conduit \u00e0 ce que \u00ab les probl\u00e8mes pos\u00e9s, de mani\u00e8re radicale \u00e0 la 6\u00e8me conf\u00e9rence, seront ensuite enterr\u00e9s. \u00bb \u2026 (Probl\u00e8mes pos\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019existence des Collectifs f\u00e9minins qui permettaient de lib\u00e9rer la parole des femmes, d\u2019approfondir la r\u00e9flexion et de leur donner de l\u2019assurance pour intervenir&#8230;)<\/p>\n<p>Je dois tout de m\u00eame mettre un b\u00e9mol \u00e0 mon propos, car si je suis devenue militante, c\u2019est parce que dans mon UD du Loiret, il s\u2019est trouv\u00e9 des secr\u00e9taires g\u00e9n\u00e9raux, apr\u00e8s mai 68, qui avaient bien mesur\u00e9 la richesse que repr\u00e9sentait l\u2019adh\u00e9sion et l\u2019engagement de nombreuses femmes dans la CGT et ils leur ont donn\u00e9 toute leur place pendant des ann\u00e9es\u2026 Dans le Loiret, apr\u00e8s mai 68, les adh\u00e9sions de femmes \u00e0 la CGT \u00e9taient plus nombreuses que celles des hommes, ce qui voulait dire quelque chose : la CGT repr\u00e9sentait pour les femmes l\u2019outil pour se lib\u00e9rer des chaines de la soci\u00e9t\u00e9. L\u2019UD a aid\u00e9 \u00e0 la promotion de nombreuses femmes \u00e0 des postes de responsabilit\u00e9 dans l\u2019UD, les UL et les syndicats. Mais cela n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 accept\u00e9 par tous, ni le cas h\u00e9las, dans d\u2019autres structures de la CGT o\u00f9 j\u2019ai milit\u00e9\u2026 et que j\u2019ai quitt\u00e9es \u00e0 cause de leur non-respect \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes ! Ni m\u00eame dans mon syndicat\u2026 Mais ceci est une autre histoire que je raconterai peut-\u00eatre un jour !<\/p>\n<p><strong>50 ans apr\u00e8s, je suis toujours aussi d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 faire la R\u00e9volution<\/strong>, \u00e0 changer la soci\u00e9t\u00e9, pour une soci\u00e9t\u00e9 qui ne soit ni capitaliste, ni patriarcale et qui est \u00e0 inventer, ensemble, avec les hommes et avec les femmes. M\u00eame si j\u2019ai appris dans les \u00e9coles syndicales, que le capitalisme cr\u00e9e les contradictions et les forces qui conduiront \u00e0 sa disparition, j\u2019ai bien compris qu\u2019il a aussi la capacit\u00e9 \u00e0 se r\u00e9inventer en permanence pour poursuivre et renforcer l\u2019exploitation dans la crise. Mais je ne d\u00e9sesp\u00e8re pas que les forces qui veulent que la soci\u00e9t\u00e9 change et leur id\u00e9ologie, soient un jour dominantes. La R\u00e9volution n\u2019est pas \u00e9crite d\u2019avance\u2026 Et peut-\u00eatre que la CGT a enfin pris la mesure de ce qui est en train de changer ? Comme la place et le r\u00f4le des femmes dans la soci\u00e9t\u00e9 et ce que les femmes ne peuvent plus supporter : \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme des \u00eatres humains inf\u00e9rieurs, sous la coupe des hommes de tous les points de vue, \u00eatre culpabilis\u00e9es, inaudibles, invisibles, ressentir de la honte quand la honte ne devrait pas \u00eatre de leur c\u00f4t\u00e9\u2026<br \/>\nComme le disait Che Guevara, lui qui a fait la R\u00e9volution : \u00ab soyons r\u00e9alistes, exigeons l\u2019impossible ! \u00bb, c\u2019est bien cela le combat des femmes depuis 1968 et depuis plus de 50 ans !<br \/>\nAnnie Bruant Zornette, le 5 janvier 2018<\/p>\n<p>*colloque \u00ab Autour de l\u2019histoire du magazine Antoinette \u00bb, tenu le 1er f\u00e9vrier 2007 \u00e0 Montreuil dont les actes ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s en 2010<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En 2018, nous f\u00eaterons les 50 ans de mai 68\u2026 Que reste-t-il de mai 68 ? Quel est notre ressenti de cette lutte, 50 ans apr\u00e8s ? Lors des \u00ab 40 ans de mai 68 \u00bb, j\u2019avais t\u00e9moign\u00e9 pour \u00ab Empreinte \u00bb et pour le document r\u00e9alis\u00e9 par le collectif d\u2019histoire sociale du Loiret qui [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":349,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-753","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-blog"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/753","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/wp-json\/wp\/v2\/users\/349"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=753"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/753\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=753"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=753"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/syndicoop.fr\/empreintes\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=753"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}