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Temps de lecture : 4 minutes

 

Cette enquête* offre un panorama uniquesur les conditions de travail et d’exercice de la responsabilité professionnelle durant le confinement. Ce travail de témoignage et d’analyse constitue la base de l’expression de 60 propositions revendicatives.

À rebours des discours « enchantés » qui ont notamment fleuri sur le télétravail, l’enquête réalisée met en lumière ce qu’a été le vécu – d’hier et, pour beaucoup, d’aujourd’hui – des salariés, la réalité de leur activité, quelle qu’elle soit et quel que soit leur employeur. De fait, le télétravail n’a pas été le lot de toutes et de tous. Beaucoup de travailleurs indiquent avoir exercé leur activité en présentiel sans qu’ils la jugent « essentielle ». Ceux-là ont été soumis à des risques inutiles pour leur santé, pour celles de leurs collègues et de leurs proches. 
L’affaire des masques – plus précisément de leur manque – est très souvent évoquée : les salariés confirment massivement n’avoir pu être protégés convenablement. Beaucoup – singulièrement dans les Pme-Pmi – avouent ainsi avoir eu « la boule au ventre » de peur d’être contaminés.

 

Au-delà de ce rendu subjectif, les réponses dégagent plusieurs constats objectifs, toujours en développement. Le premier, c’est que la précarité s’aggrave : 4 salariés en Cdd sur 10 expriment des craintes pour leur emploi. Cette proportion témoigne de l’incapacité des contrats courts à protéger les salariés face à un retournement de conjoncture. Par ailleurs, plus de la moitié des salariés en chômage partiel déclarent des pertes de revenus, et une part importante des salariés témoignent d’une charge de travail en augmentation. C’est particulièrement le cas pour celles et ceux qui travaillent en présentiel. Cette surcharge n’a fait l’objet d’aucune compensation financière jusqu’à présent. 
Ce surtravail gratuit prend des proportions majeures dans le secteur de la santé, pour des professions très féminisées (lire page 20).

 

De même, plus de la moitié des salariés en chômage partiel ont vu leur revenu baisser avec le confinement, malgré la prise en charge de 84 % du salaire en cas de chômage partiel, associée aux exonérations de cotisations pour les entreprises continuant à rémunérer leurs salariés à 100 %… Cette situation frappe d’abord les salaires les plus faibles, les ouvriers et employés qui sont les plus nombreux à être en chômage partiel. Près de 14 % des salariés qui ont continué à travailler en présentiel et 6 % de ceux qui sont en télétravail disent avoir perdu des revenus, contre 3 % qui en ont gagné en présentiel et 1 % en télétravail. On est loin de la prime promise par le gouvernement à toutes celles et ceux qui, continuant à se rendre sur leur lieu de travail, ont mis en danger leur santé !

 

Ensuite, il apparaît nettement que, contrairement à certains stéréotypes, la mise en place du télétravail à temps plein s’avère très difficile particulièrement quand, comme c’est le cas, elle est non anticipée. Deux télétravailleurs sur trois ne pratiquaient pas le télétravail avant le confinement, soit 71 % des employés, 70 % des professions intermédiaires, et tout de même 62 % des cadres. Il faut ajouter à cela que 23 % des répondants ne disposent pas d’un endroit au calme pour télétravailler (26 % pour les femmes et 20 % pour les hommes) ; 
la moitié des répondants ne disposent pas d’un mobilier ni d’un équipement adapté (52 % des femmes et 42 % des hommes). Il en résulte une augmentation de la charge de travail pour près d’un tiers des salariés en télétravail, et notamment les cadres dont le temps de travail hebdomadaire est déjà en moyenne de quarante-quatre heures et trente minutes (quarante-deux heures et trente minutes pour les techniciens). Enfin, les télétravailleurs qui ont des enfants – soit un tiers d’entre eux – doivent les garder tout en télétravaillant, ce qui concerne d’abord les femmes (à 87 %, contre 76 % des hommes).

 

Au total, l’augmentation de la charge de travail est particulièrement forte chez les encadrants et atteint 39 % contre 28 % chez les non-encadrants.

 

Encadrer, des difficultés particulières

 

Les encadrants 
font état de difficultés particulières qui participent de cette situation dégradée. Ils se plaignent notamment d’un manque d’échanges et d’informations avec les collègues, ­évidemment problématique, mais aussi avec la hiérarchie. Les échanges se limitent souvent à la transmission de directives et de consignes, sans retour qualitatif. La pratique qui consiste à mettre systématiquement tout le monde en copie de tous les échanges de mails crée une situation dans laquelle chaque cadre est censé être au courant de tout et suivre tous les échanges, tout en encadrant ses équipes, en avançant son travail en propre…

 

Un travail globalement dégradé

 

La charge alourdie de travail se combine à des relations dégradées.
Elle aboutit à un cocktail de risques psychosociaux inquiétant,
doublé de différents symptômes de dégradation physique.

 

45 % des télétravailleurs notent un manque d’échanges et d’informations avec les collègues.

27 % notent un manque d’échanges et d’informations avec la hiérarchie.

30 % notent des informations difficiles à traiter du fait même de leur multiplication.

31 % notent une augmentation de charge et 24 % une augmentation de temps de travail.

37 % des télétravailleurs ont vécu des dilemmes éthiques sur le plan professionnel, notamment 32 % des enseignants.

18 % disent avoir eu des difficultés à appliquer des consignes inappropriées ou contradictoires, dont 35 % parmi les enseignants.

 

 

Louis Sallay

 

* Première du genre, cette enquête quantitative a été menée à l’initiative de l’Ugict-Cgt et ses statisticiennes et statisticiens Cgt de la Dares et de la Drees. Dans le cadre des moyens dont elle a pu disposer, elle a respecté autant que possible les règles et usages méthodologiques de la profession. Avec 34 000 réponses, elle offre le seul matériau d’étude qui interroge les conditions de travail au cœur de la crise sanitaire du Covid. Elle est consultable sur le site ugict.cgt.fr