Options  n°669

Travail, jeunesse, libertés Sous tension…

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Les ondes de choc de la pandémie sont profondes et vont être durables. elles impactent d’ores et déjà la vie de travailleurs, femmes et hommes, à travers les organisations du travail et des temps de vie, à travers des politiques sanitaires et sécuritaires qui entremêlent de façon complexe le contrôle social et la santé publique.
La rencontre avec les mises en œuvre multiples de l’intelligence artificielle bouleverse les termes de la formation, de l’insertion et également les rapports de l’individu au collectif, interpellant de fait la relation du travailleur au syndicalisme.
Les «variants sociaux» du Covid, relevant largement de décisions politiques, ouvrent donc une marche longue, chaotique et à l’issue incertaine vers un «jour d’après» dont les enjeux s’esquissent dans les tensions de cette rentrée.

Édito

Agirc-Arrco : une bombe à retardement

Les mauvais coups se fomentent souvent l’été ! En trois réunions de négociation dont l’issue était scellée avant même la première, le Medef a obtenu de la Cfdt et de la Cftc la signature d’un accord, certes minoritaire, mais qui va durement pénaliser toutes et tous les ingénieur·es, cadres, technicien·nes et agent·es de maîtrise.
Alors que la complémentaire représente jusqu’à 60 % de leur retraite totale, ils ont déjà payé un lourd tribut aux accords conclus ces dernières décennies. Quand un cadre moyen partait, au début des années 1990, avec 72 % de son salaire net de fin de carrière, celui parti en 2020 en perçoit 67 %, et le jeune diplômé d’aujourd’hui partira en 2062 avec 51 % de son dernier salaire (chiffrages Agirc-Arrco). Une double peine, sachant qu’un jeune diplômé de 2010 perçoit, avec six ans d’expérience, un salaire inférieur, en euros constants, à celui de ses homologues de 1998 (Cereq, 2017).
Une baisse accélérée pour les ingénieur·es, cadres, technicien·nes et agent·es de maîtrise, sous la pression des sociétés d’assurance qui y voient une clientèle solvable pour le marché de l’épargne retraite… à l’heure où leur modèle économique craque avec la multiplication des catastrophes climatiques.
L’accord minoritaire de cet été indexe la valeur de service du point – utilisée pour calculer le montant des pensions – en deçà de l’évolution des prix. En l’espace de deux ans, le point va perdre 1 % de pouvoir d’achat, auquel il faudra rajouter une perte de 8,2 % cumulée sur les vingt-cinq dernières années dans le régime de retraites complémentaires des cadres, contre une baisse de 3,6 % pour les non-cadres. Cette sous-indexation fait décrocher le pouvoir d’achat des futures retraites avant même leur liquidation !
Sans oublier l’arbitraire des choix : un demi-million de salarié·es sont sacrifié·es pour avoir le mauvais goût de liquider leur retraite cette année ! Leur nombre annuel de points est amputé par une surévaluation de 5 % du prix d’achat du point, dont seront exonéré·es les salarié·es qui liquideront à partir de 2022.
Encore plus grave, les signataires offrent un tremplin au gouvernement pour réhabiliter la réforme Macron aux dépens de l’intérêt général. En reniant leurs engagements de 2019 et en exonérant la partie patronale de toute contribution financière, ils légitiment le dogme macronien d’un financement des retraites à ressources constantes : tous les ajustements se font donc par la baisse des prestations.
Bien évidemment, la Cgt n’a pas signé cet accord et mobilisera tous les recours pour le faire invalider, à commencer par l’exercice de son droit d’opposition.
Quant aux 4 milliards d’euros recherchés dans l’immédiat, la Cgt et son Ugict proposent de les financer par l’instauration, dès 2022, d’une contribution en faveur de l’égalité salariale femmes-hommes modulée entreprise par entreprise, et dégressive en fonction de la réduction des inégalités.
Raison de plus pour se mobiliser dès ce 5 octobre pour l’emploi, le paiement de la qualification et un bon niveau de retraite pour toutes et tous !
Marie-José Kotlicki
Cosecrétaire générale de l'Ugict-CGT
Directrice d’options

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