Options  n°658

L’ « après » Quelles transitions ?

Contenus

Engager la construction de l’«après» suppose de se dégager des orientations qui ont fait le lit de la crise actuelle et des contraintes qu’elles continuent à faire peser sur les politiques publiques et les priorités du privé.
En témoigne l’explosion du télétravail, les gestions numérisées de la vie quotidienne et du travail...
Reste qu’un «après» se prépare.
Le plan de relance de la Commission européenne en atteste, par l’importance des fonds dégagés et, surtout, par leurs conditionnalités, hétérodoxes vis-à-vis de la doxa néolibérale...
Comment mettre en perspective
ces enjeux en termes de libération sociale, de conquêtes de libertés nouvelles pour l’humanité ? L’ouvrage Abondance et Liberté. Une histoire environnementale des idées, ne semble nous éloigner de la question sociale que pour mieux y revenir.

Édito

L’Ani encadrement : une victoire pour l’ensemble du salariat

Dans le flot de mauvaises nouvelles émerge une belle victoire : l’accord national interprofessionnel (Ani) sur l’encadrement, que la Cgt et son Ugict viennent d’arracher après cinq ans de bataille. Des avancées à -valoriser et des leçons à tirer pour l’avenir.
Avec la disparition de l’Agirc, le régime de retraite complémentaire des cadres, aujourd’hui intégré à l’Agirc-Arrco, disparaissait le seul organisme chargé de la reconnaissance du statut cadre. Sans nouvel Ani, plus de définition nationale interprofessionnelle de l’encadrement : pleins pouvoirs aux employeurs pour décider qui est cadre et qui ne l’est pas, et organiser le déclassement à tous les étages. Une opération déjà à l’œuvre dans de nombreuses entreprises où le patronat substitue au statut cadre des notions floues et ponctuelles liées à des projets ou à la conduite d’équipes : « leader », « manager »… Au contraire, avec cet accord, les critères de définition de l’encadrement sont clairement énoncés et reposent sur trois éléments clés : le degré d’autonomie dans le travail ; le niveau de responsabilités sociales, économiques et/ou sociétales ; le niveau de diplôme et/ou de qualification acquise par l’expérience.
Nous avons ainsi réussi à conforter la notion de qualification et de diplôme, à rebours de la logique de compétence, subjective et aléatoire. Cette définition sera donc un point d’appui pour combattre l’individualisation des critères. De surcroît, le périmètre du statut défini par l’Ani couvre, comme aujourd’hui, les cadres et assimilés, et cette définition est opposable aux employeurs et aux branches. L’Association pour l’emploi des cadres (Apec) devient l’opérateur qui, en concertation avec les branches professionnelles, mettra en œuvre, pour chaque convention collective, les critères d’entrée dans le statut de l’encadrement. L’accord sécurise ainsi le financement de l’Apec et le dispositif de prévoyance cadre, avec ses droits spécifiques en cas de décès, d’invalidité ou d’incapacité, entièrement financé par la part dite « patronale » de la cotisation.
Comment la délégation Cgt, pilotée par l’Ugict, a-t-elle réussi à passer outre les manœuvres d’obstruction du Medef ? Grâce à la stratégie d’unité syndicale et aux propositions travaillées par l’Ugict puis par l’intersyndicale, qui ont évité aux syndicats de s’enfermer dans un simple amendement de la feuille de route patronale. Enfin, la Cgt a convaincu les petites entreprises de l’enjeu, pour elles, de signer cet accord, pour empêcher le dumping et garantir un financement mutualisé et solidaire de l’Apec et de la prévoyance.
L’Ani invite les branches à mettre en place un ensemble de droits et de garanties collectives ; c’est un levier pour exiger l’ouverture de négociations et pour permettre à l’encadrement de faire primer l’éthique professionnelle sur le diktat de la valeur actionnariale !

Sophie Binet
cosecrétaire générale de l’Ugict-Cgt

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