Options  n°648

Syndicalismes – Regards croisés

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Planète intégrale
Dans les révolutions du travail
Monde, points de vue syndicaux

À l’occasion du 52e congrès confédéral de la Cgt, 107 syndicalistes venus de 70 pays ou territoires et représentant quelque 90 organisations ont pu échanger réflexions, analyses et expériences. Ces échanges ont donné lieu à plusieurs tables rondes tournant autour des révolutions du travail dans un contexte mondialisé et contrasté. En organisant ces débats, la Cgt entendait souligner le besoin de solidarités et de luttes face à des problématiques quasiment identiques d’un bout à l’autre de la planète, et favoriser des stratégies qui dépassent les seuls cadres nationaux, dans une perspective internationaliste.

Édito

La potion des mesures d’austérité sur l’assurance chômage s’annonce amère.

Les allocations chômage des cadres gagnant plus de 4 200 euros brut par mois seront dégressives. Cette mesure concernera 40 % des cadres et fera chuter leur pouvoir d’achat brutalement au bout de six mois, ce qui les poussera à accepter des emplois en dessous de leur qualification… ou à rester en poste à tout prix. Les plus précaires paient un lourd tribut : il faudra désormais avoir travaillé plus longtemps pour pouvoir prétendre à des allocations. Résultat : 300 000 personnes devraient perdre leur indemnisation et il n’y aura plus que 35 % de privé·es d’emploi indemnisé·es contre 42 % aujourd’hui. Les règles de calcul des allocations sont également revues à la baisse, alors que pour plus de 40 % des allocataires de pôle emploi, le montant de l’allocation chômage est déjà inférieur à 1 000 euros. Mais rogner sur les droits des cadres, c’est aussi fragiliser les droits de toutes et de tous. Les cadres contribuent en effet à hauteur de 42 % au financement du régime, alors que leurs allocations ne pèsent que 15 % des dépenses. Pourquoi ? Parce qu’ils sont moins au chômage. Qu’est-ce qui fait que personne ne renâcle à consacrer près d’un mois de salaire chaque année au financement de l’assurance chômage ? Le fait que cela garantit à toutes et à tous le maintien du niveau de vie en cas d’aléa. Rompre avec ce principe et faire reposer le financement de l’assurance chômage sur l’impôt, c’est organiser le « ras le bol fiscal » et fabriquer l’« assistanat ». Cadres, retraités ou fonctionnaires : les plus gros contributeurs seront aussi ceux qui seront renvoyés vers les assureurs pour maintenir leur niveau de vie.

Rogner les droits des cadres, c’est donc organiser l’assèchement du financement. Cela n’a pas échappé au patronat, qui a immédiatement proposé que les cotisations des cadres soient abaissées…

Le tollé suscité par cette réforme, comme le succès de la pétition initiée par l’Ugict-Cgt, démontrent que les manœuvres de division ne fonctionnent plus. Reste à imposer dans le débat la proposition de la Cgt de mise à contribution des cadres dirigeants en instaurant des cotisations chômage sur la part des salaires supérieurs à 13 500 euros, ce qui permettrait de dégager 700 millions d’euros de recettes supplémentaires.

Retraites, chômage : mieux protéger les cadres, c’est garantir la pérennité de notre système de protection sociale. C’est cette conviction qui a conduit Ambroise Croisat, lors de la création de la Sécurité sociale, en 1945, à y intégrer ceux qui étaient, à l’époque, très éloignés des préoccupations du salariat. Et c’est la remise en cause de ce principe qui risque de mettre à bas tout notre système de protection sociale.

Sophie Binet

Cosecrétaire générale de l’Ugict-Cgt

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