Options  n°662

Télémanagement si loin, si proche

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Repères professionnels, brouillage d’ensemble
Traditionnellement, la culture des grosses entreprises repose sur trois éléments déstabilisés par le travail à distance : la verticalité, le reporting, le contrôle. À Edf, le passage au télétravail intégral, lors du premier confinement, a été vécu comme un basculement, source de déséquilibres et de perturbations par l’ensemble des salariés. Et singulièrement par les managers, qui n’ont pas eu le choix. Des dizaines de milliers de salariés se sont retrouvés à leur domicile pour travailler à temps complet, le tout dans un contexte le plus souvent dégradé.
Au-delà du «écouter, sourire, dire merci»... Un projet pour l’entreprise post-Covid
Les penseurs du management ont dû très vite adopter un nouveau ton, à base de « prudence » et de « bienveillance ». Au-delà, on voit se dessiner sans fard un projet pour l’entreprise post-Covid. Occasion « rêvée » d’un nouveau départ, la pandémie pourrait permettre une transition sans précédent vers un travail plus flexible permettant aux compétences de travailler à distance et d’accélérer une organisation globale. La distance ne serait alors plus physique, mais carrément contractuelle, signant ainsi la fin du Code du travail.
Télé ou pas, regagner des repères et des garanties
Quels sont les enjeux des pratiques managériales en cours et, de façon plus spécifique, de l’accord obtenu par le Medef ? Notre table ronde avec Nayla Glaise, déléguée syndicale centrale chez Accenture, Membre du présidium d’Eurocadres et du bureau de l’Ugict ; Karim Lakjaâ, membre du Conseil supérieur de la fonction publique territoriale ; Jean-Luc Molins, secrétaire national de l’Ugict-Cgt ; et Pierre Tartakowsky pour Options.

Édito

Industrie : alerte sur la recherche et l’ingénierie
Sanofi, Renault, Danone, Nokia, General Electric, Total, Ibm, Airbus, Akka, Alten, Cgg, Renault Trucks… La liste des entreprises qui taillent dans leurs effectifs d’ingénierie, de recherche et d’encadrement est longue. À tel point que l’Association pour l’emploi des cadres a estimé que les embauches de cadres chuteraient de 40 % en 2020, un plongeon inédit.
Pourtant, il y a peine six mois, la France découvrait que, totalement dépendante de la Chine, elle n’était plus capable de fabriquer des produits élémentaires : masques, principes actifs de médicaments… Las. À peine gagnée la baisse massive de leurs impôts de production, les multinationales transforment les relocalisations promises en diversification de leurs approvisionnements et licencient pour restaurer leurs marges. La quasi-totalité de ces groupes rémunèrent généreusement leurs actionnaires, y compris en 2020.
En matière d’industrie, la France touche désormais à l’os. Après avoir sacrifié nos capacités de production au prix de graves conséquences sociales et environnementales, c’est désormais notre faculté d’innovation qui plie bagage. Une faute grave, à l’heure où le numérique permet des innovations de rupture. Ainsi, la France met en place la 5G… tout en acceptant le démantèlement de Nokia, le seul opérateur développant la 5G en France.
C’est une impasse dangereuse. Observons Sanofi : notre champion pharmaceutique, gavé de crédit impôt recherche, a-t-il su produire un vaccin contre le Covid ? Non seulement il a raté le coche de la technologie de rupture, l’Arn, pourtant développé par un de ses anciens chercheurs, mais il vient de reprendre de zéro le développement de son vaccin du fait d’une erreur de dosage ! C’est le résultat de la financiarisation et du court-termisme : Sanofi a divisé par deux ses effectifs de chercheurs en dix ans, tout en distribuant chaque année 4 à 5 milliards de dividendes. Le plus grave ? Le gouvernement qui continue, avec son plan de relance, à arroser les grands groupes d’aides publiques sans aucune contrepartie, tout en asphyxiant la recherche publique.
La crise offre pourtant l’occasion rêvée de changer de paradigme : en mettant en place une stratégie de relocalisation par filière, en y conditionnant les aides publiques ; en investissant dans l’enseignement supérieur et la recherche ; en transformant les aides publiques en prises de participation dans les entreprises stratégiques pour restaurer les capacités d’intervention de l’État… Contrairement aux décideurs, les cadres et professions intermédiaires sont lucides et aspirent à travailler, à produire et à vivre autrement. Après la sidération de 2020, place à l’action en 2021 pour imposer un changement de modèle ! Meilleurs vœux à toutes et tous !
Sophie Binet
cosecrétaire générale de l’Ugict-Cgt

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